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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

Qu’y a-t-il derrière les tensions entre Washington et Ankara ?

Guerre de visas entre la Turquie et les États-Unis.

L’ambassade américaine à Ankara, hier. Adem Altan/AFP

Le fossé se creuse entre Washington et Ankara. L'annonce américaine dimanche soir de suspendre les services de délivrance de visas dans toutes les missions US en Turquie, hormis les visas d'immigration, a été suivie hier matin d'une mesure similaire de la part du gouvernement turc.

L'escalade diplomatique survient après l'arrestation en mars dernier d'un employé turc du consulat américain à Adana, dans le sud du pays, pour soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes), considéré comme organisation « terroriste » par Ankara. Mercredi dernier, Metin Topuz, un autre employé turc du consulat américain, à Istanbul cette fois-ci, a été également arrêté pour « espionnage ». Il aurait des liens avec Fethullah Gülen, un prédicateur turc exilé aux États-Unis et accusé par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan d'être derrière le putsch raté de juillet 2016.

Les purges qui ont suivi depuis, et qui ont affecté près d'un million de personnes dans le pays, ont touché des personnes soupçonnées d'être liées directement ou indirectement à la mouvance de Gülen, qui fut un temps proche du président Erdogan. Un troisième citoyen turc, détenu avec sa femme et son enfant, était entendu hier par les autorités, lesquelles le soupçonnent fortement de posséder des informations concernant une implication américaine dans le putsch raté de l'été dernier. Aucun détail n'a filtré sur cette dernière arrestation. Et bien que l'administration américaine ne donne pas de raison explicite pour ces mesures annoncées dimanche soir, il est clair qu'elles sont dues à ces développements récents, bien que les personnes détenues ne jouissent pas d'une immunité diplomatique quelconque et soient des citoyens turcs obéissant à la loi turque.

 

(Pour mémoire : Washington "troublé" par l'arrestation d'un employé de son consulat à Istanbul)

 

Réseau Gülen
Depuis le second mandat de Barack Obama, les relations bilatérales entre les deux gouvernements sont au plus bas. Le refus du prédécesseur de Donald Trump de s'engager davantage dans le conflit syrien, au grand dam d'Ankara, suivi d'un soutien militaire aux combattants kurdes impliqués dans la guerre contre l'État islamique, a suscité un profond ressentiment à Ankara. Le refus américain d'extrader Fethullah Gülen, installé en Pennsylvanie, malgré les demandes répétées d'Ankara, contribue à la montée des tensions entre les deux administrations. À tel point que le président Erdogan a affirmé le mois dernier qu'Andrew Brunson, un pasteur américain, installé en Turquie depuis plus de 20 ans et arrêté l'an dernier dans le cadre des purges du régime pour « collusion » avec le réseau Gülen, ne sera libéré « qu'à condition que Gülen soit extradé » des États-Unis, suggérant un échange de prisonniers, ce que permet l'état d'urgence en vigueur en Turquie. Les détracteurs du président turc se sont empressés de dénoncer une prise d' « otages politiques », comme c'est le cas chaque fois qu'un ressortissant étranger est arrêté pour des raisons obscures.

Un autre dossier empoisonne les rapports entre les deux pays : celui de Reza Zarrab. « On a tendance à oublier la question du jugement de Zarrab, qui pourrait faire des révélations embarrassantes pour le gouvernement d'Erdogan », rappelle Bayram Balci, chercheur à Sciences Po (Paris) et spécialiste de la Turquie. L'homme d'affaires turco-iranien, impliqué dans l'un des plus gros scandales de corruption de l'histoire turque en 2013 et arrêté l'an dernier à Miami pour avoir contourné les sanctions visant l'Iran en y exportant de l'or, n'est de ce fait pas moins qu'une bombe à retardement pour le gouvernement turc.
À l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, une embellie était pourtant attendue. L'actuel président américain n'a jamais caché son admiration pour l'homme fort de la Turquie. Mais cela ne semble pas suffisant et une accalmie semble encore loin. « On se dirige vers une escalade. La seule chose qui pourrait calmer les Turcs serait l'effet de ces tensions sur la Bourse, ce qui est déjà le cas. Ils vont finir par calmer le jeu », estime M. Balci, alors que le gouvernement turc a déjà demandé hier aux États-Unis de revenir sur leur décision, qui mène à une « escalade inutile ». Le président Erdogan s'est même dit « peiné », tandis que les tensions diplomatiques faisaient déjà leur effet sur les marchés et la Bourse, qui a fermé en baisse hier.

 

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commentaires (2)

Il y a seulement Erdogan. et entre l'Europe et la Turquie ? Il y a Erdogan, complètement intoxiqué par une ambition démesurée. Il s'y prend mal pour installer la Turquie dans le carnaval des pays respectables de ce monde

FAKHOURI

12 h 07, le 10 octobre 2017

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Commentaires (2)

  • Il y a seulement Erdogan. et entre l'Europe et la Turquie ? Il y a Erdogan, complètement intoxiqué par une ambition démesurée. Il s'y prend mal pour installer la Turquie dans le carnaval des pays respectables de ce monde

    FAKHOURI

    12 h 07, le 10 octobre 2017

  • LES FAUSSES POLITIQUES DU MINI SULTAN VONT COUTER CHER A LA TURQUIE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    07 h 44, le 10 octobre 2017

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