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Moyen Orient et Monde

Andrew Brunson, nouvelle monnaie d’échange d’Erdogan contre Gülen ?

Turquie

Trump avait menacé la Turquie de sanctions si elle ne libère pas le pasteur américain.

28/07/2018

Recep Tayyip Erdogan pourrait-il faire du pasteur évangélique américain Andrew Brunson sa nouvelle monnaie d’échange ? Cet homme de foi, vivant depuis plus de vingt ans en Turquie, est détenu depuis octobre 2016 et a été placé en résidence surveillée mercredi dernier.
M. Brunson est inculpé d’espionnage et de terrorisme par la justice turque au profit du prédicateur Fethullah Gülen, lui-même accusé d’être à l’origine du putsch manqué de juillet 2016 et exilé aux États-Unis, mais aussi pour le compte du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) à qui Ankara livre une guérilla intense depuis 1984. Le pasteur américain encourt, pour tous ces chefs d’accusation, jusqu’à 35 ans d’emprisonnement. Le président américain Donald Trump a usé jeudi de son arme favorite : le tweet, pour dénoncer la détention de cet homme de foi par la justice turque et a averti Ankara que des sanctions lui seraient imposées s’il ne libérait pas « immédiatement » M. Brunson. « Les États-Unis imposeront de lourdes sanctions à la Turquie pour la détention du pasteur Andrew Brunson, un grand chrétien, un homme de famille et un être humain merveilleux. Il souffre énormément. Cet homme de foi innocent devrait être libéré immédiatement ! » a tweeté il y a deux jours le locataire de la Maison-Blanche. Mais si Donald Trump a parlé d’une « prise d’otage » pour évoquer le cas de ce pasteur, Recep Tayyip Erdogan y voit, semble-t-il, un moyen d’extrader Fethullah Gülen, exilé depuis 1999 dans la région rurale américaine des Poconos, dans l’État de Pennsylvanie.
Ce prédicateur est l’objet d’une réelle obsession de la part du reïs turc depuis le coup d’État manqué de 2016. M. Gülen est accusé par le pouvoir turc d’en être l’architecte. Ses partisans, appelé « gülenistes », sont pourchassés dans toute la Turquie, y compris à l’étranger, à travers des purges effectuées dans tous les secteurs possibles : l’armée, la fonction publique, la justice, l’éducation, les journalistes, etc. Des milliers de personnes ont ainsi été arrêtées au nom de leurs liens, parfois même supposés, avec M. Gülen. Régulièrement, la Turquie, partenaire des États-Unis au sein de l’OTAN, tente de convaincre Washington de bien vouloir extrader Fethullah Gülen. En vain.


(Pour mémoire : Qu’y a-t-il derrière les tensions entre Washington et Ankara ?)


Jeu dangereux
Mais avec l’affaire du pasteur Brunson, le président turc pourrait sans doute avoir un possible moyen de faire pression sur Donald Trump, et ce même si l’administration américaine refuse de lier l’affaire du pasteur et celle de Fethullah Gülen. « Erdogan et ses conseillers ont très clairement exprimé leurs conditions dans ce marchandage en disant : “Vous voulez le pasteur, donnez-nous le nôtre !” », affirme à L’Orient-Le Jour Guillaume Perrier, ancien correspondant du journal Le Monde en Turquie et auteur de Dans la tête de Recep Tayyip Erdogan (Solin/ Actes sud). « C’est dans ce but que des proches de Trump avaient été embauchés par Ankara pour faire du lobbying auprès de Washington pour faire extrader Fethullah Gülen. On peut notamment citer Michael Flynn, l’ancien secrétaire à la Sécurité nationale de Donald Trump, mais aussi Rudy Giuliani, ancien maire de New York. Toutefois, la justice américaine n’est pas la justice turque », ajoute M. Perrier.


(Lire aussi : Pourquoi Ankara reste un membre à part (entière) de l’OTAN)


Un autre élément pourrait laisser entendre un éventuel « échange de prisonniers » : les récents agissements de l’administration turque. Ankara n’a pas exprimé de gratitude à l’égard des États-Unis après la libération, hier, d’Ebru Ozkan, une ressortissante turque emprisonnée en Israël en raison de liens supposés avec l’organisation palestinienne du Hamas. Selon des informations du journal américain Washington Post, le président américain, après un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 14 juillet, a pu obtenir la libération de cette citoyenne turque et espérait « l’échanger » contre le pasteur Brunson. Mais la Turquie a démenti ces informations en les qualifiant de « complètement sans fondement ». Donald Trump a donc raté son coup cette fois-ci, mais a tenu à mettre toutes les chances de son côté en menaçant Ankara de sanctions si le pasteur Brunson n’était pas libéré immédiatement ».
Cet avertissement pourrait néanmoins amener le président truc à réfléchir plus sérieusement à la libération de l’homme de foi américain. D’éventuelles sanctions auraient des conséquences lourdes pour la Turquie qui, en cette période estivale, espère sans doute rééquilibrer l’économie du pays, mais auraient surtout un impact dans les relations très tendues qu’entretiennent la Turquie et les États-Unis.


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