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Liban

Législation de nécessité : Berry revient à la charge

Gouvernement

Appuyé par Baabda, Gebran Bassil s’efforce de se défendre de calculs présidentiels prématurés.

Yara ABI AKL | OLJ
09/08/2018

Une fois de plus, le président de la Chambre Nabih Berry a profité des audiences du mercredi pour exprimer son mécontentement à l’égard de l’immobilisme qui marque le processus de formation du gouvernement. Mais il semble qu’il s’apprête à s’inviter de nouveau dans la partie.
Interrogé à l’issue des audiences du mercredi tenues à Aïn el-Tiné (en présence de députés de tous les blocs parlementaires, dont « Le Liban fort », parrainé par le Courant patriotique libre), Ali Bazzi, membre du bloc du mouvement Amal, a fait savoir qu’à la lumière des séances des commissions conjointes (prévues ce matin), le président de la Chambre convoquera à une séance plénière qui serait semblable à celles tenues en 2015 qui étaient placées sous le signe de la législation de nécessité.
Cette initiative de M. Berry est importante dans la mesure où elle intervient à l’heure où la formation du cabinet continue à faire du surplace. C’est à la faveur de cette logique que certains milieux politiques ont interprété les propos de M. Berry comme une tentative de mettre au pied du mur le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et de le pousser à accélérer la mise sur pied de son équipe.
Sauf que dans les milieux proches de Aïn el-Tiné, on perçoit les choses sous un autre angle. On préfère placer l’initiative Berry sous l’angle de la redynamisation des institutions, à la faveur du principe de la séparation des pouvoirs. Interrogé par L’Orient-Le Jour, Yassine Jaber, député Amal de Nabatiyé, rappelle que la Chambre issue des dernières législatives n’a pas encore entamé son activité, à l’heure où le pays devrait lancer le processus de réformes de la Conférence de Paris dite CEDRE (tenue le 6 avril dernier). « Croient-ils pouvoir agir comme ils l’on fait lors de la présidentielle ? » s’est alarmé M. Jaber, dans une allusion à peine voilée au Courant patriotique libre, dont les parlementaires ont boycotté les séances consacrées à l’élection du chef de l’État pendant plus de deux ans afin d’assurer l’accession du général Michel Aoun à Baabda. « Conformément à l’article 69 de la Constitution, le Parlement est de facto en session sous un gouvernement démissionnaire », a encore dit Yassine Jaber, notant que « M. Berry a mis tous les protagonistes au pied du mur » et que « tout le monde sait où réside le nœud entravant encore la mise sur pied du cabinet ». Encore une allusion à peine voilée au parti de Gebran Bassil qui insiste à intégrer le chef du Parti démocrate libanais, Talal Arslane, à l’équipe ministérielle, contrairement à la volonté du leader du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt – allié historique de Nabih Berry – qui tient à nommer tous les ministres druzes.
Tout comme les proches de Nabih Berry, les milieux de Saad Hariri ne perçoivent pas une tentative de le mettre au pied du mur. « La Chambre des députés incarne le pouvoir législatif. Nabih Berry a le droit de la relancer », déclare à L’OLJ Roula Tabch Jaroudi, députée de Beyrouth (courant du Futur). Selon elle, « M. Berry n’adresse aucun message au chef du gouvernement désigné ». « Saad Hariri est toujours attaché à un cabinet d’union nationale, affirme-t-elle. Ainsi, il n’est pas question d’un cabinet de majorité », souligne-t-elle, assurant que le Premier ministre n’est nullement en mesure de céder le tiers de blocage au Hezbollah. « Les tractations gouvernementales continuent à buter sur les nœuds habituels, principalement liés à la représentation des Forces libanaises et du PSP », lance Mme Jaroudi, qui assure que son parti ne tient pas compte de la toute dernière escalade verbale du chef du CPL. Pour rappel, Gebran Bassil avait déclaré dans son allocution prononcée mardi à l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc du « Liban fort » parrainé par sa formation que le CPL serait prêt à « mener une action politique, diplomatique et populaire pour libérer le Liban de sa prison politique ». Des propos interprétés dans certains milieux politiques comme un message tant au PSP qu’aux FL, dans la mesure où ils campent toujours sur leurs positions gouvernementales respectives.


(Lire aussi : Kanaan à « L’OLJ » : La réconciliation interchrétienne est irréversible)


« Atteinte aux druzes » ?
Mais à l’heure où les milieux FL assurent que le parti ne fera plus de concessions gouvernementales (après avoir réussi à obtenir quatre portefeuilles avec un ministère dit régalien), un analyste politique interrogé par L’OLJ place la querelle CPL-PSP dans un contexte plus large. D’autant que les propos du ministre des Affaires étrangères ont coïncidé avec la convocation par le bureau de lutte contre la cybercriminalité de l’activiste Yara Chehayeb (militante au sein du PSP) à la suite d’une plainte déposée par M. Bassil contre elle. « Il va sans dire qu’il y a une tentative de porter atteinte au leadership joumblattiste et à la communauté druze », lance-t-il, avant d’expliquer : « Cela a débuté lors des législatives et se poursuit aujourd’hui, à l’initiative de Gebran Bassil, qui veut porter atteinte à MM. Berry, Hariri et Joumblatt en leur qualité de piliers de l’accord de Taëf. Une façon pour lui de consacrer ce qu’il estime être la logique du président fort. »
Un proche de Walid Joumblatt minimise sciemment, quant à lui, la capacité de cette campagne à réussir à porter préjudice à la communauté druze, insistant sur le fait que le PSP est toujours attaché à son droit, face aux « tentatives de torpiller les résultats des élections législatives ».


(Lire aussi : Gouvernement : le pari d’un CPL angoissé)

La présidentielle
En attendant, Gebran Bassil s’est efforcé hier de se défendre, niant vouloir se lancer de façon prématurée dans des calculs présidentiels, dans la perspective de l’élection de 2022. Pour rappel, et selon le quotidien al-Akhbar (proche du Hezbollah), dans son édition du 3 août, Michel Aoun aurait déclaré devant ses visiteurs que certains évoquent déjà la présidentielle « peut-être parce que Gebran Bassil est en tête de la course ». À son tour, le quotidien koweitien al-Jarida a indiqué, citant « des sources informées », que M. Bassil aurait profité de sa dernière visite aux États-Unis pour évoquer cette question avec les responsables américains qu’il a rencontrés.
Réagissant à ces accusations, Gebran Bassil les a placées dans le cadre d’une « campagne visant à porter atteinte au sexennat de Michel Aoun », comme on peut lire dans un communiqué publié hier. « Nous continuerons à appuyer la présidence, pas seulement pour le général Aoun, mais pour tous les Libanais, parce que ce sexennat est une opportunité exceptionnelle pour le pays », ajoute le texte, qui accuse « des politiques et des journalistes dont l’identité politique et le fiasco intellectuel sont connus » de se tenir derrière cette campagne.
Des proches de Baabda ont emboîté le pas au chef du CPL. Cités par notre correspondante Hoda Chédid, ces milieux se sont indignés du fait que « certains se concentrent sur la présidentielle et oublient les autres obstacles à la formation du cabinet ». Rappelant qu’une dimension présidentielle a été donnée à la bataille électorale du Liban-Nord III (Zghorta, Bécharré, Koura, Batroun), ces milieux estiment que le lien établi entre la présidentielle et les tractations gouvernementales vise à porter atteinte à la présidence Aoun.


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