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Rani Zakhem, armures de cristaux pour déesses guerrières

La mode Ce n’est pas un défilé, c’est une parade ! La collection Rani Zakhem haute couture automne-hiver 2019 est un hommage vibrant et scintillant à la femme combattante et combative, amazone de toutes les jungles et « glamazone » terriblement, fatalement séduisante quand, telle une déesse guerrière, elle apparaît en son armure de cristaux.
11/07/2018

Tous les éléments de la nature sont invoqués pour protéger cette dangereuse caméléonne émergeant des feuillages ou entourée de tous les animaux de la Création. Militia Woman, Super Woman, générale des armées, amirale, archère d’Amazonie, reine et souveraine, le pouvoir lui appartient et l’habite avec évidence, avec élégance.

L’esprit camouflage domine la scène graphique de cette collection haute couture. Ce motif décliné à l’infini sur le vêtement de combat des militaires, selon qu’ils se battent en zone urbaine, dans les déserts, les forêts ou les étendues neigeuses, dénonce la fragilité humaine et met en évidence la nécessité de se fondre dans l’environnement pour échapper à l’ennemi. Rani Zakhem le redessine et le transforme en manifeste, ornement somptueux brodé en relief dans de nouvelles tonalités : paillettes émeraude, bronze et or sur une jupe crayon ; perles naturelles, cristaux rouges, noirs et or en bouquets sur un fourreau incendiaire ou sur les manches d’un spencer noir ; ou encore en élément unique, or, cristal et argent, à la taille d’une robe blanche en crêpe de soie fendue en biais. Ailleurs, on retrouve le motif à l’état quasi brut, traité de manière faussement littérale, puisque serigraphié en camaïeux de kaki sur un précieux crêpe de soie sable, pour un tailleur composé d’un spencer en « V » ultraféminin, à fourreaux d’épaules, et d’un pantalon cigarette. L’idée même d’invisibilité, inhérente au camouflage, est ici détournée en hypervisibilité.
Un autre motif récurrent est le galon militaire, surdimensionné, qui vient orner les manches d’une veste ou d’une robe manteau de chevrons géants en broderies de paillettes dorées. Près de la moitié de cette collection se traduit par une explosion de blanc, valeur plutôt que couleur, réputée fragile mais lumineuse, audacieuse et symbole de renouveau autant que de résilience. La nouvelle amazone se détache de la foule et se dresse, forte et sensuelle, exposée mais invulnérable, prête à tous les combats.

Jungle imaginaire
La glamazone selon Rani Zakhem est aussi la gardienne délicate d’un paradis qu’elle ne laissera pas détruire. Telle une nymphe, elle est marquée du sceau des forêts. Celui-ci se traduit en fourreaux diaphanes sur lesquels s’enchevêtrent des cascades de lianes dessinées par le couturier et brodées main de paillettes et de fils tressés, blanc, bronze, argent et or. Cet univers sylvestre se retrouve aussi dans une robe de tulle à crinoline sur le jupon de laquelle se déploie toute la poésie d’une jungle imaginaire, une féerie où faune et flore se mélangent dans une palette bleu ciel, rose pâle, or et cuivre, ponctuée çà et là d’un vol d’oiseaux noirs. Le bustier, en drapé croisé de tulle nude, rejoint la jupe par un mouvement de volants de la même matière. Dans cette célébration de la nature figure aussi une spectaculaire création à crinoline, tout en volants de tulle noir, parsemée de cristaux, évoquant une araignée et son précieux tissage. Dans la même série se trouve aussi une remarquable robe longue révélant, dans des tonalités pastel, une végétation aquatique survolée par des libellules, ainsi qu’un adorable fourreau en cascade de tulle, dégradé de l’orange au rose, fleur vénéneuse ou panoplie de guerrière indigène.

Apothéose de cette collection, la robe de mariée, en soie rigoureusement blanche et subtilement brodée ton sur ton de cascades florales relevées de cristaux et perles d’eau douce, est composée d’un fourreau animé à partir de la taille d’un jupon de coupe frac figurant des élytres, « pour une jeune femme prête à l’envol », précise le couturier dont le défilé a eu lieu au Pavillon Cambon, prestigieux bâtiment parisien ouvert en 1914 et conçu par l’architecte du Ritz.
De subtiles citations d’Yves Saint Laurent, de Marc Bohan ou Azzedine Alaïa ponctuent le vocabulaire couture de Rani Zakhem, entre un détail de saharienne, un drapé moulage, le minimalisme puissant d’une robe blanche sublimé par un léger ornement, le tout brillamment inséré dans une interprétation personnelle.


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