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Culture

Carla Bruni dérange les pierres de Beiteddine

Festival

En tissant un patchwork de titres allant de son mythique « Quelqu’un m’a dit » aux solaires mais mélancoliques reprises de son album « French Touch », la chanteuse et ex-top model a donné une leçon de Less is more hier soir sur la scène du palais des Émirs.

31/07/2018

Le 17 avril, le Festival de Beiteddine annonçait Carla Bruni comme l’une de ses têtes d’affiche. À cette nouvelle, l’on n’a pu s’empêcher de se demander : on fait quoi du concert de l’ex prima-donna à la voix en fumée, qui s’est convertie d’amazone rêvée par Helmut Newton en femme abonnée aux pages de Voici, troquant la (Rive) gauche, le Flore et le goût des hommes contre des nouveaux quartiers d’appartenance plus à droite, tels le ronronnant Neuilly et le Fouquet’s ? On grimpe sur la vague d’un militantisme qui avait simplement et lâchement abhorré tout ce que la chanteuse a pu sortir depuis 2007 pour des raisons politiques, tout à fait compréhensibles, mais qui n’ont aucun lien avec la musique ? On déteste, en mettant tout sur le compte de French Touch, album de reprises de standards anglo-saxons, jugé paresseux, qui l’a rangée dans le camp des grimpeurs d’octaves en manque d’inspiration ?


(Lire aussi : Carla Bruni : Vous allez voir, je vais finir comme Lady Gaga...)


Sauf qu’hier soir, face à ce dilemme, il aura suffi que Carla Bruni débarque sur la scène du palais de Beiteddine, trimballant sa magnétique façon de passer inaperçue, alors qu’elle entonne Le chemin des rivières de Julien Clerc, pour que se démontent illico toutes ces théories à la noix. Il aura suffi qu’elle se refasse une beauté, seule – on le parierait – devant les miroirs qui l’ont longtemps traquée, comme d’ordinaire habillée d’un rien qui fait son tout, blazer noir sur cuir noir, pour qu’elle se défasse des menottes qui l’ont longtemps ligotée à sa réputation de Madame Nicolas Sarkozy (dont l’entrée à Beiteddine hier soir a été tout aussi applaudie que celle de sa chanteuse de femme), alors même qu’elle fredonnait Je ne suis pas une dame sur Little French Songs. Il aura suffi d’un « bonsoir le Liban » qui semblait venir se frotter au creux de nos tympans, de cette voix embrumée, enjouée et menacée à la fois, pour qu’on retrouve avec joie cette ex-fan des sixties qui continue à chanter comme si (ses idoles) Jane et Serge veillaient dans l’ombre. C’est le cas pour la première partie de la soirée, où elle déroule le doux tapis mouvant de son sixième album French Touch, dont les textes sont des réaménagements de standards anglo-saxons où la guitare acoustique trône en majesté, une économie d’effets à laquelle elle nous avait habitués depuis ses débuts. De sombres diamants oubliés que Carla Bruni fait grésiller au feu doux de son timbre soupirant, dont Crazy de Willie Nelson, Jimmy Jazz de The Clash ou Enjoy the silence de Dépêche mode, Miss you des Stones ou Highway to hell des AC/DC (seul lourd grumeau de la sauce Bruni).




Malice et sensualité
Puis, alanguie sur Moon River, à genou sur J’arrive à toi dédiée « à l’homme que j’aime », se déhanchant sur Enjoy the silence de Dépêche Mode, laissant, sur Le plus beau du quartier, onduler ses formes qu’on dirait taillées par Alaïa, puis délivrant un apaisant The winner takes it all de Abba. À travers ses chansons qui coulent comme des longs fleuves – à peine touchées du bout de sa voix voilée, parfois piochées dans les tiroirs de ses opus plus anciens, comme Quelqu’un m’a dit qu’elle continue de chanter comme on expire les fumées d’une Vogue mentholée – Carla Bruni confirme sa place à l’antidote des indigestes chanteuses à amygdales musclées. Pourtant, si sa malice et sa sensualité apportent un souffle léger aux titres, parfois graves, qu’elle réinvente, ses cordes vocales cousues en feutrine contrebalancent et insufflent à sa prestation une forme de mélancolie, comme avec Un garçon triste ou Déranger les pierres qui (quoi que surjoué) clôt le concert en apothéose. Et si la grâce ultime de Carla Bruni demeure donc dans cette volonté de brouiller les mondes, les pistes et les émotions, une certitude persiste à la sortie : on lui renouvellerait volontiers son quinquennat.


Pour mémoire
De passion et de sang, ce fier flamenco d’Antonio Gadès...    

La « French Touch » de Carla Bruni

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yves kerlidou

Le titre est un peu usurpateur ! vu la puissance de sa voix je pense pas que les pierres de Beitéddine n'ont pas du vibrer beaucoup et les spectateurs non plus

Le Faucon Pèlerin

Combien ils m'ont paru loin ma Rina Ketty "Berceuse du rêve bleu" (1938) et mon Tino Rossi "Ô mia bella Napoli"
(1938).
Je donnerai toute ma retraite pour la regarder, quand même.

Eleni Caridopoulou

Je ne donnerai pas une livre libanaise pour aller la voir , elle n' a pas la voix de Whitney Houston de "'thé Body Guard"

Namour Jean

Quelle élégance ce papier Monsieur Khoury.

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