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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

Trump veut « iraniser » la stratégie utilisée pour Pyongyang

En passant des menaces et des insultes à la diplomatie de la main tendue, le président américain semble avoir opté, dans le cas de l’Iran, pour la même stratégie qu’avec la Corée du Nord.

Le président américain Donald Trump dans le bureau Ovale lors d'une cérémonie de prestation de serment du nouveau secrétaire américain aux Affaires des anciens combattants, Robert Wilkie, à la Maison-Blanche, à Washington, le 30 juillet 2018. Brian Snyder/Reuters

Donald Trump tenterait-il d’appliquer, avec l’Iran, la même stratégie qu’avec la Corée du Nord ? Même si son imprévisibilité n’est plus un secret, le locataire de la Maison-Blanche a une nouvelle fois pris tout le monde de court en annonçant lundi, lors d’une conférence de presse en compagnie du président du Conseil italien, Giuseppe Conte, qu’il était disponible pour des pourparlers « sans conditions préalables » avec Téhéran et une rencontre avec son homologue iranien Hassan Rohani.

« J’imagine qu’ils voudront me rencontrer. Je suis prêt à les rencontrer quand ils veulent », a déclaré le président américain. « C’est bon pour eux, bon pour nous, bon pour le monde entier (…) surtout si nous pouvons trouver une solution sérieuse, pas un gâchis de papier comme l’autre accord », a-t-il insisté.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a toutefois nuancé les propos du président et tenu à éclaircir la situation en mettant en avant les conditions propices à une éventuelle rencontre. Elle ne peut ainsi avoir lieu que « si les Iraniens démontrent qu’ils sont prêts à des changements fondamentaux dans leur manière de traiter leur peuple, modifient leur comportement malveillant » au Moyen-Orient et se montrent ouverts à un accord sur le nucléaire « qui empêche vraiment la prolifération », a déclaré M. Pompeo sur la chaîne américaine CNBC.

Ce changement de cap de Donald Trump intervient à une semaine de la réimposition des premières sanctions économiques contre la République islamique, décrétées après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai dernier, et quelques jours après une série d’échanges plus que musclés, via des tweets en majuscules, entre Donald Trump et les dirigeants iraniens. Une situation qui rappelle celle qu’ont connue les États-Unis et la Corée du Nord il y a encore quelques mois avant de se rabibocher. Le leader nord-coréen Kim Jong-un et Donald Trump avaient échangé provocations militaires et insultes jusqu’à trouver un point d’accroche. Des discussions ont ensuite eu lieu entre des représentants des deux pays, et une rencontre entre MM. Trump et Kim Jong-un a pu se produire. Cette stratégie visant à provoquer puis discuter a, en fin de compte, marché avec le régime de Pyongyang, mais peut-elle marcher avec l’Iran ? Les deux scénarios nord-coréen et iranien sont-ils semblables ?


(Lire aussi : En Iran, le rial continue de sérieusement dévisser)


Le diplomate Kim
D’une certaine manière, les États-Unis semblent tenter de reproduire, avec l’Iran, la même stratégie qu’avec Pyongyang, à savoir : d’une part, la mise en œuvre d’une politique d’isolement économique, avec l’imposition de sanctions de très grande ampleur, et d’autre part, un isolement diplomatique important. Mais au fur et à mesure que les années ont passé, Pyongyang a réussi à se développer militairement au point de devenir une puissance militaire et nucléaire incontestée dans le monde. Cela était d’ailleurs l’un des objectifs principaux de la dynastie Kim, à la tête de la Corée du Nord depuis 1948. Elle est néanmoins également devenue, aux yeux de la communauté internationale, une sorte « d’État voyou » et dangereux avec qui il était impossible de négocier.
Il ne lui manquait donc plus qu’une reconnaissance diplomatique internationale pour être vraiment considérée comme une nation à l’égal des autres. Finalement, c’est avec Donald Trump que cette occasion s’est présentée et s’est concrétisée le 12 juin dernier lors du sommet de Singapour. Ce jour-là, devant toutes les caméras de télévision du monde, MM. Trump et Kim Jong-un ont alterné poignées de main intenses et accolades amicales. Devenus partenaires, les ennemis d’hier sont parvenus à un accord stipulant la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Mais l’histoire risque d’être quelque peu différente en ce qui concerne la République islamique.


(Lire aussi : Trump veut une alliance stratégique au Moyen-Orient contre l'Iran)


L’Iran sceptique
Car si Donald Trump a fait savoir qu’il était prêt à rencontrer Hassan Rohani, les dirigeants iraniens ont émis certaines conditions pour arriver à des pourparlers avec Washington. « Le respect des droits nationaux iraniens, la réduction des hostilités et le retour à l’accord nucléaire sont des mesures qui peuvent être prises pour paver la route bosselée des pourparlers entre l’Iran et l’Amérique », a tweeté hier Hamid Aboutalebi, conseiller du président iranien.

Cette différence d’attitude de Pyongyang et de Téhéran vis-à-vis des États-Unis s’explique avant tout par une différence significative d’intérêts. « Les Nord-Coréens ont saisi l’occasion que Trump leur a donnée car ils étaient dans une situation délicate et dans un besoin de reconnaissance internationale (…). Dans le cas iranien, la réaction est beaucoup plus tempérée et beaucoup plus sceptique car ils considèrent que tant que des sanctions sont appliquées à l’Iran et que Trump se comporte comme cela, il n’y a pas matière à négocier », affirme à L’Orient-Le Jour François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005. « Les Iraniens savent très bien ce que les Américains vont leur demander : l’arrêt complet du programme nucléaire (surtout l’enrichissement d’uranium), et des réacteurs de recherche, le retrait des troupes iraniennes de Syrie, des progrès en matière de droits de l’homme… Mais ils ne sont pas prêts à les donner, surtout pas sous la pression des Américains », ajoute-t-il.

Pour d’autres observateurs, l’invitation du président Trump au dialogue ne suffit pas pour permettre une pleine écoute de la part des dirigeants iraniens. « Donald Trump pense qu’il peut y parvenir (négocier) en sanctionnant l’Iran jusqu’à ce que les dirigeants à Téhéran implorent sa pitié. Mais si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est qu’il n’y aura pas une telle capitulation de l’Iran », affirme Trita Parsi, directeur du Conseil national irano-américain, dans un article publié sur le site de la NBC News. L’expert se dit donc « sceptique quant à la capacité de Trump à faire de la diplomatie avec l’Iran, mais cela ne veut pas dire qu’un meilleur accord ne peut être obtenu ». L’exercice diplomatique avec l’Iran est donc encore loin d’être terminé pour Donald Trump. Téhéran s’obstine à refuser tout retour en arrière et toute modification des principes de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Mais les choses ne peuvent avancer que si les deux parties font des gestes l’une vers l’autre, ce qui n’est, pour l’instant, clairement pas le cas. Ainsi, le vice-président du Parlement iranien, Ali Motahari, a estimé hier que ce n’était pas le moment pour l’Iran de négocier avec les Américains. « Si Trump ne s’était pas retiré de l’accord sur le nucléaire et s’il n’avait pas imposé de sanctions contre l’Iran, négocier avec l’Amérique ne poserait aucun problème. Mais négocier à présent avec les Américains serait humiliant » , a-t-il dit. Et pour mieux enfoncer le clou, le chef des gardiens de la révolution, Mohammad Ali Jaafari, a réagi aux propos de M. Trump en déclarant : « L’Iran n’est pas la Corée du Nord. »



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commentaires (1)

LA MEME STRATEGIE QUE CELLE APPLIQUEE AVEC LA COREE DU NORD NE MARCHERAIT PAS AVEC L,IRAN. UNE AUTRE APPROCHE DEVRAIT ETRE ENVISAGEE CAR CE PAYS DESTABILISE TOUTE LA REGION DU MOYEN ORIENT !

JE NE COMMENTE PAS. JE PARLE AU PEUPLE.

07 h 59, le 01 août 2018

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Commentaires (1)

  • LA MEME STRATEGIE QUE CELLE APPLIQUEE AVEC LA COREE DU NORD NE MARCHERAIT PAS AVEC L,IRAN. UNE AUTRE APPROCHE DEVRAIT ETRE ENVISAGEE CAR CE PAYS DESTABILISE TOUTE LA REGION DU MOYEN ORIENT !

    JE NE COMMENTE PAS. JE PARLE AU PEUPLE.

    07 h 59, le 01 août 2018

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