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Moyen Orient et Monde

Affaibli, Rohani s’explique, en vain, devant le Majlis

Iran

Le président iranien a été convoqué par les députés pour parler de la crise socio-économique à laquelle son pays fait face.

29/08/2018

C’était la première fois qu’il se prêtait à l’exercice en cinq années de présidence, mais le succès n’aura pas été au rendez-vous.

Le président iranien Hassan Rohani s’adressait hier aux députés du Parlement iranien, le Majlis, pour s’expliquer sur la situation économique de la République islamique et la manière dont son gouvernement y fait face. Au programme de cette audition : la chute de la devise nationale iranienne, le rial, dont la valeur a diminué des deux tiers en six mois, l’inflation et la hausse du taux de chômage. Mais les explications fournies par le président Rohani ne semblent pas avoir satisfait les députés, le président n’ayant toujours pas fourni de solution pour sortir son pays du marasme économique dans lequel il est plongé. Il a néanmoins insisté sur le fait que l’Iran ne devait pas se morceler et a appelé à l’unité face aux pressions américaines qui pèsent sur l’Iran depuis plusieurs mois. « Les gens n’ont pas peur des États-Unis. Ils ont peur de notre désunion. Si les gens voient qu’on est uni, ils réaliseront que leurs problèmes seront résolus », a affirmé le président iranien. « Nous ne laisserons pas cette bande d’anti-iraniens à la Maison-Blanche comploter contre nous (...). Nous n’avons pas peur de l’Amérique ou des problèmes économiques. Nous surmonterons les difficultés », a-t-il ajouté.

L’apparition de M. Rohani devant les députés constitue la troisième d’un représentant iranien depuis le début du mois. Les deux précédents convoqués furent les ministres iraniens du Travail, Ali Rabiie, le 8 août, et de l’Économie, Massoud Karbasian, dimanche dernier. Tous deux ont été limogés après un vote de défiance du Parlement. Cela constitue un revers de taille de plus pour M. Rohani, président modéré, déjà considérablement affaibli politiquement par les problèmes socio-économiques qui sévissent en Iran, et témoigne de la position délicate dans laquelle il se trouve actuellement. « Ce genre de convocation n’arrive pas souvent. C’est le reflet de l’échec de la stratégie de M. Rohani qui visait à rassembler les réformateurs et les conservateurs modérés autour de lui. Mais au final, il est aussi bien lâché par les réformateurs qu’attaqué par les ultraconservateurs. Il est donc en grande position de faiblesse (…). Cela va d’ailleurs lui poser des problèmes dans les réformes qu’il veut mener pendant son mandat, comme celle récemment décrétée contre la corruption », dit à L’Orient-Le Jour Jonathan Piron, historien et politologue. « En Iran, c’est ce qu’on appelle la malédiction du deuxième mandat. Cela s’est vu chez d’anciens présidents, par exemple le deuxième mandat de Mohammad Khatami (réformiste) et de Mahmoud Ahmadinejad (ultraconservateur). On se retrouve dans la même situation avec M. Rohani qui, étant attaqué de toutes parts, n’arrive pas à se dégager et à retrouver sa stratégie politique qui l’a servi durant les deux précédentes élections », poursuit l’expert.


(Lire aussi : Les sanctions américaines vont-elles plonger l’Iran dans le chaos ?)


Dernière carte : Khamenei
Le président iranien s’est fait élire en 2013 et réélire en 2017 sur ses propositions socio-économiques. Il avait pour objectif une ouverture plus large de l’Iran vers l’Occident. Un objectif qu’il a tenté d’atteindre notamment grâce à l’accord sur le nucléaire censé lever les sanctions économiques en échange d’une suspension de l’activité atomique de la République islamique. M. Rohani était aussi vu comme le seul candidat modéré pouvant rassembler à la fois les réformistes mais aussi les conservateurs modérés. Mais l’affaiblissement politique dont il souffre depuis plusieurs mois semble avoir dissipé toute sa stratégie et son image de rassembleur pour lesquelles il a été élu. Une situation dont semblent se réjouir les milieux conservateurs qui pourraient ainsi reprendre la main aux prochaines élections législatives de 2020 et à la présidentielle de 2021 si la situation ne change pas d’ici là. « Longtemps, il a été le candidat des réformateurs, et dorénavant il semblerait que certains d’entre eux veuillent aller vers une autre plate-forme politique. Et quand un tel phénomène se produit et que le camp des réformateurs n’est plus uni, c’est le camp des conservateurs qui reprend la main politiquement », explique Jonathan Piron. Mais la situation délicate dans laquelle se trouve M. Rohani pourrait-elle, si elle s’alourdit, aboutir à une éventuelle destitution ? Techniquement, et légalement, cela est possible. Le Parlement possède en effet le pouvoir de révoquer le président. Ce dernier pourrait alors rejoindre ses ministres démis de leurs fonctions quelques jours plus tôt.

Mais heureusement pour lui, M. Rohani peut compter sur le soutien du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Ce dernier souhaite en effet que le président iranien aille jusqu’au terme de son mandat, en 2021. M. Khamenei craint en effet qu’une destitution du président iranien n’envenime la situation déjà tendue dans le pays et ne fasse ainsi « le jeu de l’ennemi », à savoir les États-Unis et ses alliés hostiles à l’Iran (Israël et l’Arabie saoudite). Pourtant, le guide suprême, plus haute autorité politique et religieuse du pays, ne se prive pas de critiquer la présidence, notamment en ce qui concerne le peu de résultats dans les négociations autour de la poursuite de l’accord nucléaire et des garanties économiques que l’Iran cherche à obtenir de la part des autres parties prenantes. Le soutien du guide suprême à M. Rohani constitue donc en soi la dernière carte politique du président, attaqué et critiqué de tous les côtés. Mais si cette carte saute, la vie politique de M. Rohani risque d’être fortement atteinte. L’Iran pourrait donc, pendant une certaine période, se retrouver avec une grande incertitude politique avec un président très affaibli, mais qui ne peut pas être démis de ses fonctions.


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