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Liban

À l’ONU, Amal Mudallali réalise son rêve, « œuvrer pour la paix »

Portrait
12/06/2018

Première femme libanaise à être nommée représentante permanente du Liban auprès des Nations unies, Amal Mudallali a réalisé le rêve qu’elle caresse depuis l’enfance. « J’ai toujours voulu travailler pour les Nations unies, œuvrer pour la paix et rassembler les peuples. Je pense que la fonction la plus précieuse qui soit est de travailler dans cet objectif », souligne-t-elle à L’Orient-Le Jour, dans son bureau officiel, à New York. En effet, la diplomate manifeste très tôt un « grand intérêt au monde, aux personnes de différentes cultures et origines ». « J’ai toujours souhaité travailler dans un lieu qui groupe le monde entier. Et voilà ! Je peux le voir de ma fenêtre maintenant ! » s’exclame-t-elle avec fierté, montrant du doigt le Palais de Verre et l’East River qu’elle aperçoit de sa fenêtre.
Le destin sourit à cette diplomate qui vient d’ajouter un nouveau galon à son palmarès. Il y a deux jours, le président de l’Assemblée générale de l’ONU l’a nommée coprésidente avec l’ambassadeur Francisco Antonio Duarte Lopez du Portugal pour le suivi du groupe de travail « Vers un pacte mondial global pour l’environnement », « un sujet qui me tient à cœur », écrit-t-elle sur son compte Twitter. Pour la diplomate, « le problème critique de l’eau auquel le Moyen-Orient est confronté » est une question sur laquelle elle a « commencé à travailler » depuis qu’elle a pris ses fonctions, le 2 janvier 2018. C’est avec intérêt qu’elle a pris part il y a quelques jours à deux conférences autour du dernier rapport du secrétaire général sur l’eau, qui ont eu lieu à la mission de Finlande et celle de Hongrie où elle a prononcé un discours sur ce thème.


(Lire aussi : La mission du Liban à l’ONU célèbre le 40e anniversaire de la Finul)


Candidate de Hariri dès 2006
Les raisons de ce choix de la nommer à New York ? « Ce n’est pas la première fois que mon nom était avancé pour ce poste à l’ONU, indique-t-elle. J’étais la candidate de Saad Hariri en 2006. Le Premier ministre Fouad Siniora avait choisi, à l’époque, Nawaf Salam. Saad (Hariri) suivait ce que son père voulait faire : me nommer ambassadeur à Washington. Ce qui montre bien que Saad reste très fidèle à son peuple et n’oublie jamais ! S’il vous promet quelque chose, il tiendra parole, même onze ans plus tard ! »
Amal Mudallali avait été en fait pressentie au poste d’ambassadeur du Liban en Turquie, « comme l’avait révélé à l’époque le quotidien as-Safir ». C’est la raison pour laquelle elle « s’est mise à apprendre le turc », avoue-t-elle.

Qui est Amal Mudallali ?
Pourquoi sort-elle soudain de l’anonymat ? Extravertie, Amal Mudallali est une jeune femme au regard doux et franc, d’une élégance sobre et à l’abord direct et simple. Volontaire et décidée, elle a un penchant marqué pour un travail méticuleux et bien fait. Elle avance sur « la pointe des pieds » pour mener à bien sa délicate tâche qu’elle mène d’une main de maître avec l’aide attentive de son équipe. C’est avec patience et endurance qu’elle gravit les échelons pour trouver sa niche. « Jusqu’à présent, pas d’erreurs ! » affirme-t-elle.
Originaire de la Békaa d’une famille de treize enfants – son père est né à Mansourah –, Amal Mudallali grandit à Rawda, dans le village de sa mère, où elle poursuit ses premières classes élémentaires avant de déménager à Bar Élias puis à l’École évangélique de Zahlé jusqu’aux classes terminales. Après le bac, elle s’inscrit à l’Université libanaise pour étudier la communication. La jeune Amal se souvient du dernier conseil de son père qui l’accompagnait à Beyrouth chez les sœurs dominicaines où elle devait rester. « Fais ce que tu veux à Beyrouth, mais ne t’engage pas dans la politique ! » lui conseille-t-il. Je l’ai écouté. Je ne me suis engagée dans aucun parti politique. Je suis ouverte et indépendante et trop libre pour suivre une ligne d’un parti, quel qu’il soit », assène-t-elle. Et pourtant !

Parcours haririen
Bardée de diplômes, Amal Mudallali est titulaire d’un PhD en communication politique de l’Université de Maryland, d’un M.A. en communication politique de l’Université de Syracuse, et d’un B.A. en communication de masse de l’Université libanaise. Journaliste et auteure de nombreux articles sur la politique américaine envers le monde arabe et le Moyen-Orient, elle a travaillé à Washington en tant que chercheuse au Centre Woodrow Wilson de Washington, s’intéressant aux relations américano-arabes au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak, Yémen), aux Nations unies et à la prolifération nucléaire. Elle a rédigé et édité un livre intitulé Les Nations unies pour le Liban, résolutions de l’ONU sur le Liban, 1958-2008, publié par le bureau de presse du Premier ministre Saad Hariri. Récipiendaire du titre de chevalier de la Légion d’honneur, elle reçoit, en 2011, le Prix du département de journalisme de l’Université de Maryland.
Sa vie professionnelle est ponctuée par des va-et-vient entre Beyrouth et Washington selon le cours des évènements. Journaliste, elle occupe le poste de correspondante à l’étranger de plusieurs organes de presse en arabe et en anglais, dont BBC Arabic Service, le journal an-Nahar, Deutsche Welle et Radio Netherlands.

De retour à Beyrouth de 1998 à 2000, elle est nommée chef du service de presse internationale chargée de la presse étrangère et porte-parole de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri. De 2000 à 2005, elle devient sa conseillère en politique étrangère. Après l’assassinat de ce dernier, le 14 février 2005, elle quittera un mois plus tard le Liban pour les États-Unis « pour représenter la famille (Hariri) aux négociations entamées aux Nations unies pour former le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) », dit-elle. Avant sa nomination à New York, Mme Mudallali était basée à Washington en tant que principale conseillère pour les Affaires américaines auprès du Premier ministre Saad Hariri.

Sa collaboration avec la famille Hariri a été mémorable pour avoir vécu des moments historiques de première main. A-t-elle des relations familiales qui la lient aux Hariri ? « Ma relation est juste professionnelle, précise-t-elle. Mais lorsque vous travaillez avec les Hariri, vous devenez une partie de la famille. Les Hariri sont extraordinaires. Ils prennent soin de vous et vous traitent comme l’un des leurs. Vous leur restez toujours fidèle car, avec eux, vous faites partie de la famille. Donc, après le décès de l’ex-Premier ministre, ce n’était pas seulement le travail qui me liait à la famille. Je poursuivais une cause personnelle. Il était comme un père pour moi. »

Système libanais fermé
Amal Mudallali apprécie sa bonne étoile qui l’a mise sur le chemin de la famille Hariri. « Être entourée par ces personnes aide. Sans Rafic Hariri à cette époque, je n’aurais jamais pu réaliser quoi que ce soit parce que le système libanais n’est pas ouvert à des personnes comme moi, qui n’ont que leur travail à montrer », dit-elle. « Je n’ai aucun lien politique. Je ne viens pas d’une famille politique. Je n’ai pas de piston. Je n’ai que mon travail », ajoute-t-elle. « Les Hariri reconnaissent le travail bien fait et récompensent les professionnels. Rafic Hariri avait cette approche, à l’instar de Saad. Les deux sélectionnent la meilleure personne au bon endroit. Cela a marché pour moi. On m’a donné une chance. Mais beaucoup de personnes qui ont du talent n’ont malheureusement pas eu la même chance », déplore-t-elle.

Quelle vision a-t-elle pour son mandat à l’ONU ? « J’aspire à représenter le Liban du mieux que je peux. Je suis encore jeune. Je cherche toujours à savoir comment agir pour mieux faire avancer l’intérêt et la cause du Liban à l’ONU », dit-elle avec humilité. « Je voudrais pouvoir remettre le Liban sur la scène internationale sur les questions importantes de l’ONU. J’espère que je pourrai le faire. Cela demandera beaucoup de labeur. Il faut savoir saisir les opportunités parce que travailler à l’ONU est un long processus que les ambassadeurs construisent dans la continuité et la cohérence », relève la jeune diplomate.


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Wlek Sanferlou

Il ne fallait pas publier son nom... GB risque de lui interdire de retourner au Liban pour coopération avec l'ONU maison mère de l'HCR

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