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Liban

L’élection des commissions : une répartition entre les trois présidences

Hémicycle

Le président de la Chambre a rejeté, en réaction à l’intervention d’un député, la terminologie de « tandem » chiite.

S.N. | OLJ
18/07/2018

La séance d’élection des seize commissions parlementaires s’est déroulée hier dans l’esprit de « consensus » souhaité par le président de la Chambre Nabih Berry.  En moins de vingt minutes – durée totale de la séance –, les dix-sept membres de chaque commission ont été élus par vote à main levée, sans qu’il ne soit besoin de recourir au vote secret. Les choix des présidents et rapporteurs, tranchés officieusement avant la séance, ont été confirmés, comme cela est devenu de coutume, à l’issue d’échanges ultérieurs entre les membres des commissions et le président de la Chambre. 

Le seul choix qui a été revu est celui du président de la commission de la Femme et de l’Enfant. Le choix initial du député Ahbache (parti ultraconservateur prosyrien), Adnane Traboulsi, membre du groupe des six députés sunnites opposés au courant du Futur, s’est heurté à une opposition de la plupart des groupes parlementaires. Aussi, après le vote des membres de cette commission, la députée Bahia Hariri, prenant la parole, s’en est remise au chef du législatif : « Depuis vingt-six ans que vous présidez la Chambre, vous avez l’habitude de veiller sur les affaires de la femme. Nous exprimons auprès de vous le souhait que ce soit une femme qui préside la commission », comme cela est de coutume. Un souhait que Mme Hariri a également adressé à ses collègues. Le bloc du Futur avait une candidate à ce poste, Roula Tabch Jaroudi, qui a été d’ailleurs élue membre de cette commission. 

Mais le choix s’est finalement porté sur Inaya Ezzeddine comme présidente et Adnane Traboulsi comme rapporteur, quitte à ce que Mme Ezzeddine – selon les spéculations d’une source du bloc du Futur – soit remplacée par Roula Jaroudi si elle est éventuellement nommée ministre (le cumul du travail au sein d’une commission avec un poste ministériel étant interdit).  D’une manière générale, le choix des présidents des commissions a été fait en tenant compte du résultat des législatives et de l’équilibre communautaire. 


Équilibre CPL-Futur-Amal
Ainsi, le bloc des Forces libanaises (FL), qui a quasiment doublé en nombre de sièges sans que cela ne se traduise par l’élection de son candidat à la vice-présidence de la Chambre, a fini par décrocher la présidence de la prestigieuse commission de l’Administration et de la Justice (qui préside les réunions des commissions mixtes). Le député Georges Adwan doit donc succéder à ce poste à l’ancien député indépendant Robert Ghanem. Le bloc des FL a maintenu de plus la présidence de la commission des Affaires des déplacés en la personne du député indépendant gravitant dans l’orbite des FL Jean Talouzian, qui prend la relève de l’ancien député Chant Chinchinian.

Une répartition égalitaire a été faite officieusement entre les groupes du Futur, du Courant patriotique libre et d’Amal, à raison de quatre présidences pour chacun.  Le bloc du Futur a ainsi conservé les présidences de la Défense et de l’Éducation, reprises respectivement par Samir Jisr et Bahia Hariri, ainsi que les Travaux publics et la Santé. 

On notera que les communautés d’appartenance des présidents de ces deux commissions ont été inversées : la présidence des Travaux publics a été confiée à Nazih Najem, seul député grec-orthodoxe du bloc du Futur, qui succède à l’ancien député sunnite, Mohammad Kabbani, et la Santé sera présidée par le député sunnite Assem Araji qui prend le relais de l’ancien député grec-orthodoxe Atef Majdalani. La raison en serait simplement une affaire de compétences, M. Araji étant médecin de formation, précise M. Najem à L’Orient-Le Jour, en éludant une question sur la convoitise par le Hezbollah de la présidence de la commission des Travaux publics. « C’est l’entente qui a régné surtout grâce au président de la Chambre. Il fait bon de faire ses premiers pas au Parlement dans cette atmosphère », dit-il. 

Le bloc du Futur a perdu la présidence d’une cinquième commission, celle de l’Économie, le Commerce et l’Industrie, le député Neemat Frem, membre du bloc aouniste, ayant été élu pour succéder à l’ancien député Nabil de Freige.


(Lire aussi : Liban : Vers une redynamisation du Parlement face au blocage de l’exécutif)



« Concession » du CPL aux Kataëb
Même s’il n’a obtenu que trois présidences de commission, le bloc du Courant patriotique libre (CPL) considère avoir une part de quatre, dont il a concédé une aux Kataëb. Ceux-ci conservent ainsi la présidence de la commission de la Technologie de l’information en faveur du député Nadim Gemayel, qui succède à l’ancien député Samer Saadé. Le député Michel Moawad, indépendant membre du groupe du CPL, est intervenu à la fin de la séance pour mettre en avant la décision du camp aouniste de tendre la main aux Kataëb. « J’ai choisi d’intégrer la commission pour la présider, de sorte que le bloc du CPL gère quatre commissions à l’instar du tandem chiite (Amal-Hezbollah) et du bloc du Futur. Je choisis toutefois de m’en retirer afin que Nadim Gemayel n’en soit pas exclus », a-t-il dit. Ce que M. Gemayel a dit apprécier aux journalistes présents sur place.

Berry distingue Amal du Hezbollah
Ce que Nabih Berry a retenu toutefois de l’intervention de Michel Moawad est sa référence au tandem chiite Amal-Hezbollah. « Laissez cette expression aux médias, je vous prie, nous ne voulons pas de ce langage de tandem. Il y a Amal et il y a le Hezbollah », a déclaré M. Berry. Ce qui n’a pas manqué de prendre de court Michel Moawad. « Donnez-moi le temps de m’y habituer », a répondu le député de Zghorta en souriant. « Vous le devez », lui a rétorqué, mi-figue, mi-raisin, Nabih Berry. D’ailleurs, Amal a obtenu à lui seul quatre présidences de commission : il a conservé les Affaires étrangères, l’Agriculture et les Droits de l’homme, en plus de la commission de la Femme.  Le Hezbollah a gardé quant à lui la seule présidence de la commission des Télécommunications, où Hussein Hajj Hassan a remplacé Hassan Fadlallah. 

Au niveau du choix des rapporteurs, force est de constater que le courant du Futur a fait plusieurs concessions en faveur du CPL, et celui-ci une concession, entre autres, en faveur des Forces libanaises, au niveau de la commission de l’Agriculture. 

Encore faut-il que les députés soient impliqués dans le travail des commissions, comme a veillé à le souligner Ali Ammar à l’ouverture de la séance, priant le secrétaire du Parlement de donner lecture des articles du statut interne portant sur l’obligation de présence des députés. 

Il reste que l’initiative de Nabih Berry visant à activer le Parlement avant la formation du cabinet ne sera pas sans créer un contraste entre l’image dynamique de l’hémicycle et celle d’un exécutif que le président de la République et le Premier ministre ont du mal à débloquer. Comme un avant-goût de ce contraste, hier : la tribune réservée aux ministres était occupée principalement par le Premier ministre désigné avec, à sa droite, le député Marwan Hamadé.



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