X

À La Une

Kofi Annan et l'Afrique: la cicatrice du génocide, les succès d'un diplomate

décès

Comme toute une génération de responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, le Ghanéen restera marqué à jamais par l'incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994. 



OLJ/AFP/François AUSSEILL
19/08/2018

Premier secrétaire général des Nations unies originaire d'Afrique sub-saharienne, le Ghanéen Kofi Annan, décédé samedi à 80 ans, aura connu sur le continent l'un des pires moments de sa carrière avec le génocide au Rwanda et plusieurs de ses plus belles réussites de diplomate.

Comme toute une génération de responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, Kofi Annan restera marqué à jamais par l'incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994, qui fit 800.000 morts selon l'ONU, essentiellement parmi la population tutsi. 

Kofi Annan a 56 ans et occupe depuis un an le poste de secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix lorsque les machettes des génocidaires s'abattent sur les Tutsi et hutu modérés au Rwanda. Une mission de maintien de la paix de l'ONU (Minuar) est déployée au Rwanda au moment du génocide, sous le commandement militaire du général canadien Roméo Dallaire, mais elle n'a pas arrêté les massacres, faute de renforts dont l'envoi nécessitait un vote du Conseil de sécurité.

Pendant que les tueries faisaient rage, les effectifs de la Minuar ont même été réduits. A plusieurs reprises après le génocide, Kofi Annan reconnaîtra que son action a été insuffisante pour prévenir les massacres.


'Regrets amers'

"La communauté internationale n'a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin", a-il notamment déclaré, à l'occasion du 10e anniversaire du génocide. Fin 2006, un mois avant de quitter son poste de secrétaire général de l'ONU après 10 ans de mandat, Kofi Annan promet de ne pas oublier l'Afrique. "Je ne suis pas fatigué et je voudrais travailler sur l'Afrique, offrir mes conseils", glisse-t-il à la presse.

Un peu plus d'an après, son désir est exaucé, l'Union africaine faisant appel à ses talents de diplomate pour faire office de médiateur dans la crise politique kényane et y éteindre l'incendie des violences électorales.

Kofi Annan arrive à Nairobi en terrain miné fin janvier 2008: le pays est déchiré par des violences politico-ethniques qui feront au total plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés, à la suite de la contestation par le candidat de l'opposition Raila Odinga de la réélection du président Mwai Kibaki.

M. Annan s'installe dans un grand hôtel de Nairobi où il mène à huis clos les premières séances de médiation entre les deux camps. Les déclarations empreintes de défiance des représentants du pouvoir et de l'opposition, lors de conférences de presse improvisées devant l'hôtel, ne laissent rien augurer de bon. Pourtant, fin février, avec l'appui massif de la communauté internationale - Etats-Unis en tête - M. Annan arrache aux protagonistes un accord de partage du pouvoir qui ramène progressivement le calme dans le pays.


'Élégance' et 'éloquence'

Kofi Annan quitte le Kenya auréolé d'une image de faiseur de miracle: des employés de la réserve animalière du Masaï Mara baptisent un rhinocéros nouveau né "Kofi Annan" et le portrait de l'ancien secrétaire général de l'ONU fleurit sur les mini-bus de transports collectifs de Nairobi. Samedi, l'annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions au Kenya.

"On se souviendra de M. Annan pour sa médiation en faveur du retour de la paix au Kenya, quand notre pays était confronté à des turbulences politiques en 2007", écrit ainsi M. Kibaki dans un communiqué où il salue également "son inimitable élégance" et son "éloquence".

Raila Odinga a tenu à saluer "la +doctrine Annan+" selon laquelle, d'après le responsable kényan, "la communauté internationale a le droit d'intervenir quand les gouvernements échouent à protéger la vie de leurs citoyens".

Outre la crise kényane, M. Annan avait supervisé en 2006, alors qu'il était encore secrétaire général de l'ONU, un accord entre le Nigeria et le Cameroun au sujet la péninsule pétrolière de Bakassi, au centre d'un long différend entre les deux pays. En 2000, il avait annoncé depuis Addis Abeba avec un plaisir non dissimulé la fin de la très meurtrière guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée, obtenue grâce à la médiation de l'Algérie.

De fait, les armées des deux pays ont continué de se regarder en chiens de faïence de part et d'autre de leur frontière commune pendant encore près de deux décennies, avec parfois de violents accrochages à la clé. M. Annan aura vécu assez longtemps pour voir le Premier ministre éthiopien et le président érythréen publiquement enterrer la hache de guerre, le 9 juillet dernier.



Lire aussi

Kofi Annan, une vie pour les Nations unies



À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de Élie FAYAD

La soixante-treizième heure

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le gouvernement se réunit aujourd’hui, mais la crise de confiance est trop profonde

Commentaire de Anthony SAMRANI

Le réveil d’une nation

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants