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Moyen Orient et Monde

Rétablissement des sanctions US : la population iranienne entre pression et désespoir

Iran / Reportage

Le rétablissement des sanctions par les États-Unis, effectif dès aujourd’hui lundi, suscite depuis quelques mois une vague de désespoir au sein de la population iranienne. Les familles ont du mal à joindre les deux bouts en raison de l’inflation et la jeunesse tente par tous les moyens de fuir un pays qui ne semble plus pouvoir lui assurer un avenir.

06/08/2018

« 90 % des jeunes de notre pays veulent juste partir ! Il est aujourd’hui impossible d’imaginer un jeune devenir propriétaire d’un véhicule ou d’une maison, nous sommes condamnés à n’être que des employés. Peut-être que ça changera, mais pas pour nous, pour la génération suivante éventuellement ! » Ramine est un jeune bazari, il vend des lampes et luminaires avec son associé. Lui aussi espère pouvoir partir. « J’ai un salaire d’environ 120 euros par mois et je dois dépenser 70 euros par mois pour le transport, est-ce qu’à votre avis il est possible de vivre avec 40 ou 50 euros par mois ? » demande-t-il.

En mai déjà, certains bazaris avaient fermé leur échoppe en raison de la hausse du dollar et de la TVA, et fin juin des manifestations contre la situation économique avaient éclaté au grand bazar de Téhéran. Cependant, Ramine explique que certains commerçants préfèrent rester ouverts pour gagner au moins l’équivalent d’un jour de location. Beaucoup dans le bazar préfèrent ne pas s’exprimer. Il faut dire que la tension est montée d’un cran ces derniers mois.

Selon les médias iraniens, l’inflation atteindrait 40 % pour l’électroménager et 80 % pour certaines denrées alimentaires comme la viande. Dans la rue ou le métro, la crise économique est sur toutes les bouches : « C’est vraiment effrayant à quel point les prix ont augmenté ces derniers mois », lance une femme près de la place Haft-e-tir. Afshin, vendeur en matériel informatique, s’inquiète surtout de l’instabilité du marché. « Si un prix augmente et reste ensuite fixe, à la limite ce n’est pas si grave, le client finira par s’habituer, mais quand le prix augmente sans cesse, on ne peut pas planifier, on ne sait plus sur quel pied danser », explique-t-il.

Résultat, ces derniers mois, des manifestations éparses ont régulièrement lieu en province. À Téhéran, les forces de l’ordre sont présentes, mais la situation est plutôt calme. Les médias iraniens mentionnent clairement ces manifestations contre la vie chère et les responsables ne les nient pas. Mais l’avenir est confus. L’imam du vendredi de Machhad, Ahmad Alamolhoda, s’est ainsi exprimé lors de la prière ce vendredi : « Face à la situation économique instable, le gouvernement et le Parlement sont spectateurs et les décisions rapides et claires qui devraient être prises ne le sont pas », a-t-il affirmé avant d’ajouter : « Il ne faut pas laisser les gens dormir le soir et se lever le lendemain et constater que le prix de l’eau a doublé. » En outre, il a condamné la présence d’espions américains qui voudraient profiter de la situation et conduire le peuple à s’opposer au système. « Jusqu’à présent, selon les médias iraniens, on compte une vingtaine d’arrestations et des routes barrées dans certaines villes. Moi j’ai vu les manifestants à Karaj, raconte un chauffeur de Snapp (le Uber iranien), mais ils n’étaient pas très nombreux. » La police antiémeutes réussit à disperser les gens sans entrer en conflit, mais on dénombre tout de même un mort dans la ville de Karaj la semaine dernière.  Le pays est également en proie à des grèves sporadiques comme certains chauffeurs de bus hier qui réclamaient trois mois d’arriérés de salaire.


(Lire aussi : Rohani isolé et en difficulté avant les sanctions américaines)


Des négociations possibles avec les États-Unis ?
Pour ceux qui veulent partir, c’est aussi le parcours du combattant. Impossible d’obtenir des devises, les banques et les bureaux de changes refusent de procéder à l’échange depuis que la Banque centrale iranienne a établi un taux fixe pour le dollar et l’euro en avril dernier. Le prix au marché noir a ainsi dépassé les 130 000 rials pour un euro la semaine dernière (à titre de comparaison, il y a 3 ans un euro valait environ 40 000 rials). Nasrine raconte qu’un de ses amis est parti en Allemagne et qu’une fois sur place, il a compris que tous ses euros étaient des faux. La jeune femme qui vient de recevoir son visa galère donc à changer ses rials avant son départ. « On nous donne n’importe quel taux, et on n’est pas sûr de ce qu’on va recevoir », se désespère-t-elle. Une situation qui ne s’améliorera pas puisque la première salve de sanctions ce 6 août concerne les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que le secteur automobile et l’achat d’avions.

La demande de négociation récente de Trump a influencé le cours du dollar, mais les gens restent sceptiques. Nooshine, professeur de français dans un institut de langue, pense « qu’il y aura des négociations, mais en cachette ».
Khodayar, un jeune avocat, estime, lui, qu’il faut attendre jusqu’à l’automne et le vote du Congrès pour qu’il y ait éventuellement des négociations. Enfin, pour certains, l’Iran et les États-Unis, c’est comme un couple qui ne se supporte pas parfois, mais qui est en constante négociation.  Une chose est sûre, c’est qu’on est loin de l’enthousiasme suscité par l’accord nucléaire il y a trois ans : Donald Trump a balayé d’un revers de main tous les espoirs.


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Rocchesani Marcel

La très mauvaise politique des américains dans cette région du monde continue............

Amar M'Rad

Partir , pour aller ou ? Dans un pays où de toutes façon ils sont absolument indésirable et considérés comme des traîtres.On ne quitte pas son pays pour gagner des droits ailleurs. C'est dans son pays que les droits de chacun se gagne ou se perde. En plus les 99% des 90 % veulent partir à cause d'une perception totalement fausse de l'occident .

Chammas frederico

Que peut on attendre pour les prochains jours...semaines...mois
Le temps iranien est différent du temps occidental
Et les réactions...très contrôlées
Mais jusqu'à quand peut on contenir les gens qui souffrent du manque de tout...et surtout d'espoir

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