L'éditorial de Issa GORAIEB

En avoir ou pas

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
14/07/2018

Orgueil bien mal placé, en vérité, que celui de ces caïds de la politique qui se disputent férocement une part de pouvoir en arguant de leur stature populaire, sans aucun égard pour les affres et attentes des citoyens, y compris leurs électeurs. Encore plus insupportable est le ton bravache qu’ils prennent pour échanger défis et accusations les plus graves, indifférents au fait que leur propre maison est de verre. Jamais cependant les tartarinades ne pourront passer pour de la bravoure, et c’est bien d’authentique courage que manquent ces messieurs. En avoir ou pas, là est en effet la question.

On n’ira pas jusqu’à les regretter, bien sûr ; mais depuis que les Syriens ne sont plus là pour régler la cohue vers le Parlement, le Sérail et le palais présidentiel de Baabda, depuis que les Libanais sont laissés à eux-mêmes, ce ne sont qu’embouteillages et lamentables pannes des institutions. Par trois fois, l’Assemblée a dû se reconduire, au prétexte que la situation ne se prêtait pas à une consultation et que les malheureux députés n’avaient pas encore fini de concocter une nouvelle loi électorale ; la république est demeurée près de deux ans sans président ; et la triste tradition veut désormais que toute formation de gouvernement prenne l’allure d’une interminable gestation suivie d’un accouchement au forceps.

Or jamais la nécessité d’une gouvernance intègre, responsable prévoyante – en un mot courageuse –, n’a connu une telle urgence. Sans même parler de la déglingue des services publics, plus d’un million de réfugiés syriens sont en effet installés sur notre sol, la crise socio-économique pointe son vilain museau et la communauté internationale attend, avec une impatience croissante, que le Liban se décide à entreprendre ces réformes structurelles qui lui vaudront l’assistance des pays donateurs. Pour toutes ces raisons, il est du devoir des trois principaux personnages de l’État de faire – on y revient – acte de courage.

Ce serait là tout bénéfice, d’ailleurs, pour l’image du Premier ministre désigné, laquelle demeure plombée par la pathétique vraie-fausse démission télévisée qu’il était forcé d’annoncer, l’an dernier, à partir de Riyad. Le seuil de tolérance est en voie d’être dépassé, et Saad Hariri reste écartelé entre les exigences des uns et des autres, autant de nœuds tantôt chrétien, tantôt sunnite et tantôt druze. Il frapperait un grand coup en tranchant ces nœuds coulants qui étranglent sa mission, en renvoyant tout ce beau monde dos à dos, en s’entourant de technocrates non partisans et diligents, comme le veut l’intérêt bien compris du pays. Bonus non négligeable, il s’assurerait par la même occasion une popularité sans pareille.

Du président de l’Assemblée serait alors requise, avec la même audace, une solidarité sans faille avec le Premier ministre désigné. Il la lui doit, ne serait-ce que pour l’honneur de cette mère des institutions vouée à sa baguette de chef d’orchestre. Et qui n’a plus de raison d’être, avec ces cabinets d’unité devenus la règle et qui ne sont, au fond, qu’un concentré de Parlement.

Last but not least, le président Michel Aoun est tenu d’honorer des promesses demeurées pratiquement lettre morte durant ce premier tiers de son sexennat. C’est de haute lutte certes, mais non sans atteintes à la légalité constitutionnelle (le long blocage de l’échéance présidentielle par voie de boycottage du scrutin), que l’homme a réalisé le rêve de sa vie. Le népotisme effréné qu’on lui reproche, les collections de casseroles que traînent certains membres de son proche entourage, la licence de blocage – encore et toujours, ministériel cette fois – délivrée à son gendre et successeur à la tête de sa formation politique, tout cela peut faire un joueur aussi retors que les autres s’agitant sur le terrain. Mais certes pas un arbitre agréé de tous et véritablement soucieux d’une bonne, d’une régulière, d’une salutaire fin de partie.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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