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Liban

Quand Kofi Annan défiait la communauté internationale pour le Liban

Hommage
21/08/2018

Kofi Annan s’est éteint le 18 août 2018, à 80 ans, après une longue carrière diplomatique. Celui qui a été secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2007 a joué un rôle prépondérant au Liban, notamment en ce qui concerne l’adoption des résolutions 1559 et 1701. Sous son mandat, le Liban était quasiment placé sous « tuteurage international », à travers l’adoption d’une série de résolutions fondatrices sur le plan du respect de la souveraineté libanaise et de la fin de l’impunité face aux assassinats visant des personnalités politiques. Paroles de responsables politiques qui l’ont côtoyé de près.

Adoptée le 2 septembre 2004, à la veille de la prorogation du mandat d’Émile Lahoud en pleine tutelle syrienne au Liban, la résolution 1559 demande le retrait des troupes étrangères du pays, le désarmement et la dissolution de toutes les milices. Elle précède de quelques mois l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, et le retrait des troupes syriennes, en avril de la même année. Se rappelant des circonstances qui prévalaient à l’époque, le ministre sortant de l’Éducation Marwan Hamadé estime que « la présence et l’action de M. Annan ont été déterminantes pour l’adoption de la 1559, surtout que les rapports qu’il a présentés au Conseil de sécurité ont permis de neutraliser les pays qui s’opposaient à cette résolution, notamment la Russie ».

« Kofi Annan avait perçu à travers ses visites au Liban que la situation devenait intenable. Il avait décelé le ras-le-bol libanais et en même temps la pesanteur croissante de l’hégémonie syrienne qui devait se traduire par la prolongation forcée du mandat du président Émile Lahoud », souligne M. Hamadé, lui-même victime d’un attentat à la voiture piégée un mois pile après l’adoption de la 1559. Il souligne cependant que « l’adoption de la 1559 a eu des conséquences en partie tragiques avec l’assassinat de Rafic Hariri qui devait aboutir au retrait des troupes syriennes ».

L’ancien secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, insiste pour sa part sur le rôle joué par Kofi Annan dans l’établissement du Tribunal spécial pour le Liban, à travers la résolution 1595. « Après l’assassinat de Rafic Hariri, l’opposition a réclamé la création d’une commission d’enquête internationale (mise sur pied à travers la résolution 1595 du 7 avril 2005). Dans son rapport, Kofi Annan a recommandé auprès de l’ONU que cette commission soit créée. Elle devait progresser plus tard vers le Tribunal spécial pour le Liban », établi par la résolution 1757 du 30 mai 2007, indique M. Souhaid à L’Orient-Le Jour.


(Lire aussi : Kofi Annan et l'Afrique: la cicatrice du génocide, les succès d'un diplomate)


« Je lui suis reconnaissant… »
En juillet 2006, Israël entre en guerre contre le Hezbollah et bombarde une grande partie de l’infrastructure du pays. En plein dans la tourmente, Fouad Siniora, Premier ministre de l’époque, travaille d’arrache-pied aux côtés de Kofi Annan pour faire adopter la résolution 1701 pour une cessation immédiate des hostilités.

« J’ai été en contact avec Kofi Annan à partir du moment où les hostilités ont commencé, se souvient M. Siniora. L’ambiance était houleuse et défavorable au Liban, qui était accusé de ne pas avoir respecté la ligne bleue. Kofi Annan a été le seul à défendre le Liban et à dire qu’on lui faisait porter plus qu’il ne pouvait supporter et qu’il fallait trouver une solution rapide à la guerre de juillet 2006. »

« Je maintenais M. Annan au courant de tout et il travaillait à trouver des solutions. Il était efficace et essayait de rapprocher les points de vue. C’est lui qui avait conseillé une cessation des hostilités et non un cessez-le-feu (…). Je lui suis reconnaissant pour tout l’effort qu’il a fait », souligne Fouad Siniora. « Kofi Annan a visité le Liban quelques jours après la fin de la guerre et je me suis rendu avec lui dans la banlieue sud. Malheureusement, il n’a pas été accueilli comme il le fallait après tout ce qu’il a entrepris pour faire adopter la 1701… », ajoute-t-il.

Interrogé par L’OLJ, Tarek Mitri, qui a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères par intérim lors de la guerre de juillet, avait été à Rome en août 2006 sous l’égide de l’ONU, pour négocier la fin des hostilités avec Israël. « À l’époque, le président américain George W. Bush pensait que les conditions pour un cessez-le-feu durable n’étaient pas assurées. Il a été suivi par la plupart des pays. Kofi Annan a eu le courage de lui faire face et de dire qu’il fallait arrêter la guerre à tout prix. En général, un fonctionnaire, aussi important soit-il, se tait face aux grands pays », affirme M. Mitri. « Kofi Annan a beaucoup fait pour le Liban. Il avait beaucoup d’empathie malgré son éducation à l’anglaise et son flegme. Il savait ce qu’on voulait et essayait de nous aider », ajoute-t-il.


(Lire aussi : Kofi Annan, une vie pour les Nations unies)



Pluie d’hommages

Suite à la disparition de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le Liban officiel a rendu hommage à sa mémoire, revenant sur les multiples étapes de son parcours, notamment celles qui ont marqué l’histoire contemporaine du Liban. Le président de la République Michel Aoun a adressé un message au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, lui présentant ses condoléances. « C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la mort de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, après des années de contribution à la paix et à la sécurité dans le monde », peut-on lire dans le message. « Tout au long de ces années difficiles dans l’histoire du Liban moderne, il a soutenu l’unité de notre nation et la sécurité de son territoire et a activement contribué à l’instauration de la paix, notamment par le biais des forces de maintien de la paix (Finul) opérant au Liban-Sud », a-t-il ajouté. De son côté, le président de la Chambre, Nabih Berry, a lui aussi adressé un message à Guterres dans lequel il évoque la mémoire de Kofi Annan qui « a déployé de grands efforts pour l’instauration de la paix et de la sécurité au niveau international ». Dans un tweet publié sur son compte officiel, Saad Hariri a écrit : « Que l’âme de Kofi Annan repose en paix. Il a soutenu le Liban à l’époque de la création du Tribunal spécial pour le Liban, il a contribué à mettre un terme à la guerre israélienne de 2006 et a joué un rôle principal dans l’adoption de la résolution 1701. Kofi Annan est un homme qui a marqué l’histoire. »Par ailleurs, Amine Gemayel, ancien président de la République, a estimé, dans un message adressé à Guterres, que « la disparition de Kofi Annan est l’occasion de revenir sur plusieurs étapes qui ont marqué son parcours, au cours duquel il a soutenu le Liban et a œuvré pour la sécurité dans le monde ». Le leader druze Walid Joumblatt a lui aussi adressé une lettre au chef de l’ONU. « Kofi Annan était connu pour sa défense des droits de l’homme, de la primauté du droit et des tentatives de renforcer les liens entre la société civile, le secteur privé et les autres partenaires. Il a été un fervent croyant en la paix et a œuvré pour la résolution des conflits dans un nombre de pays de par le monde », peut-on lire dans le message de M. Joumblatt. 


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Kofi Annan et la Syrie : carnet de guerre d’un anti-héros

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN GRAND HOMME QUI EST PASSE A L,ONU !

Marionet

Kofi annan était Ghanéen né à Kumasi, 2e grande ville du Ghana qui abrite une très grosse communauté libanaise. Pas étonnant donc qu'il ait éprouvé de l'empathie avec un peuple dont il a côtoyé les ressortissants pendant une bonne partie de sa vie.

Le pont

J'espère que l'Etat aura l'intention de donner le nom de ce grand homme à une rue ou à une fontaine, afin que sa mémoire restera vivante au Liban. Et pourquoi pas dans la banlieue même de Beyrouth en signe d'ouverture sur la paix dans la région.

Sarkis Serge Tateossian

Un point déterminant dans les décisions et le regard de Kofi Annan concernant le Liban : la francophonie

Ne l'oublions pas.

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