Liban

Formation du gouvernement : tendance à l’optimisme...

Décryptage
22/06/2018

Tout le monde attendait le retour du Premier ministre à Beyrouth après un périple qui l’a mené à Moscou, Paris et Riyad. Il est donc arrivé dans la nuit de mercredi à jeudi, et il a rapidement mis un terme aux spéculations sur une volonté saoudienne présumée de retarder la formation du gouvernement. Dans une première déclaration, Saad Hariri a affirmé qu’il n’y avait pas d’obstacles extérieurs entravant la formation du gouvernement, les nœuds étant essentiellement internes. Ils consistent dans les exigences des différentes parties tant au sujet du nombre de ministres qu’à celui des portefeuilles. Dans ce cas, la question qui se pose est la suivante : pourquoi presque un mois après sa désignation pour former le nouveau gouvernement, le Premier ministre n’a-t-il pas encore entrepris de démarches sérieuses pour aplanir les obstacles ?

Des sources proches du courant du Futur précisent à cet égard que le Premier ministre a commencé par définir, à travers des contacts préliminaires, les problèmes qui se posent dans le cadre de la formation du gouvernement et il a pris ensuite le temps de réfléchir calmement, tout en laissant à chaque partie le loisir de revoir ses exigences à la lumière de l’intérêt général. Cette pause était d’autant plus justifiée que le Liban est entré la semaine dernière dans une période de congé à cause de la fête du Fitr. De plus, le Premier ministre ne considère pas avoir pris du retard puisque les délais habituels sont respectés et qu’il n’a pas le sentiment de l’existence d’un problème insurmontable. Son principal souci était de laisser les polémiques se calmer pour pouvoir régler les problèmes de la formation du gouvernement, loin des surenchères politiques médiatisées. Les sources proches du Premier ministre affirment qu’il insiste sur la discrétion, car de fausses rumeurs sont en train de circuler dans les médias, notamment au sujet de sa rencontre avec le le chef du CPL, Gebran Bassil, à Paris.


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Cette prudence doublée d’un certain optimisme chez le Premier ministre s’accompagne d’un climat pratiquement similaire chez le Hezbollah. Selon les sources proches de ce parti, ce dernier considère que la formation du gouvernement n’est pas encore en danger et que les obstacles qui l’entravent ne sont pas insurmontables. Selon les mêmes sources, la position du leader druze Walid Joumblatt n’est pas inquiétante outre mesure. Il s’agit d’une protestation, à la manière de Moukhtara, contre l’insistance du président et de son camp politique à imposer l’octroi d’un portefeuille à Talal Arslane en mettant l’accent sur le fait que Joumblatt n’a pas son mot à dire à ce sujet. Walid Joumblatt se sent en effet visé par le chef de l’État et son camp, lesquels, selon lui, cherchent à imposer une dualité sinon plus dans la Montagne et au sein de la communauté druze au détriment de son propre leadership. Selon les sources proches du Hezbollah, Joumblatt a l’habitude de hausser le ton pour faire accepter ses revendications. Ce procédé n’a donc rien d’étonnant venant de lui. Pour l’instant donc, le Hezbollah, toujours selon les mêmes sources, considère que « le nœud Joumblatt » n’est pas insoluble. Il s’est d’ailleurs empressé d’envoyer chez le leader druze le chef de l’unité de coordination du parti, Wafic Safa, accompagné du conseiller politique du secrétaire général de Hezbollah, Hussein Khalil, pour bien montrer que la relation entre la formation et le leader druze n’est pas seulement sécuritaire, mais aussi politique. Le Hezbollah a donc relevé en quelque sorte le niveau de ses contacts avec Walid Joumblatt, et il est ainsi intervenu pour calmer la tension et faire cesser la polémique entre le CPL et le camp du leader druze.


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Le Hezbollah peut aussi jouer un rôle positif au niveau du « nœud sunnite », soit en poussant vers le choix d’un seul ministre sunnite en dehors de ceux nommés par le chef du gouvernement, qui serait une personnalité proche du camp du président et des sunnites du 8 Mars, soit en convainquant M. Hariri d’accepter deux ministres sunnites qui ne soient pas dans son giron, l’un nommé par le chef de l’État, l’autre choisi par le camp du 8 Mars, mais qui serait une personnalité de compromis, à mi-chemin entre les deux. En principe, donc, ces deux problèmes ne devraient pas être insurmontables.Il restera le « nœud chrétien » entre les Forces libanaises, le CPL et le chef de l’État. Mais là aussi, les principales composantes politiques estiment qu’il est possible de trouver des compromis, ou même d’amener les parties qui ont des exigences élevées à les revoir à la baisse, avec réalisme et modestie. Le problème, c’est que chacune des parties attend l’autre, et c’est là où le bât blesse. Quel est le nœud qui va être réglé en premier, toute la question est là. Car une fois que deux des trois obstacles reconnus seront surmontés, le troisième ne pourra pas assumer la responsabilité d’être le seul à bloquer la formation du gouvernement dans une période aussi sensible et alors que le pays est guetté par une crise économique sans précédent. Tant que les entraves sont nombreuses, il sera difficile de les surmonter, mais lorsque les problèmes commenceront à être réglés l’un après l’autre, il sera plus facile d’aboutir à une solution globale. C’est donc un travail minutieux et au cas par cas qui attend le Premier ministre à partir de ce week-end. À condition qu’effectivement, il n’y ait aucune interférence extérieure.


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LA TABLE RONDE

Un article de vérité des choses , Scarlett dit bien que pour le moment rien d'inquietant , et elle sait ce qu'elle dit d'habitude.

ON est pas à l'abri d'une ingérence extérieure, étant donné que celle ci ne pourrait venir que des sponsors de ceux qui ont perdu les élections législatives de Mai.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

KELLOU METLEL 3ASSAL D,APRES LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ! ATTENDONS VOIR.

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