Le président de l’Assemblée nationale constituante, Diosdado Cabello (centre), assistant à un rassemblement en faveur du président du Venezuela, Nicolas Maduro, à Caracas, au Venezuela, le 6 août 2018. Adriana Loureiro/Reuters
La justice a donné hier quelques détails sur l’enquête concernant la tentative d’assassinat du président vénézuélien Nicolas Maduro samedi dernier. Lors d’une conférence de presse, le procureur général du Venezuela Tarek William Saab a mis en garde contre toute nouvelle tentative de viser le gouvernement. La justice « poursuivra dans le cadre de la loi ceux qui conspirent contre la paix civile (...). Que ces faits servent, une fois pour toutes, à mettre un terme à toute tentative de porter atteinte à la paix de façon violente », a-t-il déclaré. Le magistrat a qualifié l’incident de samedi de « tentative de magnicide » et de « tentative de massacre ». Deux drones, chargés chacun d’un kilo de C4, un puissant explosif, ont détoné à proximité de la tribune présidentielle lors d’une cérémonie militaire, selon les autorités vénézuéliennes. M. Saab a confirmé que deux hommes avaient été arrêtés « en flagrant délit » alors qu’ils pilotaient un des drones depuis un véhicule à proximité de l’événement, dans le centre de la capitale vénézuélienne, Caracas. L’engin a explosé après avoir heurté un immeuble, selon les autorités.
Contrairement à ce qu’il avait annoncé, le procureur général n’a pas révélé les identités des personnes interpellées. Pour l’heure, six personnes ont été arrêtées dans cette affaire, d’après le ministre vénézuélien de l’Intérieur Néstor Reverol. « On sait d’où ont été pilotés les drones, des preuves y ont été recueillies (...). Tous les auteurs des faits ont été identifiés ainsi que leurs complices », a ajouté le magistrat. M. Saab a également assuré, sans plus de précisions, que les personnes « qui ont fabriqué les engins » explosifs ont également été identifiées et « les premières connexions internationales ont été établies ».
Complots
À Bogota, le gouvernement a qualifié d’ « absurde » l’accusation portée contre le président colombien Juan Manuel Santos. « Il y a une autre (accusation) encore plus insolite selon laquelle je serais de mèche avec le renseignement américain et avec la droite vénézuélienne à ourdir des complots pour assassiner le président du Venezuela. Voyons ! » a déclaré hier ce dernier. Peu après les faits, M. Maduro a mis en cause son homologue colombien, qui passe les rênes du pouvoir aujourd’hui à son successeur Ivan Duque (droite). « Je n’ai pas de doute que le nom de Juan Manuel Santos est derrière cet attentat », a assuré le président vénézuélien, évoquant aussi des « financiers » non identifiés qui résideraient aux États-Unis. Il a également mis en cause « l’ultradroite », se référant ainsi à l’opposition vénézuélienne.Un mystérieux groupe rebelle, baptisé « Mouvement national des soldats en chemise », jusque-là inconnu, a revendiqué l’action dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Rapidité de la réponse des forces de l’ordre, contradictions dans les déclarations des autorités et éventuelles manipulations : cette affaire soulève de nombreuses questions. M. Maduro affirme régulièrement être la cible de complots en tous genres que ses services de sécurité parviendraient à déjouer. Les États-Unis, qui entretiennent des relations très tendues avec le Venezuela, ont nié toute implication.
Le président entend « renforcer son récit selon lequel la crise est due à des acteurs extérieurs en Colombie ou aux États-Unis, mais il est difficile de dire si cette tactique va fonctionner », a jugé Michael Shifter, président du centre d’études Inter-American Dialogue. De son côté, l’opposition a exprimé son inquiétude devant la fermeté des avertissements des autorités après l’incident, craignant une nouvelle vague de répression. Selon les adversaires de M. Maduro, le pays compte 248 « prisonniers politiques ». C’est une « tentative de criminaliser ceux qui s’opposent légitimement et démocratiquement, et de renforcer la répression », a dénoncé la plateforme d’opposition du Frente Amplio.
L’incident est survenu dans un contexte social et politique tendu. Au Venezuela, tous les voyants économiques sont au rouge depuis des années. L’inflation pourrait atteindre 1 000 000 % fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI), alors que le PIB devrait s’effondrer de 18 %.
Source : AFP


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