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Moyen Orient et Monde

L’Iran continue d’être agité par plusieurs mouvements de protestation

Contestation

Sur les réseaux sociaux étaient partagées hier des vidéos et des photos de rassemblements populaires, dans plusieurs régions iraniennes, contre la cherté de vie et la dépréciation du rial.

03/08/2018

Des manifestations ont éclaté cette semaine dans plusieurs régions de l’Iran, selon plusieurs sites d’informations qui ont relayé des photos et des informations glanées sur les réseaux sociaux. Si ces images ne sont pas authentifiées, Azadeh Kian-Thiébaut, professeure de sociologie et spécialiste de l’Iran à l’université Paris 7-Denis Diderot, confirme néanmoins la réalité de certaines manifestations.

Selon le site online Freeradioeurope/Radioliberty, des vidéos montrent des Iraniens manifestant à Gohardasht, dans la banlieue de Karaj, non loin de Téhéran, pour dénoncer la hausse des prix et la chute du rial iranien qui a perdu près des deux tiers de sa valeur depuis le début de l’année. Sur les vidéos, on peut entendre des slogans hostiles au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et au régime des mollahs. Toujours selon le même site, d’autres manifestations ont eu lieu à travers le pays, les protestataires dénonçant la vie chère et l’inflation galopante.
Le quotidien Asharq al-Awsat évoque ainsi des protestations mercredi et hier, à Ispahan, où des heurts ont eu lieu avec les forces de l’ordre. Selon la même source, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à des manifestations à grande échelle à travers l’Iran. Des témoins, interrogés par le quotidien, indiquent également que des manifestations ont eu lieu à Karaj, ainsi qu’à Ahwaz et Chiraz, contre la détérioration de la situation économique, le chômage et les prix élevés.
Selon le site online de Voice of America (VOA), les manifestations à Ispahan étaient aussi une expression de colère contre les pannes d’électricité qui sévissent dans la ville en plein été. VOA cite en outre une interview à l’agence de presse contrôlée par l’État, ISNA, publiée mardi, du chef de la Chambre de commerce d’Ispahan, Rasoul Jahangiri, qui a exprimé sa sympathie aux commerçants protestataires, affirmant que la plupart de leurs revendications sont légitimes. Toutefois, M. Jahangiri a précisé que la plupart des participants étaient préoccupés par leurs activités et ne devaient pas être considérés comme faisant partie d’un mouvement d’opposition antigouvernemental.

« Les manifestants à Ispahan sont en effet des propriétaires de manufactures, des vendeurs de pièces détachées pour véhicules et des camionneurs qui se sont mobilisés pour protester contre la cherté de vie et la dévalorisation de la monnaie iranienne, faisant ainsi augmenter dramatiquement le prix des marchandises, notamment les pièces pour les voitures et les camions », affirme à L’Orient-Le Jour Azadeh Kian-Thiébaut. « Par contre, la population qui a manifesté à Karaj était plus mélangée, avec une forte participation de femmes », ajoute-t-elle.
Depuis décembre, l’Iran est le théâtre de mouvements de manifestations populaires fréquentes contre les autorités locales et le gouvernement accusés de mauvaise gestion, de corruption et de suppression des libertés. En juin, des mouvements populaires dans la province du Khouzistan, dans le sud-ouest du pays, ont dénoncé les coupures et la mauvaise qualité de l’eau. Les commerçants du grand bazar de Téhéran ont également fait grève pendant deux jours récemment pour protester contre la dépréciation du rial.


(Lire aussi : Du détroit d’Ormuz à la mer Rouge, l’Iran se veut sur tous les fronts)

Revendications sociales et économiques
Sur certaines images non authentifiées diffusées sur les réseaux, hier, on peut entendre les manifestants crier « Mort au dictateur », dans une allusion au guide suprême. D’autres images partagées sur les médias sociaux montrent des manifestants scandant : « Reza Chah, que ton âme soit bénie », en référence au père de Mohammad Reza Pahlavi qui a été renversé par la révolution iranienne en 1979. Des slogans qui reviennent depuis un certain moment. « Reza Chah est celui qui a industrialisé le pays. Durant son règne, le pays était prospère », précise Azadeh Kian-Thiébaut. Toutefois, selon elle, « les revendications populaires restent principalement liées à la situation économique et financière des Iraniens qui souffrent de la cherté de vie et de l’augmentation exponentielle du prix du dollar. Les gens manifestent aussi contre la corruption endémique dans les plus hauts cercles du pouvoir ».
Les dirigeants iraniens ont souvent fustigé la contestation interne en accusant les « ennemis » étrangers d’être derrière les troubles en Iran. Certains évoquent en outre une manipulation de la part des États-Unis et de l’Arabie saoudite, notamment en ce qui concerne les manifestations dans les régions où se trouve une forte minorité arabe sunnite. « Il est évident que les sunnites sont discriminés en Iran. Par exemple, il leur est interdit d’avoir une mosquée à Téhéran. Les provinces où ils se trouvent sont les moins développées du pays. Mais de là à dire qu’ils sont manipulés, on va très loin alors qu’on n’a aucune preuve », explique Mme Kian-Thiébaut, ajoutant que les manifestations qui ont eu lieu en juin au Khouzistan avaient pour source la mauvaise gestion de l’eau potable, alors que « l’Iran envoie de l’eau douce au Koweït ».


(Lire aussi : Téhéran s'attaque à la corruption face à la chute de la monnaie nationale)


Une manipulation de certains manifestants de la part des ultraconservateurs est également évoquée dans certains cercles, alors que le Parlement iranien a annoncé mercredi qu’il tiendrait une session spéciale pour interroger le président Rohani sur l’effondrement de la monnaie et l’économie en difficulté. « On peut effectivement penser que les conservateurs souhaitent la chute du gouvernement, mais il y a aussi et surtout le ras-le-bol de la population qui a de plus en plus du mal à joindre les deux bouts », explique Mme Kian-Thiébaut.
Aujourd’hui, ces diverses manifestations sporadiques et ponctuelles ne sont pas liées entre elles pour pouvoir former un mouvement politique qui puisse menacer le régime. « Il n’y a pas d’organisation de partis politiques indépendants capable de réunir les différentes revendications populaires. De plus, la classe moyenne, bien que fortement touchée par la crise, n’est toujours pas décidée à protester. Il n’y a donc pas actuellement d’alternative politique à ce régime », conclut-elle.


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