Le Libanais débat et se débat dans les sables mouvants de la formation du nouveau gouvernement. Sur lui soufflent le chaud et le froid, tantôt il suffoque puis survient un froid glacial qui gèle les esprits. Les sens en alerte se liquéfient ou se glacent. C’est un tourbillon qui l’enfonce encore plus dans la misère. Il ne frappe plus aux portes, il est bien là de plain-pied dans nos maisons, nos bureaux, notre quotidien.
Les festivals qui, de village en régions, trimballent des chanteurs, danseurs, saltimbanques, plus ou moins célèbres, encaissant des cachets mirobolants ou quelques dizaines de billets verts, juste pour monter sur les planches, plagiant l’épopée glorieuse de Baalbeck, ne parviennent pas à masquer le mal-être qui se cache derrière l’allégresse d’une nuit de chansons.
Ce défouloir folklorique de quelques heures est certes bon pour le tourisme. Revivifier le temps d’une semaine les villages, hameaux, patelins aux noms oubliés, les revigorer, ramener leurs enfants au bercail est une excellente chose. Les gens auront au moins le loisir de respirer l’air frais du bord de mer ou de la montagne, surtout quand, dans un vallon ou sur un terrain vague tout proche, une décharge publique ne trône pas.
Je n’aborderai pas le problème des déchets qui polluent, ni celui de l’électricité qui devient drastiquement coûteuse. Le monsieur du générateur est devenu boulimique, tenaillé par ses protecteurs à qui il verse une dime. Je n’évoquerai pas l’eau qui ne vient jamais dans nos robinets, quand même que le ballet ininterrompu des camions-citernes livreurs d’une eau pas souvent propre à nos domiciles me laisse perplexe.
Ces choses sont devenues anodines, elles font partie de nos habitudes, de notre quotidien. Le haut coût de la vie nous est devenu normal. S’y greffe la sempiternelle ritournelle de l’écolage, la médecine, la sécurité, la justice.
Finalement, les personnes comme moi qui, de temps à autre, se révoltent et s’insurgent contre ce qu’endurent les Libanais, écrivent dirait-on juste pour écrire. Une suite des mots, en faire des lignes, noircir des pages, sans autre résultat qu’un petit sourire de compassion, une tape dans le dos, ou un petit bravo qui fait mal : « Tu écris ce que nous pensons tous. »
Vous pensez, alors agissez !
Comment agir dans un pays qui est devenu confessionnel à outrance, régi par des partis communautaro-religieux dont vous devez déifier le chef, l’encenser, lui donner raison, surtout quand il a tort. Ne remettez jamais en question son passé. Ne posez jamais la question qui tue : « Comment est-il parvenu à cette position ? ».
Ne tentez jamais d’ouvrir ses placards, ils regorgent de cadavres que bientôt, si vous n’y faites gaffe, vous rejoindrez. Lui, le grand chef, s’est déjà fait la main, c’est le même prix pour tous ceux qu’il a utilisés comme marchepied pour grimper au piédestal devant lequel pieusement vous n’avez d’autre choix que de vous incliner.
Le Liban entre dans la phase la plus laide de son histoire. Résultat d’une loi électorale tronquée faite à la mesure des partis politiques qui en fait sont tous devenus des partis religieux, qui plus est inféodés pour ne pas écrire vendus à l’étranger duquel ils tirent leur puissance, leurs ressources et prennent des instructions qui concordent difficilement avec l’intérêt de notre pays.
Déjà qu’on n’évoque même plus l’extraction du pétrole enfoui sous nos côtes, cela indispose paraît-il les pays producteurs. Pourtant, cette manne ou ce qu’hypothétiquement il en restera redonnerait des couleurs à nos finances publiques.
Pour détourner l’attention, on sort un lapin du bonnet d’un ponte international de la finance. Va pour légaliser la culture du cannabis. Comme si le peuple, qui reçoit quotidiennement sur sa tête plus de cent coups de canne, n’était pas suffisamment idiotisé, il faut l’ahurir encore plus.
Ce n’est nullement une rigolade. Mais celle qui l’est, c’est la tentative éhontée qui ne se cache plus. Institutionnaliser le Liban en confédération communautaire. L’homme ne sera plus choisi pour sa valeur intrinsèque, ce qu’il est, ce qu’il représente, ce qu’il peut donner au pays, son indépendance, mais à travers son affiliation à un parti religieux, pour qui irait sa loyauté.
Et c’est là à mon sens le danger que ne perçoit pas encore la jeunesse de mon pays qui, souvent dégoûtée, va d’un haussement d’épaules augmenter les cohortes de la diaspora faute de débouchés, dont ceux-là mêmes responsables de notre pays en toute lucidité l’en privent.
Je sais bien que le Liban n’est pas une île, mais faut-il qu’il serve toujours de caisse à résonance pour les pays de la région, alors qu’il y a quelques années encore, il en était le fleuron ?
Se trouve-t-il dans cette classe politique, qui, pour notre malheur, nous gouverne, un seul personnage qui connaisse à fond l’histoire de notre pays, fasse comprendre à ces gens-là que si le Liban ressemble à l’heure actuelle à une ferme, le Libanais n’est pas un mouton ?
Gare à son réveil, je prie pour que l’heure ne soit plus loin !
Nos lecteurs ont la parole - Par Georges Tyan
Le Libanais n’est pas un mouton
OLJ / le 08 août 2018 à 00h00


PAS TOUS ! MAIS LA PLUPART MALHEUREUSEMENT LE SONT ! ILS SE PLAIGNENT EN GROGNANT PUIS ILS SUIVENT... TETE BASSE... CHACUN SON PANURGE EN BELANT...
10 h 33, le 08 août 2018