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Économie

À Deir el-Ahmar, un vin bio et « Fairtrade » remplace le cannabis

Commerce équitable

Quelque 252 agriculteurs libanais issus de onze villages de la région de Deir el-Ahmar ont accepté de suivre le pari de « Fair Trade Lebanon » en abandonnant les cultures illicites pour la viticulture.

27/08/2018

En cette journée ensoleillée du mois d’août, Franck Moussié, un expert français du vin, visite à Deir el-Ahmar (nord de la Békaa) le vignoble de « Coteaux les Cèdres » où l’on produit un vin éponyme, le premier au Liban et au Moyen-Orient à détenir des certifications « Fairtrade » (commerce équitable) et bio. Ce diplômé de Bordeaux International Wine Institute, qui a collaboré avec les plus grands noms du monde viticole, a été sollicité par les équipes de « Fair Trade Lebanon » pour conseiller « Coteaux les Cèdres » sur la qualité de leur produit et sa commercialisation, avec l’objectif d’en faire un des meilleurs vins du pays.

Coopérative Héliopolis

« J’ai tout de suite accroché avec l’histoire du vignoble. Je suis venu pour la première fois en novembre 2017 pour faire un état des lieux et nous avons décidé de continuer à travailler ensemble », raconte Franck Moussié à L’Orient-Le Jour. L’histoire qui l’a « intrigué », c’est d’abord celle de 252 agriculteurs libanais issus de onze villages de la région de Deir el-Ahmar, qui ont accepté de suivre le pari de « Fair Trade Lebanon » au début des années 2000, en abandonnant la culture illicite du cannabis et du pavot pour la viticulture. Bénéficiant également de l’aide du département français de l’Oise, ces agriculteurs ont été rassemblés par « Fair Trade Lebanon » pour créer la coopérative Héliopolis, et cultivent actuellement sans intervention chimique des raisins qu’ils fournissent à « Coteaux les Cèdres ». « Notre initiative a offert un modèle économique viable et assuré des revenus décents à plus de 430 familles. Nous leur assurons ainsi la commercialisation de la quantité totale de raisins produits conformément aux standards du commerce équitable, en plus d’une assistance technique, de prêts à taux réduit et des facilités de paiement, et une aide à l’importation de plants de vignes », explique à L’Orient-Le Jour Patricia Kebbé, de « Fair Trade Lebanon ».

Lors de sa visite, Franck Moussié constate les efforts fournis par les agriculteurs et le vignoble. « Le vin » Coteaux les Cèdres « reflète la signature et l’identité du vignoble, qui le distinguent des vins standardisés, et présente de nombreux atouts », estime l’expert français. Tout d’abord, les spécificités climatiques de Deir el-Ahmar sont très favorables à la culture de vins de qualité. « Situé à environ 1 000 mètres d’altitude, le vignoble bénéficie d’une forte exposition au soleil la journée et d’une fraîcheur le soir. Cette spécificité offre un potentiel de vieillissement assez intéressant », indique Franck Moussié.

De 2011 à 2017, l’équipe de « Coteaux les Cèdres » a principalement travaillé sur l’évolution technique et les essais de cépages.

« Les résultats sont de mieux en mieux. Le développement du système d’irrigation des vignes a été une étape décisive. Aujourd’hui, près de 80 % du vignoble est irrigué. C’est important car cela évite d’avoir un niveau d’alcool trop élevé dans le vin », renseigne Charbel Fakhri, l’un des fondateurs du vignoble avec Walid Habché. « Il y a également un potentiel énorme sur plein de cépages développés dans le vignoble. La maîtrise de l’eau, combinée à la maîtrise du sol, est une force pour Coteaux les Cèdres. L’identification des secteurs adéquats pour planter chacun des cépages a été réussie », ajoute pour sa part Franck Moussié.Ce dernier a profité de sa visite pour donner ses recommandations pour l’assemblage des cépages du dernier millésime, dont le vignoble prévoit de produire 100 000 bouteilles. L’assemblage du vin « Coteaux les Cèdres » qui était auparavant de 20 % de Syrah, 40 % de Tempranillo et 40 % de Cabernet Sauvignon va changer. « On passera à 50 % de Tempranillo, 30 % de Cabernet Sauvignon, et 20 % de Syrah. Cet assemblage a été choisi après l’essai de six ou de sept combinaisons. La vendange se fait en ce moment. C’est un assemblage original et atypique dans le monde. Les conditions au Liban permettent de cultiver ces trois sortes, ce qui n’est pas le cas ailleurs », confie Franck Moussié. Selon lui, tout le défi du vignoble aujourd’hui est de réussir à conserver la signature singulière de son vin, « car le vignoble est très jeune encore. Une vigne peut vivre jusqu’à 100 ans et la meilleure période est entre 35 et 50 ans », renseigne-t-il.

Qu’est-ce que « Fair Trade Lebanon » ?

Fair Trade Lebanon est une ONG libanaise qui œuvre pour le respect des principes du commerce équitable. De l’importance de trouver des opportunités pour les petits producteurs désavantagés à la nécessité d’établir des prix justes tant pour le producteur que pour le consommateur final, tout en passant par le respect de l’environnement. L’organisation, qui a débuté ses travaux en 2006 avec deux coopératives au Liban-Sud, soutient maintenant plus d’une trentaine de coopératives sur l’ensemble du territoire libanais. Avec le soutien de plusieurs organismes internationaux, Fair Trade Lebanon repère les coopératives et les aide à développer des produits réguliers et standards, afin que ces derniers soient « vendables » à l’international. Pour cela, et dans le cadre de différents programmes, l’organisation fournit aux coopératives le matériel et les équipements adéquats, supervise des sessions de formation sur l’hygiène, la qualité, ou encore le commerce équitable, avant d’assurer la vente de leurs produits en respectant les dix principes du commerce équitable. Aujourd’hui, plus de 70 produits différents sont exportés vers l’Australie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la France, les États-Unis et le Koweït, grâce à Fair Trade Lebanon.



Dans nos archives : Dans la Bekaa, une coopérative "transforme" le cannabis en vin (2013)



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Dix municipalités se lancent dans le commerce équitable

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Irene Said

Enfin une nouvelle réjouissante,
et félicitations à FAIR TRADE LEBANON !

Du bon vin libanais (à consommer avec modération, bien entendu !) remplaçant le cannabis, quoi de mieux ?
Et certainement aussi oubliées toutes les conséquences de la culture illégale du cannabis, comme les rivalités, règlements de comptes entre barons de la drogue et pas mal d'autres problèmes...

Liban, pays où coulent le lait, le miel, le vin...et le bonheur de 430 familles de Deir el Ahmar !
Irène Saïd


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE TRES BONNE INITIATIVE QUI DEVRAIT ETRE SUIVIE A GRANDE ECHELLE !

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