Le gouvernement britannique a présenté hier les détails de son plan sur la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit. Photo AFP
Le puissant secteur financier s’inquiétait hier pour son avenir au Royaume-Uni après le Brexit, le livre blanc publié par Londres faisant la part belle au commerce de biens avec l’Union européenne aux dépens des services pourtant prépondérants.
« Le livre blanc publié aujourd’hui est un coup dur pour le secteur financier et des services associés », a fustigé Catherine McGuinness, une haute responsable de la City of London Corporation qui représente cette place financière, l’une des plus puissantes du monde avec celle de New York. La finance britannique emploie directement ou indirectement pas moins de 2,2 millions de banquiers, assureurs, juristes, employés administratifs ou opérateurs à travers tout le pays.
Depuis la décision des Britanniques de quitter l’UE lors du référendum du 23 juin 2016, ses représentants essaient à cor et à cri de se faire entendre du gouvernement conservateur qui négocie la sortie de l’UE avec Bruxelles. Mais ils ont reçu une douche froide avec la présentation du livre blanc par le nouveau ministre du Brexit Dominic Raab, dans lequel les autorités mettent en avant la relation qu’elles voudraient avec l’UE après la sortie.
« Avec des liens plus distendus avec l’Europe, les secteurs financier et associés seront moins à même de créer des emplois, de générer des impôts et de soutenir la croissance de l’économie. C’est aussi simple », a insisté Mme McGuinness. Le livre blanc propose « un nouvel arrangement » entre Londres et Bruxelles pour remplacer le système existant du « passeport financier » que l’exécutif britannique reconnaît ne « pouvoir reproduire » après le Brexit prévu fin mars 2019. Ce « passeport » permet aujourd’hui aux banques, sociétés d’assurance ou gestionnaires d’actifs basés au Royaume-Uni de proposer leurs services dans les pays de l’UE comme s’ils y étaient présents physiquement. À la place, le gouvernement propose de s’appuyer sur les « équivalences », des systèmes moins complets de reconnaissance au cas par cas entre l’UE et des pays tiers, tout en les améliorant afin qu’ils puissent supporter l’intense commerce de services financiers de part et d’autre de la Manche.
Industriels satisfaits
Un autre important lobby financier britannique, TheCityUK, a jugé « regrettable et frustrant » que Londres ait abandonné l’idée d’un accord plus ambitieux avec Bruxelles sur les services, pointant du doigt « des raisons politiques » aux objections européennes sur ce point. Il a appelé à des « progrès rapides » dans les négociations, tout en déplorant que les entreprises basées au Royaume-Uni auraient « un accès plus difficile » au marché européen.
La Banque d’Angleterre estime que de 5 000 à 10 000 emplois financiers pourraient quitter le pays pour le continent à cause du Brexit – les banques et autres entreprises du secteur voulant se garantir un accès sans entrave au marché européen. Toutefois, en l’absence d’accord entre Londres et Bruxelles, certaines prévisions sont plus inquiétantes : le Royaume-Uni pourrait perdre près d’un demi-million d’emplois à l’horizon 2030. Diverses places financières européennes, comme Paris, Francfort, Luxembourg, Bruxelles ou encore Dublin, se placent pour tenter d’attirer le maximum d’activité en leur sein. Plus de 3 500 emplois directs doivent ainsi être réinstallés ou créés à Paris en raison du Brexit, a fait savoir mercredi Paris Europlace, l’association chargée de la promotion de la place parisienne.
Dernièrement, la presse britannique s’est fait l’écho de projets du gigantesque gestionnaire d’actifs américain Blackrock et de la banque américaine Citigroup pour renforcer leurs activités à Paris. Le livre blanc a en revanche souligné que Londres voulait mettre en place une nouvelle « zone de libre-échange pour les biens », destinée à maintenir un commerce « sans friction » des deux côtés de la Manche, et ce même si le secteur des services est clairement prépondérant au Royaume-Uni. « Il est curieux qu’il se concentre sur 20 % de notre économie et ignore les 80 % restant, à savoir les services », a expliqué à l’AFP Anand Menon, du centre de réflexion The UK in a Changing Europe.
Patrice NOVOTNY/AFP


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