Liban

La stratégie défensive au Liban, priorité de Washington

Éclairage
29/08/2018

La visite de trois jours du secrétaire d’État adjoint américain à la Défense pour les affaires sécuritaires internationales, Robert Karem, la semaine dernière à Beyrouth, avait pour objectif de communiquer des messages à ses interlocuteurs, plus que de se mettre à leur écoute. Des messages relatifs à trois dossiers, que rapportent des sources politiques informées de la visite : les sanctions américaines contre Téhéran, la stratégie défensive au Liban et le retour des réfugiés syriens. Trois points évoqués par le responsable.

Il s’est attardé sur la question de « l’hégémonie » iranienne et les moyens dont Washington entend la circonscrire « jusqu’au bout ». Une expression que les sources précitées attribuent à Robert Karem. Évoquant avec ses interlocuteurs une nouvelle vague de sanctions américaines contre l’Iran dans les prochains mois, le responsable américain les a notifiés de la nécessité, voire l’impératif pour le Liban de se conformer aux effets qui découleront de ces mesures économiques. S’il s’abstient de s’y conformer, le Liban sera considéré comme engagé dans une confrontation contre Washington, aurait fait comprendre le responsable américain. Et c’est cela sans doute le message fort de sa visite. Il a tempéré sa mise en garde en saluant le secteur bancaire libanais pour le respect des lois américaines visant à limiter les sources de financement international du terrorisme. Pourvu que cette coopération continue dans l’intérêt des deux pays, aurait-il conclu sur ce point, sans faire aucune mention du Hezbollah, qualifié d’organisation terroriste par les États-Unis.


(Pour mémoire : Au cœur des enjeux, le rôle de la Finul et le renouvellement de son mandat)


S’il a évoqué la question de l’arsenal du parti chiite, il l’a fait à travers un appel à mettre en œuvre les résolutions 1701 (de 2006) et 1559 (de 2004) de sorte à mettre fin à « l’existence d’un arsenal en dehors du cadre de la légalité aux mains d’un camp libanais ». Le responsable américain espérait trouver des éléments de réponse sur les moyens envisagés par l’État pour régler la question des armes illégales, en l’occurrence les contours de la nouvelle stratégie défensive prévue par le président Michel Aoun dans son discours d’investiture. De sources concordantes, ce dernier se serait montré réfractaire à l’idée d’entamer un règlement sérieux et concret du problème des armes illégales. Sollicité par son interlocuteur américain sur la question, Michel Aoun lui aurait dit qu’il prévoyait d’examiner cette question autour de la table de dialogue, laquelle ne devrait se tenir qu’après la formation du cabinet. Loin de lui l’idée d’une solution radicale aux armes du Hezbollah, devenue pourtant prioritaire aux yeux de Washington. Faut-il rappeler que les séances de dialogue organisées sous l’égide de l’ancien président de la République, Michel Sleiman, avaient été suspendues par le Hezbollah et ses alliés ? Faut-il rappeler qu’une nouvelle stratégie défensive ne sera tolérée par le parti chiite que si elle sert à institutionnaliser « les armes de la résistance », selon le modèle des unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) en Irak ?

Il va sans dire que le diplomate américain a été très peu satisfait de la réponse de Michel Aoun sur le report de l’examen de la stratégie défensive jusqu’à la formation du nouveau cabinet. Il est possible toutefois que cette réponse cache une volonté politique générale d’insérer la stratégie défensive dans la liste des sujets conflictuels que le prochain gouvernement sera tenu de ne pas évoquer. Parmi ces « interdits », fixés en vertu de la solidarité souhaitée au sein du cabinet, figurerait aussi le Tribunal spécial pour le Liban (qui vise le Hezbollah) ainsi que la question de la normalisation des relations avec le régime syrien (qui embarrasse le Premier ministre désigné). Autrement dit, le seul moyen de débloquer la genèse du cabinet serait de neutraliser les dossiers litigieux qui gênent alternativement les uns et les autres.


(Pour mémoire : La stratégie de défense après la formation du gouvernement, assure Aoun à un responsable US)


Il est toutefois un principe que le responsable américain a tenu à valoriser : le principe de neutralité tel que consacré par la déclaration de Baabda, un document légué par le mandat de l’ancien président de la République Michel Sleiman mais qui a été passé à la trappe par Michel Aoun, et avant lui, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui avait veillé, à l’époque de la vacance présidentielle, à en biffer la mention sur des actes diplomatiques internationaux qui concernent le Liban. Il reste que le responsable américain a évoqué la déclaration de Baabda, en même temps qu’il réaffirmait l’appui de Washington à l’armée. Comme si l’une ne saurait aller sans l’autre. Il a d’ailleurs rappelé que l’appui international au Liban sur les dossiers économiques, notamment, est étroitement lié à l’engagement du pays en faveur de la politique de distanciation. Un engagement que Washington souhaite voir s’exprimer de manière plus ferme, ne serait-ce que pour son effet moral, même s’il n’est pas voué à se concrétiser dans l’immédiat par le retrait du Hezbollah de Syrie ou autre.

Le dossier syrien était d’ailleurs omniprésent dans les entretiens de la délégation américaine avec les responsables libanais. Le diplomate a laissé entrevoir les divergences entre son pays et la Russie, qui ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde, même si leur entente, consacrée lors du sommet d’Helsinki, ne fait pas de doute. Le dossier du retour des réfugiés syriens serait l’un des points de divergence entre Moscou et Washington. Le diplomate a été clair à ce niveau : l’initiative russe pour le retour des réfugiés « ne passera pas », ce retour, quoique nécessaire en soi, « ne se fera pas par l’intermédiaire de Moscou », mais en vertu d’une action concertée entre les États-Unis, la communauté internationale (entendre l’Union européenne) et les organisations internationales, aurait-il insisté.

Pour rappel, la visite de la délégation américaine a été entamée à Baabda et s’est poursuivie à Aïn el-Tiné, où le responsable américain a été reçu par le président de la Chambre, et à Yarzé où il s’est réuni avec le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, et le commandant en chef de l’armée. La tournée a été ponctuée de rencontres avec des figures politiques, notamment le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à Meerab, et le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, à Clemenceau, ainsi que des acteurs économiques.


Pour mémoire
Le général Joseph Aoun reçoit le responsable US Robert Karem

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Honneur et Patrie

"Un tribunal israélien légalise une colonie illégale en Cisjordanie". (L'Orient-Le Jour du 29/8/2018 à 12h39)
Pendant ce temps on discute chez nous des résolutions 1559 de 2004 et 1701 de 2006 et en banlieue-sud du "Triptyque" et ce, jusqu'à la disparition totale de la Cisjordanie.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

STRATEGIE DEFENSIVE... IL SEMBLE QUE LES AMERICAINS DONNENT TROP DE VALEUR A CETTE HYPOTHESE A SENS VARIABLE !

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