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Économie

Liban : Le secteur bancaire fait le point sur plusieurs dossiers chauds

Conférence de presse

L’Association des banques du Liban est revenue sur le démantèlement récent d’un réseau irakien de malfaiteurs et la suspension provisoire des prêts subventionnés.

03/08/2018

Le président de l’Association des banques du Liban (ABL), Joseph Torbey, a tenu une conférence de presse hier au siège de l’organisation à Beyrouth pour faire le point sur plusieurs dossiers sensibles auxquels a été confronté le secteur ces derniers mois.
Cette intervention survient dans le sillage de l’annonce par les services de renseignements irakiens, puis libanais, du démantèlement d’un réseau de malfaiteurs qui tentaient d’extorquer des fonds à de grandes banques libanaises implantées entre le Tigre et l’Euphrate, dont notamment Bank Audi. C’est d’ailleurs par ce dossier que M. Torbey, qui est également le PDG du Crédit libanais – une autre banque libanaise établie en Irak –, a démarré son intervention dans le but de couper court aux « rumeurs » qui « créent un climat d’incertitude et de confusion » vis-à-vis du secteur bancaire libanais.

« Copies de documents »
En début de semaine, les services de renseignements irakiens ont annoncé avoir démantelé, en coopération avec la Sûreté générale libanaise, un réseau qui répandait de fausses informations et tentait d’extorquer des fonds à des banques du pays du Cèdre. Le lendemain, le directeur de la SG, le général Abbas Ibrahim, fraîchement rentré d’Irak, expliquait sur la chaîne al-Manar que les membres du réseau étaient des Irakiens et des Libanais qui pourraient être liés à une organisation plus vaste.
Selon les informations supplémentaires fournies par M. Torbey, les malfaiteurs réclamaient la restitution de dépôts réalisés dans des banques libanaises avant 2003 en présentant des « copies de documents » qui prétendaient en attester l’existence. Les documents en question étaient « faux », a-t-il précisé, ajoutant que l’Irak avait rapatrié par le passé la quasi-totalité des fonds déposés par ses ressortissants dans les banques libanaises avant la chute de Saddam Hussein en 2003. M. Torbey a également souligné qu’à sa connaissance, seuls des Irakiens avaient été arrêtés à l’issue de l’opération lancée par les renseignements des deux pays. Selon plusieurs sources bancaires, toutes les tentatives d’extorsion lancées contre celles des 10 banques libanaises visées par ce type de pratique ont échoué.


(Pour mémoire : Oyez, c’est de la croissance qu’il s’agit !)


Nouveaux mécanismes
M. Torbey est également revenu sur la suspension provisoire, début 2018, par la Banque du Liban (BDL) des mécanismes de subventions des prêts au logement en livres libanaises qu’elle avait mis en œuvre pendant des années.
Cet arrêt a progressivement paralysé un secteur immobilier devenu accro à ces subventions et dont l’activité a été impactée par l’instabilité politico-sécuritaire au niveau local et régional depuis le début de la guerre en Syrie en 2011. Il a également provoqué une crise sociale, en suspendant de facto l’octroi de prêts bonifiés à des taux très réduits que les ménages les plus modestes peuvent obtenir via l’Établissement public de l’habitat (EPH). À ces facteurs s’ajoute enfin la polémique lancée fin juin par le journaliste Salem Zahran. Ce dernier a en effet déclaré que des personnalités politiques et grosses fortunes du pays avaient indûment bénéficié de ces prêts, avant de porter l’affaire devant le parquet financier, qui a demandé un complément d’information à la BDL.
Sans s’attarder sur ce dernier épisode, le président de l’ABL a souligné que les prêts au logement subventionnés à travers les plans de relance de la BDL (mis en place en 2013 et suspendus en mars) ou financés via les réserves obligatoires des banques (un mécanisme généralisé en 2009 et arrêté en octobre dernier) avaient représenté 75 % du total du crédit dans cette catégorie, soit 9,5 milliards de dollars. Il a ensuite appelé à « trouver de nouveaux mécanismes » pour soutenir le crédit immobilier, après avoir rappelé que la BDL a prévu de débloquer un nouveau plan de relance en 2019, comme l’a annoncé son gouverneur, Riad Salamé, le 24 juillet. M. Torbey a par ailleurs espéré que le nouveau gouvernement, qui n’a toujours pas été formé près de trois mois après les élections législatives du 6 mai, s’attaque en priorité à la résolution de ce dossier.

Hausse des dépôts
Enfin, sur un plan plus large, le président de l’ABL est revenu sur les dernières performances du secteur bancaire, marquées par une « hausse des actifs de 5,7 % sur les cinq premiers mois de 2018 » et une « augmentation des dépôts de 2 % sur la même période, soit environ 3,4 milliards de dollars », sans toutefois communiquer de données complètes sur cette période. Soulignant, comme souvent, la résistance du secteur à un contexte de croissance molle, M. Torbey a appelé les responsables politiques à tenir les engagements de réformes – notamment budgétaires – pris par le Liban vis-à-vis de ses soutiens lors de la conférence CEDRE, tenue le 6 avril à Paris, contre le déblocage de plus de 11 milliards de prêts et dons pour réhabiliter les infrastructures du pays. Lors d’une rencontre organisée avec la presse mardi, le vice-président du groupe de la Banque mondiale pour la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Ferid Belhaj, a mis le pays en garde contre les conséquences négatives qui pourraient survenir si ces engagements n’étaient pas respectés.


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