Une photo d'archives montrant Alexandre Benalla accompagnant le président français, Emmanuel Macron. Philippe Wojazer/Reuters
La justice française a annoncé hier l’ouverture d’une enquête préliminaire après la diffusion d’images montrant un collaborateur du président Emmanuel Macron en train de frapper un manifestant le 1er mai dernier, suscitant l’indignation à travers l’échiquier politique.
Dans un article mis en ligne mercredi soir, accompagné d’une vidéo, le quotidien Le Monde a révélé qu’Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Élysée (la présidence française), s’était coiffé d’un casque des forces de l’ordre avant de « s’en prendre à un jeune homme à terre pendant une manifestation », à l’occasion du 1er-Mai. « Affaire Benalla : l’Élysée mis en cause », titrait hier Le Monde sur l’ensemble de sa une.
Taha Bouhafs, un militant de la gauche radicale qui avait filmé la scène le 1er mai, a expliqué sur Sud Radio qu’il avait vu ce qu’il croyait être un policier « aller chercher une jeune fille (et) la tirer par le cou ». Par la suite, poursuit le militant, le faux policier s’en prend à un homme, qui « se fait étrangler » et reçoit « plusieurs coups de poing dans le dos, dans la tête par derrière (...) l’homme était inoffensif, par terre et suppliait d’arrêter », a-t-il ajouté.
Le Monde affirme que le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a précisé qu’Alexandre Benalla avait demandé à « observer » le maintien de l’ordre lors du 1er-Mai, ce que le directeur de cabinet avait accepté. M. Strzoda a suspendu deux semaines M. Benalla, mais n’a pas saisi la justice.
Hier, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « violences par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ». L’affaire « est désormais aux mains de la justice, et c’est très bien ainsi », a déclaré le Premier ministre Édouard Philippe devant le Sénat. « De toute évidence, nous serons déterminés à faire en sorte que cette enquête préliminaire puisse permettre de faire toute la lumière et que nous puissions tirer toutes les conclusions de cette enquête et de cette procédure judiciaire engagée », a-t-il ajouté. Une enquête parallèle sera de plus conduite par l’Inspection générale de la police, la « police des polices », a annoncé le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, afin de « savoir dans quelles conditions ceci s’est passé ».
Ancien membre des services d’ordre de l’ex-président socialiste François Hollande, réserviste de la gendarmerie, Alexandre Benalla avait été renvoyé par l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg pour « faute professionnelle » avant de joindre la garde rapprochée d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Il a ensuite été nommé « chargé de mission » à l’Élysée, en tant qu’adjoint au chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch.
Interpellé, lors d’un déplacement dans le Sud-Ouest, par un journaliste lui demandant si la République était « entachée » par cette affaire, M. Macron a juste répondu : « Non, non, elle est inaltérable ! »
Alexandre Benalla, qui a été de plus muté à des fonctions administratives, a reçu « la sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée », a assuré le porte-parole de la présidence, Bruno Roger-Petit.
Un second homme a aussi « outrepassé son autorisation », a révélé le porte-parole. Vincent Crase, gendarme réserviste et employé de LREM (parti présidentiel), a aussi écopé d’une « mise à pied de quinze jours avec suspension de salaire », et « il a été mis également fin à toute collaboration entre lui et la présidence de la République ».Mais ces déclarations n’ont pas suffi à stopper le tollé suscité dans l’ensemble des courants politiques, jusque dans le parti présidentiel (LREM), dont un député, Laurent Saint-Martin, a estimé qu’Alexandre Benalla ne devait « plus travailler à l’Élysée ».
À droite, le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez s’est demandé s’il y avait eu « des manœuvres » pour « étouffer » l’affaire. À gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure a estimé que M. Benalla devait « être redevable devant la justice ». Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI (gauche radicale), a réclamé qu’un juge d’instruction soit saisi car tous les « éléments sont là qui permettent d’identifier un délit ».
Source : AFP


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