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À La Une - archéologie

En France, des fonds marins passés au peigne fin à la recherche d'une épave mythique

Une nouvelle campagne de prospection a débuté cette semaine pour retrouver La Cordelière, puissante nef de 40 mètres de long, armée de 200 canons et dotée d'un équipage de 1.000 hommes.

La bateau de recherche du ministère français de l'Intérieur, l'André Malraux, lancé fin juin à la recherche de deux épave mythiques, la Cordelière et le Régent, au large de Brest, en Bretagne, le 29 juin 2018. AFP / Fred TANNEAU

"On a eu un écho intéressant" : devant ses écrans, au large de Brest (ouest de la France), Joshua Bac scrute les fonds marins à l'affût du moindre signe de la présence de l'épave de La Cordelière, mythique navire coulé en 1512 lors d'une féroce bataille contre les Anglais.

Une nouvelle campagne de prospection, après celles menées dans les années 1990 et 2000, a débuté cette semaine, sous un large soleil, entre le goulet de Brest et la Pointe Saint-Mathieu, point le plus occidental de France. Objectif: retrouver la puissante nef de 40 mètres de long, armée de 200 canons et dotée d'un équipage de 1.000 hommes.
Commandé par le fameux capitaine Hervé de Portzmoguer, fidèle serviteur de la duchesse Anne de Bretagne, le navire fait face le 10 août 1512 à une armada anglaise envoyée à la surprise générale par Henri VIII. La Cordelière s'engage dans un corps-à-corps avec le Regent, fleuron de la flotte britannique. Abordage, tirs, explosions et voiles en flammes: les deux navires finissent par sombrer, emportant avec eux plus de 1.500 hommes et tout un pan de l'histoire maritime de la fin du XVème siècle et du début du XVIème siècle.

"Si nous avions l'opportunité de fouiller ces épaves, c'est comme si on retrouvait l'un de ces livres magiques dont on sait qu'ils peuplaient les grandes bibliothèques et dont on a perdu la trace", assure à l'AFP Michel L'Hour, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère français de la Culture (DRASSM), à l'origine avec la région Bretagne de cette nouvelle campagne. "C'est un manuscrit de la période, sans doute endommagé mais c'est un incunable absolument irremplaçable", explique l'expert, soulignant qu'à l'échelle de la planète il n'y a pas pléthore d'épaves de cette période qui aient été fouillées.


(Lire aussi : Moi, Souffleur, sous-marin français échoué au large du Liban...)


"Extrêmement patient"

L'étude des épaves des deux navires pourrait livrer des informations totalement inédites sur les méthodes de construction navale de l'époque, l'artillerie embarquée, le mobilier de bord ou encore l'accastillage des navires armés, tant sous le règne de la duchesse Anne que sous Henri VIII.

"On en est où là Joshua ?", interroge Marine Sadania, l'une des quatre archéologues du DRASSM présents à bord du navire scientifique "André Malraux" à l'adresse du jeune hydrographe. "Là, le fond est assez plat, mais on a eu des dunes tout à l'heure et un écho intéressant", lui répond Joshua Bac. 

Chaque point notable signalé est répertorié afin de l'analyser ultérieurement de manière plus approfondie et de décider éventuellement d'y envoyer des plongeurs ou un robot sous-marin s'il se trouve à plus de 50 mètres de profondeur.

Depuis le début de cette nouvelle campagne mardi, le jeune hydrographe aux cheveux noués en catogan a déjà signalé la présence de deux ancres émergeant des sédiments sous-marins et distantes de 15 mètres seulement l'une de l'autre. "C'est beaucoup trop tôt pour dire que ce sont les ancres de La Cordelière et du Régent", s'empresse de souligner Marine Sadania.
Cette campagne, réalisée sur une zone de 25 km2 à l'aide de plusieurs moyens de détections, dont trois acoustiques - sonar à balayage latéral, sondeur multifaisceau et pénétrateur à sédiments -, ainsi que d'un magnétomètre, va se poursuivre jusqu'au 13 juillet, avant de nouvelles recherches programmées sur les trois prochaines années. 

Des investigations sous-marines avaient déjà été menées entre 1996 et 2001 par l'équipe de Max Guérout, un ancien officier de la marine française. Bien que n'ayant pas abouti à la découverte des épaves, elles ont permis de dresser une première cartographie sous-marine de la zone, ainsi qu'un premier inventaire de la documentation historique disponible.

"Grâce à l'analyse des archives, à l'étude des courants, aux nouvelles technologies et à nos partenaires, on a aujourd'hui de bonnes chances de trouver ces épaves", précise Michel L'Hour, soulignant cependant que "la meilleure garantie de succès, c'est de se montrer extrêmement patient".


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