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Santé

L’hypnothérapie de plus en plus présente dans le monde médical

Médecine complémentaire

Des défis restent encore à relever pour faire mieux accepter cette discipline, d’autant que l’hypnose de spectacle nuit beaucoup à l’hypnose médicale.

Nada MERHI | OLJ
01/06/2018

Alama Kanté, chanteuse guinéenne, a été opérée en 2014, en France, d’une tumeur de la glande parathyroïde… sous hypnose. La jeune femme qui n’a reçu qu’une anesthésie locale au niveau de la gorge chantait durant l’opération, le chirurgien voulant s’assurer tout au long de l’intervention que son « outil de travail », à savoir ses cordes vocales, n’était pas abîmé.
Une histoire qui peut faire peur, vu l’image de l’hypnose véhiculée dans les films, d’une part, et l’idée qu’on se fait de la chirurgie qui est principalement pratiquée sous anesthésie générale, d’autre part. Néanmoins, l’hypnose commence à faire du chemin dans de nombreuses disciplines médicales en France et dans d’autres pays du monde. Aujourd’hui, « elle est appliquée pour le traitement de la douleur chronique comme les fibromyalgies, en dentisterie, en anesthésie et en pédiatrie pour améliorer certains troubles chez l’enfant, le bégaiement, l’hyperactivité et l’énurésie, à titre d’exemple », explique Steeven Helou, cardiologue à l’hôpital privé Jacques Cartier dans la région parisienne en France, spécialisé en hypnose médicale. « L’hypnose est également utilisée en gynécologie-obstétrique pour réduire les douleurs et le stress lors d’un accouchement », poursuit le Dr Helou dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour, en marge des travaux de la cinquième édition des Printemps de la faculté de médecine de l’USJ, tenus récemment à Beyrouth. « Elle est également efficace pour améliorer le sommeil, lutter contre les troubles alimentaires et les phobies, pour le sevrage du tabac, comme chez les personnes ayant un trouble de stress post-traumatique, précise-t-il. Dans ces cas, on fait revivre au malade la même situation, mais en tant qu’observateur. Cela permet de diminuer la charge émotionnelle, d’apaiser l’inconscient et par conséquent de calmer les souffrances post-traumatiques. »

Une conscience modifiée
L’hypnose n’est pas un domaine nouveau. « Cet état dans lequel la conscience de la personne est modifiée a toujours fasciné les scientifiques, qui ont voulu expliquer le phénomène et l’appliquer en médecine, rappelle le Dr Helou. Franz Mesmer, un médecin allemand, a été le premier à recourir à cette méthode. Il avait alors donné une explication physique au phénomène, soulignant dans ce cadre qu’un flux magnétique universel entraîne cet état clinique chez les malades. » À Vienne, où Mesmer vivait, cette théorie a été entièrement rejetée. Le médecin s’est alors réfugié à Paris où il a pratiqué l’hypnose, connue à l’époque sous le nom de magnétisme ou mesmérisme. C’était en 1780. « Il a eu un grand succès à son cabinet, à la place Vendôme, raconte le Dr Helou. Il a même hypnotisé Marie-Antoinette, la femme de Louis XVI. Le roi a alors chargé une commission scientifique d’évaluer ces pratiques. Les conclusions auxquelles elle est parvenue n’étaient pas en faveur du médecin allemand, qui a été discrédité. »

Après Mesmer, plusieurs autres praticiens ont utilisé cet état de somnambulisme en médecine, comme James Braid, un chirurgien écossais établi à Manchester qui pratiquait des gestes chirurgicaux grâce à l’effet analgésique de l’hypnose. James Braid était le premier à avoir donné le nom d’hypnose à cet état de somnambulisme obtenu par la fixation prolongée d’un point lumineux. Cent ans après Mesmer, Charcot, à Paris, recourait à l’hypnose chez les malades hystériques. »
À partir de 1889, cette discipline a été oubliée dans le monde médical, lorsque les travaux d’un congrès ont conclu que « l’hypnose n’est pas une pathologie et que toute personne peut être hypnotisée ». Il a fallu attendre l’an 1950 pour que cette discipline connaisse un nouvel essor. En cette année, « Milton Erickson, psychiatre américain, a développé l’hypnothérapie telle que nous la connaissons aujourd’hui », souligne le Dr Helou. « Il disait que l’inconscient est le réservoir d’apprentissage de l’individu et que, par l’hypnose, on peut communiquer avec cet inconscient, ajoute-t-il. Pour lui, c’était un état physiologique, mais dans la médecine, on a recours à l’hypnose à des fins thérapeutiques. » En effet, explique le spécialiste, « grâce à l’hypnose, on modifie le rapport du patient avec sa maladie, dans le sens où lorsqu’on induit un état de conscience modifiée dit état de transe, on fait appel à l’imagination du malade pour qu’elle se substitue à la réalité ». « Aussi, dans le cadre d’un geste thérapeutique, l’extraction d’une dent à titre d’exemple, l’hypnothérapeute fait vivre au malade une situation de son choix, comme un match de tennis, des vacances dans un endroit agréable, pendant que le médecin le soigne », précise le spécialiste. C’est ce qui s’est passé avec Alama Kanté qui avait alors confié aux médias français que l’hypnothérapeute lui avait demandé si elle voulait voyager et qu’elle s’est laissé guider.
L’hypnose ne remplace pas complètement l’anesthésie en cas d’une chirurgie lourde. « Dans certains cas cependant, on peut ne pas endormir totalement le malade, avance le Dr Helou. On lui passe un anesthésiant qui calme sa douleur, et l’hypnothérapeute intervient pour permettre au malade de vivre une autre réalité virtuelle. »

Les limites de l’hypnose
Pour hypnotiser une personne, les spécialistes agissent sur deux axes. « Nous allons modifier la perception qu’un patient a de sa maladie, avance le Dr Helou. Nous allons également modifier son vécu en remplaçant un réel douloureux par une nouvelle réalité virtuelle où il se trouve dans un état de bien-être. »
Les patients acceptent-ils facilement d’être hypnotisés ou bien ont-ils peur de ne plus se réveiller ? « Lorsqu’on leur explique que l’hypnose est un état physiologique normal, ils acceptent facilement, répond le spécialiste. En effet, durant une séance d’hypnose, le malade entend tout. Il reste conscient, voire hyperconscient, puisqu’il doit participer à la session. On ne contrôle pas son cerveau, encore moins sa volonté. »
Quid de la crainte de s’immiscer dans sa vie privée ? « En hypnose, nous ne sommes pas dans le voyeurisme psychologique, assure le Dr Helou. Le malade ne dit rien et l’hypnothérapeute ne veut rien savoir. On respecte l’intimité du patient et on fait appel à ses capacités pour régler ses problèmes. »
L’hypnose a toutefois ses limites. La principale contre-indication reste « la résistance du malade », souligne le spécialiste. « Ainsi, s’il n’est pas coopérant, on ne peut pas l’obliger à se faire hypnotiser, poursuit-il. Par ailleurs, le recours à cette discipline n’est pas conseillé en cas de troubles psychiatriques sévères, comme les délires et la schizophrénie. » De plus, un risque de récidive existe « parce que l’hypnose est un phénomène physiologique où on essaie d’améliorer l’état actuel du malade », note le Dr Helou. « Le malade est libre. On n’a pas reprogrammé sa tête, ni complètement changé son souhait. C’est juste sa perception des choses qui change et on l’aide à accomplir quelque chose dont il a envie. »

Les défis à relever
La médecine traditionnelle et l’hypnose peuvent se compléter. « La médecine traditionnelle traite avec un problème organique, alors que l’hypnose aide à améliorer la qualité de vie et le bien-être du malade, confirme le Dr Helou. Cette discipline est en train d’être enseignée en France dans vingt facultés de médecine. Elle est aussi enseignée aux infirmières et aux sages-femmes. »
Néanmoins, des défis restent encore à relever. « En France, on espère former un plus grand nombre de médecins à cette discipline et on espère qu’ils soient acceptés par les malades, avance le spécialiste. Malheureusement, l’hypnose de spectacle, où l’on présente l’hypnotiseur comme une personne qui va prendre en possession la personne qui se trouve devant elle, nuit beaucoup à l’hypnose médicale, qui se pratique dans le respect de l’être humain et de sa volonté. L’éthique est très importante. Cette discipline ne doit être pratiquée que par les professionnels de la santé. En ce qui concerne le Liban, on espère pouvoir y développer l’hypnose, l’enseigner aux médecins et en faire bénéficier les malades. »


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

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Wlek Sanferlou

j'éspère qu'on est hypnotisé au Liban... et qu'un jour on se reveillera de ce cauchemar...
Toute blague à part, très bon article et c'est vrai que l'hypnose de spectacle parfois donne une mauvaise image de l'hypnose, mais cette thérapie `beaucoup de mérite surtout dans le domaine des PTSD pour des régions avec des conflits, des guerres ou des désastres ...

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