Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Investigation

Qatar : l’Arabie et les Émirats ont-ils cherché à faire pression sur les États-Unis ?

Un homme d’affaires américano-libanais et un proche de Donald Trump sont au cœur du scandale.

Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammad ben Salmane et le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, à Washington, le 20 mars 2018. Mandel Ngan / AFP / Getty Images

Changer la politique américaine au Moyen-Orient en faisant pression sur Washington pour qu’il signe un décret « anti-Qatar » favorable à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, alliés traditionnels de longue date des États-Unis. Voilà ce qui a été mis en œuvre, selon les conclusions d’une enquête menée par l’agence Associated Press (AP), réalisée par les journalistes d’investigation Desmond Butler and Tom Lobianco et publiée lundi. Cette enquête est basée sur des courriers, des mails et des documents, mais aussi sur des entretiens avec une douzaine de personnes. Les protagonistes de l’affaire sont le lobbyiste et principal leveur de fonds de Donald Trump, le sénateur républicain Elliott Broidy, 60 ans, et l’homme d’affaires américano-libanais George Nader, 59 ans. Selon l’enquête, des mails obtenus par l’AP révèlent un effort de lobbying secret et ambitieux visant à isoler le Qatar et à saper les relations de longue date du Pentagone avec Doha.

Les deux pays auraient chargé MM. Nader et Broidy de s’occuper de cela en échange de contrats d’une valeur estimée à un milliard de dollars. Selon les documents révélés par l’Associated Press, les deux hommes avaient, dès le départ, pour mission de « mener une campagne contre le Qatar. Celle-ci serait initiée par les princes héritiers d’Arabie saoudite et des Émirats. MM. Nader et Broidy capitaliseront leur éventuel succès en millions de dollars en contrats de défense ». « L’essentiel de leur plan était de montrer que le Qatar était trop proche de l’Iran et qu’il soutenait des groupes islamistes, y compris les Frères musulmans », précise l’agence. Cette proximité avec l’Iran, dénoncée par l’Arabie saoudite, a d’ailleurs été l’une des raisons invoquées par les voisins du Qatar pour rompre leurs relations avec l’émirat en juin 2017 et l’isoler diplomatiquement dans la péninsule Arabique.


(Lire aussi : L'Arabie et les Emirats auraient proposé leur aide au candidat Trump via un Américano-Libanais)


Des précédents
Ce n’est pas la première fois que MM. Broidy et Nader se retrouvent sous les feux des projecteurs.
George Nader, arrivé aux États-Unis dans les années 80 en tant que jeune immigrant libanais, s’est rapidement imposé comme un opérateur indépendant puissant, fondant un magazine politique intitulé Middle East Insight. Plus tard, dans les années 90, il s’est révélé influent dans les coulisses, organisant des dîners pour des dignitaires israéliens et arabes avec des courtiers de Washington et des législateurs américains, selon l’AP. Après la guerre en Irak de 2003, M. Nader a travaillé avec un entrepreneur militaire privé américain, Erik Prince, dont l’ancienne compagnie, Blackwater, est devenue tristement célèbre après une fusillade à Bagdad en 2007.

MM. Nader et Broidy avaient déjà fait parler d’eux quelques années auparavant. Les résumés écrits par M. Broidy de deux réunions qu’il avait eues avec Donald Trump – dont l’une n’a pas été divulguée auparavant – rapportent qu’il passait des messages de la part des deux princes héritiers au président américain et qu’il a dit au chef de la Maison-Blanche qu’il cherchait des affaires avec eux. Par ailleurs, en décembre de l’année dernière, les partenaires ont remporté une vague de succès dans leur campagne pour créer un battement de tambours anti-Qatar à Washington, qui s’est depuis calmé.


(Lire aussi : L'avocat de Trump aurait tenté de vendre son entregent pour 1 million de dollars au Qatar)


Une opportunité en or
M. Broidy a, pour sa part, fait fortune dans les investissements. Mais la découverte d’un envoi de cadeaux illégaux d’une valeur d’un million de dollars et la récolte de dix-huit millions de dollars de frais de gestion lui ont valu une condamnation pour corruption en 2009. Une condamnation bien différente de celle de George Nader. Selon un document de l’Associated Press paru en mars dernier, M. Nader a été reconnu, en mai 2003, coupable de 10 chefs d’accusation d’abus sexuel sur des mineurs alors qu’il se trouvait en République tchèque. Il a été condamné à une peine d’un an d’emprisonnement qu’il a purgée à Prague avant d’être expulsé du pays. M. Nader a ensuite vécu aux Émirats arabes unis et a fini par travailler comme conseiller de Mohammad ben Zayed (MBZ), le puissant prince héritier d’Abou Dhabi. Il s’est ensuite rapproché de celui d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane (MBS). Ces relations lui valent de devenir l’émissaire des deux princes. Et c’est à ce titre qu’il a rencontré, le 3 août 2016, le fils aîné de Donald Trump (à l’époque candidat), Donald Trump Jr. selon des informations rapportées par le quotidien américain New York Times le 19 mai. D’après le NYT, Erik Prince aurait arrangé la rencontre. Durant cette entrevue, M. Nader lui a déclaré que ses commanditaires étaient désireux d’aider son père à remporter l’élection présidentielle de 2016 en y contribuant activement. Mais le futur président américain n’étant « pas intéressé, les choses en sont restées là », a affirmé Alan Futerfas, avocat de Trump Jr., dans un communiqué.

Le déclic se produit lorsque M. Nader rencontre M. Elliott lors de l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier 2017. Les deux hommes comprennent rapidement qu’ils pourraient, ensemble, transformer leurs potentiels succès en gains conséquents. M. Elliott ayant les faveurs du nouveau président américain, et M. Nader prétendant avoir celles des princes d’Arabie saoudite et des EAU. En vain.

Et malgré les preuves que détient l’AP, les deux protagonistes ont mutuellement nié être au service d’une quelconque puissance étrangère. Un avocat de Broidy, Chris Clark, a affirmé hier que les révélations de l’AP « sont basées sur des documents frauduleux et fabriqués obtenus auprès d’entités avec un agenda connu pour nuire à M. Broidy ». Et même si l’avocate de M. Nader, Kathryn Ruemmler, a refusé de commenter, un haut responsable saoudien a tenu a réagir. Il a confirmé que le gouvernement avait eu des discussions avec Nader, mais qu’il n’avait signé aucun contrat avec ce dernier ou avec M. Broidy.



Pour mémoire

Les Emirats accusés d'influencer Trump : un homme d'affaires américano-libanais dans le collimateur

En pleine crise du Golfe, Washington renforce son alliance avec le Qatar

Trump dans l’œil du cyclone Stormy Daniels

Trump embourbé dans l’affaire Stormy Daniels

Trump bascule sa défense dans l'affaire Stormy Daniels



Changer la politique américaine au Moyen-Orient en faisant pression sur Washington pour qu’il signe un décret « anti-Qatar » favorable à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, alliés traditionnels de longue date des États-Unis. Voilà ce qui a été mis en œuvre, selon les conclusions d’une enquête menée par l’agence Associated Press (AP), réalisée par les...
commentaires (1)

Du joli... quelle honte...

NAUFAL SORAYA

08 h 02, le 23 mai 2018

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Du joli... quelle honte...

    NAUFAL SORAYA

    08 h 02, le 23 mai 2018

Retour en haut