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Moyen Orient et Monde

Européens, Russes et Chinois au secours de l’accord nucléaire iranien

Éclairage

Si les pays signataires ont conclu une liste d’objectifs à atteindre, les prochaines sanctions américaines risquent de compliquer la situation.

07/07/2018

C’était la première fois qu’ils se réunissaient depuis le retrait américain de l’accord nucléaire iranien (JCPOA, Joint Comprehensive Plan of Action) le 8 mai dernier. Les ministres des Affaires étrangères des pays signataires du deal – la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Chine et la Russie – se sont réunis hier à Vienne en compagnie de leur homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, et de la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, afin de proposer aux Iraniens une « offre attractive » qui les inciterait à rester dans l’accord.

L’objectif semble avoir été atteint, au moins sur le papier. Tout le monde est tombé d’accord sur une volonté de permettre à l’Iran de « continuer » à exporter son pétrole et son gaz, et ce en dépit de la volonté américaine de stopper les exportations de brut iranien. Cette mesure est l’un des onze objectifs que tous les principaux acteurs se sont fixés pour tenter de maintenir l’Iran dans l’accord nucléaire. 

Parmi les autres objectifs figurent « la préservation et le maintien de canaux financiers efficaces avec l’Iran, la poursuite des communications maritimes, terrestres, aériennes et ferroviaires, la promotion de la couverture du crédit à l’exportation, un soutien clair et efficace aux opérateurs économiques qui commercent avec l’Iran (...), l’encouragement de nouveaux investissements en Iran, la protection des opérateurs économiques pour leurs investissements et autres activités financières en Iran ». 

Les parties prenantes n’ont cependant pas précisé par quels moyens concrets relever ce défi alors que la date d’application des sanctions américaines approche à grands pas. Néanmoins, côté iranien, même si rien de concret n’a encore été trouvé, on a alterné entre enthousiasme et interrogation. « Ce que j’ai constaté pendant cette réunion, c’est que tous les membres, même les trois alliés de Washington, Berlin, Paris et Londres, se sont engagés et ont la volonté politique pour prendre des mesures et résister aux États-Unis », a dit hier le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, dans un point de presse diffusé en vidéo par l’agence iranienne Fars. « C’est la première fois qu’ils (les Européens et les autres signataires) montrent un tel engagement à ce niveau, mais il faudra voir à l’avenir s’il y a une différence entre ce qu’ils veulent véritablement faire et ce qu’ils pourront faire », a estimé le ministre iranien. « D’après les explications reçues aujourd’hui, les méthodes pour appliquer les propositions faites à l’Iran sont parfaitement réalisables, et s’ils continuent à faire preuve de cette volonté politique qu’ils ont montrée aujourd’hui, ils arriveront à faire avancer les choses sans aucun problème », a-t-il ajouté.




Blocage des sanctions
Cette rencontre dans la ville symbolique de Vienne où l’accord fut signé il y a presque trois ans jour pour jour a des allures de dernière chance pour sauvegarder le deal, tant pour les Iraniens que pour les autres parties prenantes. Depuis que le président américain Donald Trump a pris la décision de retirer son pays du « pire accord jamais signé » par les États-Unis et d’imposer de nouvelles sanctions à la République islamique, les autres pays signataires font le maximum pour sauvegarder l’accord, mais sans pour autant parvenir à rassurer Téhéran. D’un côté, l’Iran veut obtenir des garanties économiques et commerciales, et de l’autre, les Européens veulent s’assurer que la République islamique ne se procure pas d’armes nucléaires. 

Impatient d’obtenir ses garanties, l’Iran, qui doit vivre avec une situation économique très fragile, qui fait peser une menace sur la stabilité du régime, n’a pas hésité à jouer la carte de la menace et à mettre la pression sur l’Europe en répétant son intention de reprendre son programme nucléaire si aucune solution n’était trouvée. Cela s’est particulièrement vu avec la remise en route d’un grand nombre de centrifugeuses sur le site atomique de Natanz, dans le centre iranien. « Le temps des négociations arrive à son terme », avait prévenu début juin le président du Parlement iranien, Ali Larijani. 

Ce sont ces pressions qui ont amené les Européens à prendre des mesures pour tenter de garder l’Iran dans l’accord, l’une d’elles est une procédure de blocage des sanctions américaines. Il s’agit de protéger les sociétés européennes investissant en Iran des sanctions américaines auxquelles elles sont exposées si elles sont également présentes sur le marché américain. Pour mettre en place cette stratégie, les Européens s’appuient sur des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) et sur les différents moyens de protéger les entreprises les plus concernées. La Commission européenne propose également de transférer directement des fonds à la Banque centrale iranienne pour éviter les pénalités américaines. Mais en effectuant de telles mesures, les Européens risquent de faire face, en plus de la pression que l’Iran exerce déjà sur eux, à des remontrances supplémentaires, cette fois de la part de Washington, qui pourrait les sanctionner sur le marché américain. 

Plier bagage
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé hier que les mesures économiques européennes ne pourraient probablement pas être mises en place avant novembre 2018. Une nouvelle assez inquiétante quand on sait que l’Iran va se voir imposer une première vague de sanctions dès le mois d’août, et une seconde à partir du mois de novembre. « Pour début août, ce sera peut-être un peu court, mais pour le mois de novembre, nous essayons d’y aboutir », a déclaré M. Le Drian hier sur la radio RTL. Mais cela ne marchera que si Téhéran cesse « en permanence » d’agiter « la menace de rompre ses engagements ». « S’il (l’Iran) rompait ses engagements, alors nous en tirerions nous-mêmes les conséquences », a ajouté le chef de la diplomatie française. Il faut que Téhéran « arrête la menace et qu’on cherche les solutions pour que l’Iran puisse avoir les compensations nécessaires » sur le plan économique, a-t-il poursuivi. Mais dans l’attente des résultats des mesures économiques européennes, certaines entreprises étrangères installées en Iran sont plutôt sceptiques et préfèrent plier bagage pour ne pas avoir de trop lourdes pertes causées par les sanctions. Total ou encore le constructeur automobile PSA sont dans cette perspective.


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