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Santé

Le tabac, tueur à feu doux des artères cérébrales

Neurologie

Une étude récente montre que le risque d’AVC est trois à quatre fois supérieur chez les fumeurs de cigarettes que chez les non-fumeurs. Ce risque est cinq à six fois supérieur chez les consommateurs de narguilé.

14/07/2018

Les méfaits du tabac sont une fois de plus pointés du doigt : une nouvelle étude montre qu’il augmenterait les risques d’accident vasculaire cérébral (AVC). Menée entre janvier 2015 et décembre 2016 par Pascale Salameh, pharmacienne épidémiologiste, chercheuse et professeure des universités, et Hassan Hosseini, neurologue, responsable de l’unité neurovasculaire au centre hospitalier universitaire Henri-Mondor en France et médecin consultant à la Clinique du Levant, elle a englobé 1 300 personnes : 650 étaient hospitalisées dans des établissements publics ou privés, 205 avaient déjà eu un AVC et 445 n’en avaient jamais eu.

Les résultats, rendus publics en avril 2018 et acceptés par le Journal of Epidemiology and Global Health, qui doit les publier incessamment, montrent que le risque d’AVC est trois à quatre fois supérieur chez les fumeurs de cigarettes et cinq à six fois supérieur chez les consommateurs de narguilé. De plus, il a été démontré que la chicha était fortement associée à la survenue des AVC chez les personnes qui fument en plus des cigarettes : le risque est multiplié par dix.

« L’AVC est un accident vasculaire ou une attaque cérébrale qui se produit lorsqu’une partie du cerveau est brusquement privée de sang », explique le Dr Hosseini. Les spécialistes distinguent deux formes de la maladie : ischémique, qui représente 80 % des cas et survient lorsqu’un caillot sanguin bouche l’artère cérébrale, et hémorragique, lorsque l’artère cérébrale se rompt.

Dans les deux cas, les symptômes de l’AVC sont souvent les mêmes : une faiblesse ou un engourdissement d’un côté du corps, une paralysie du bras et du visage (déformation de la bouche), et parfois une difficulté à parler, des troubles de l’équilibre ou de la vision. « Près de 90 % des AVC seraient attribués à des facteurs de risque, pour la plupart évitables par l’adoption de meilleures habitudes d’hygiène de vie », souligne le Dr Hosseini. L’hypertension artérielle est en tête de liste de ces facteurs, suivie de l’hypercholestérolémie, du diabète, de l’obésité, du tabagisme, de l’alcool, de la drogue, de la sédentarité, de la mauvaise alimentation, de la prise de contraceptifs oraux « principalement chez les femmes à risque et celles âgées de plus de 35 ans ».


(Pour mémoire : Tabagisme: l’OMS met en garde contre un fléau croissant au Liban et dans la région)


Risque élevé au Liban
« Au Liban, à l’instar des pays en voie de développement, le risque d’AVC est plus élevé, faute de prévention et souvent de traitement, soulève le neurologue. Une étude descriptive menée sur le terrain avait révélé une prévalence alarmante de facteurs de risque majeurs. Elle avant montré qu’une personne sur deux âgée de plus de 40 ans est hypertendue et qu’une sur cinq est diabétique. Les Libanais mènent une vie loin d’être saine et ne pratiquent pas une activité physique suffisante. Près de 22 % des personnes hypertendues ou diabétiques ne sont même pas diagnostiquées. » Le Dr Hosseini met en outre l’accent sur « l’effet synergique entre le tabagisme et la contraception hormonale observé sur le risque d’AVC ». « Les femmes tabagiques, sous contraception orale, courent un risque significatif, constate-t-il. Le narguilé est perçu à tort comme moins nocif que la cigarette et cela contribue probablement à sa forte consommation, surtout parmi les jeunes et les adolescents. » Et de mettre en garde contre la chicha, « outil festif », qui constitue une menace mondiale, d’autant que sa fumée contient plus de 4 800 molécules chimiques, dont au moins soixante-neuf sont cancérigènes.

Chaque minute compte
Les AVC surviennent le plus souvent chez les personnes âgées de plus de 65 ans. « Toutefois, il n’est pas rare de voir des adolescents et des individus de moins de 45 ans également touchés, constate le Dr Hosseini. De même, il faut savoir que l’AVC peut survenir à tout âge, chez les nouveau-nés ou les enfants en cas de malformation des artères cérébrales ou de pathologie cardiaque. » 

Pour le neurologue, « il est important de savoir reconnaître vite les symptômes de l’AVC, car la rapidité d’une intervention médicale peut contribuer à en limiter les séquelles ». « Mêmes transitoires – trente secondes ou une minute –, les signes d’un AVC doivent amener à réagir. » « Chaque minute compte, insiste-t-il. S’il n’y avait qu’un message à retenir s’agissant du traitement des AVC, ce serait incontestablement celui-là. Chaque minute perdue peut faire la différence entre une guérison complète et un handicap sévère. Si on peut prévenir 80 % des AVC en traitant les facteurs de risque, malheureusement à leur survenue, le temps est capital pour l’administration éventuelle d’une thrombolyse, une injection intraveineuse qui permet de dissoudre le caillot de sang bouchant l’artère cérébrale. Cela permet de réduire le handicap. La durée entre la survenue de l’AVC et la thrombolyse ne doit pas dépasser les six heures. » 

 « La mortalité diminue de 30 % avec un diagnostic rapide de l’AVC et une prise en charge précoce, insiste encore le Dr Hosseini. Il s’agit d’une urgence neurologique, d’où la nécessité d’une unité de soins intensifs neurologiques, disponible 24 heures sur 24, d’une prise en charge pluridisciplinaire et d’un traitement dans les minutes qui suivent l’arrivée du patient à l’hôpital. » 

Le neurologue note en outre que la thrombectomie constitue une avancée dans la prise en charge de l’AVC. Il s’agit d’aspirer et d’extraire, par voie percutanée, le caillot bouchant l’artère afin de rétablir la circulation sanguine des vaisseaux du cerveau. Et de conclure : 

« L’association de la thrombolyse et de la thrombectomie permet de revasculariser les neurones dormants mais encore vivants et d’offrir à un plus grand nombre de patients une vie sans handicap à la suite d’un AVC, d’où la nécessité de créer au Liban des centres spécialisés de prise en charge des AVC où l’admission à la phase aiguë est cruciale puisqu’elle détermine le pronostic et limite autant que possible les dégâts. »


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