Le village préféré des Libanais - 2018

#6 Jeb Jannine, la dynamo de la Békaa

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

À Jeb Jannine, village convivial de la Békaa-Ouest dont il est la capitale administrative, le soleil se lève du côté de l’église Saint-Nicolas, et se couche en fin de journée derrière la mosquée Omari. Ce vivre-ensemble ne se manifeste pas juste au niveau de la nature et de l’architecture, mais aussi chez les habitants, qui n’ont jamais établi de distinction entre chrétiens et musulmans. Village modèle à plusieurs niveaux, Jeb Jannine est situé au centre même de la Békaa-Ouest, tel l’enfant qui ne sait pas choisir entre son père et sa mère. Cette petite agglomération, en pleine expansion urbaine, joue le rôle d’intermédiaire entre les villages de la plaine.
Jeb Jannine, qui est aussi une destination touristique populaire, a joué un rôle politique important depuis la déclaration de l’État du Grand Liban jusqu’à ce jour. Le Jeb est le village natal de l’actuel vice-président de la Chambre, Élie Ferzli, et de l’ancien ministre de l’Environnement Mohammad Rahal, et de beaucoup d’autres politiciens, généraux et diplomates, qui étaient au cœur de la vie publique libanaise.
« Le nom Jeb Jannine se rapporte à une ancienne histoire », précise le président de la municipalité Issa Dassouki. Une histoire pas très gaie, dont l’héroïne est une femme, Jeanine, qui est allée un jour à la Place du Puits (jeb en arabe) pour remplir sa jarre d’eau. La dame, raconte M. Dassouki, portait sur les bras son nouveau-né. À cause d’un geste maladroit, le bébé est tombé dans le jeb… Et c’est cet incident qui a fini par donner son nom au village.



Une touche romaine
À l’entrée de Jeb Jannine, un pont romain, Jesr al-Aati’ (l’ancien pont), est aujourd’hui le seul site archéologique du village. Les vestiges de ce pont, constitué de 14 piliers, remontent aux premiers siècles après Jésus-Christ, ce qui en fait un des plus anciens du Moyen-Orient. Le nom qui lui a été attribué s’inspire tout simplement de son âge. Le pont enjambe la rivière du Litani avant que le courant d’eau ne soit plus tard dévié vers une autre direction. Il reprend l’architecture romaine, mais des éléments d’architecture orientale y ont été apportés, comme par exemple les escaliers qui n’existaient pas du temps des Romains. « Pendant la guerre civile libanaise, ce site était complètement enseveli sous la terre et les herbes folles, et l’endroit servait de décharge. La municipalité a plus tard réussi à exhumer les vestiges et à les restaurer », explique Moussa Stéphan, membre du conseil municipal. « Ce projet a été financé par l’ambassade américaine au Liban, en partenariat avec le ministère de la Culture, dans le cadre d’un programme plus large visant à préserver les vestiges gréco-romains », poursuit-il.


Des habitants bien entourés
Une série de politiques structurelles ont été mises en place et exécutées par la municipalité qui a ainsi aménagé le vieux souk, au profit surtout des petits marchands. Conçu dans les années 50, ce marché aide producteurs et consommateurs, offreurs et demandeurs, à écouler leurs produits ou en acheter d’autres. Connu sous le nom de Souk el-Sabet (le marché du samedi), ce lieu aide les vendeurs de fruits, légumes, épices et autres produits à fuir la forte compétitivité du marché de la capitale, et les acheteurs à satisfaire leurs besoins de base à bon prix.
Dans ce même contexte social, la municipalité du Jeb veille au bien-être des plus jeunes, pour lesquels elle a construit un centre sportif. Celui-ci regroupe des stades de basket-ball et de football. Le centre accueillera pendant une semaine des entraîneurs espagnols du FC  Barcelone pour les amateurs de foot au village.
La municipalité a également fait de ce village un modèle écologique grâce à une série de projets allant dans ce sens, et qui vont du reboisement jusqu’à la gestion de ses déchets.


Jeb Jannine, comme la grande majorité des villes et des localités libanaises, s’est heurté à une véritable crise de déchets qu’il s’est empressé de régler dans les normes requises. Pendant que les Libanais subissaient une triple agression du fait de cette crise qui avait éclaté en 2015 – agression morale et psychologique, agression visuelle à cause des montagnes de sacs de détritus amoncelés, agression olfactive à cause de la puanteur émanant de sacs poubelles mal fermés fermentant au soleil ou des miasmes des déchets en train de brûler, s’étirant le long de l’autoroute et dans les quartiers –, la municipalité de Jeb Jannine a décidé de donner l’exemple aux autres villages libanais, qui s’étaient pour la plupart contentés de subir. La municipalité a ainsi sous-traité une terre qui a été transformée en décharge, dans le respect des normes sanitaires, afin de préserver la terre riche de la Békaa. Ce projet, financé par l’Union européenne, prévoit aussi la construction d’une usine de recyclage qui sera fonctionnelle début 2019 et qui pourra accueillir les déchets de 25 autres villages.
Parallèlement à l’initiative de Mohammad Rahal, 35 000 arbres devraient être plantés dans les collines entourant le village, dans le but de créer une réserve naturelle et une destination touristique. La réserve regroupera une variété d’arbres, notamment des cèdres, des sapins et des oliviers.  
Jeb Jannine, c’est également de nombreux lieux saints, chrétiens et musulmans, notamment les églises Saint-Georges (grecque-catholique) et Saint-Nicolas (grecque-orthodoxe) d’une part, et les mosquées al-Omari et Omar ben Khattab d’autre part. « Nous sommes fiers du vivre-ensemble de Jeb Jannine qui rassemble toutes les confessions, et nous espérons que cela perdurera ainsi », martèle M. Stéphan. Le vivre-ensemble est d’ailleurs un mot qui revient en permanence sur les lèvres des habitants du village. « Malgré tous les événements qui ont touché le pays, la convivialité dans notre village n’a pas été affectée. J’espère que tout le Liban prendra exemple sur cette particularité de Jeb Jannine », renchérit Issa Dassouki


Comment y accéder

Suivant l’état du trafic, il faut à peu près deux heures de route de Beyrouth (un peu plus de 60 kilomètres) pour atteindre Jeb Jannine. La route la plus facile pour s’y rendre en venant de la capitale est celle qui traverse Dahr el-Baydar. Quittez l’autoroute au niveau de Zebdol dans la Békaa et passez par Kefraya pour arriver à Jeb Jannine.


À ne pas rater

– Le pont romain.
– Les 2 églises : Saint-Georges et Saint-Nicolas.
– Les 2 mosquées : al-Omariy et Omar ben Khattab.
– L’usine de recyclage des déchets.
– Le vieux souk, renouvelé par la municipalité.
– Les stades de football et de basket-ball.
– La librairie municipale.
– Les jardins publics.
– Le mégaparc d’attractions.


Fiche technique

– Superficie : 12 km2.
– Altitude : Jeb Jannine commence à 900 mètres et culmine à 1 000 mètres.
– Nombre d’habitants : 10 000.
– Célébrités issues du village : Élie Ferzli, vice-président de la Chambre, et l’ex-ministre de l’Environnement Mohammad Rahal.
– Président du conseil municipal : Issa Dassouki.
– Nombre d’hôtels et de restaurants : de petits restaurants sur la place principale. Pas d’hôtels jusqu’à ce jour.
– Météo : le climat est méditerranéen, froid en hiver et très agréable en été, avec un taux important d’enneigement.



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Stes David

Joli photo et vidéo de ce village dans la vallée Bekaa qui est en effet de point de vue touristique très riche à des monuments néolithiques, romains, phéniciens, arabes etc. à visiter. C'est aussi intéressant qu'il y a un marché de légumes et fruits, ca doit être un plaisir d'aller achèter des produits frais là-bas et manger dans un petit restaurant du village. En ce qui concerne le nom du village, l'histoire de Jeannine dont l'enfant serait tombé dans un puits, j'ai du mal à croire cela, car le nom de beaucoup de villages au Liban termine par 'ine' comme Hardine, Tibnine, Tannourine, Jezzine, Baakline etc. donc Jeb Jannine il me semble que c'est un nom dans la même catégorie peut-être le 'ine' a une signification; il me semble plus probable que c'est cela que le nom féminin "Jeaninne' ...