Le sidérurgiste ArcelorMittal, l’énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l’eau Veolia sont, dans l’ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution, selon Oxfam. Peter Nicholls/Reuters
La France est devenue la championne du monde en matière de distribution de dividendes aux actionnaires, affirme un rapport de l’ONG Oxfam publié hier, dont la méthodologie est toutefois critiquée par certains observateurs. Selon ce document intitulé « CAC 40 : des profits sans partage », réalisé avec le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic), « la France est le pays au monde où les entreprises cotées en Bourse reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires ». Les groupes du CAC 40 ont ainsi redistribué à leurs actionnaires les deux tiers de leurs bénéfices entre 2009 – année de la crise financière mondiale – et 2016, soit deux fois plus que dans les années 2000, selon la même source. Cela a conduit ces entreprises à ne laisser « que 27,3 % au réinvestissement et 5,3 % aux salariés », ont calculé les ONG, dénonçant des choix économiques qui nourrissent une « véritable spirale des inégalités ». « Les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l’investissement », explique Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam France.
Dans le détail, le sidérurgiste ArcelorMittal, l’énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l’eau Veolia sont, dans l’ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution des bénéfices en dividendes aux actionnaires, indique le rapport.
« Un vrai sujet »
Le rapport a suscité de vives réactions politiques sur Twitter. « Le partage des bénéfices des entreprises du CAC 40 entre 2009 et 2016 (...) illustre l’imposture absolue de la théorie du ruissellement chère à Emmanuel Macron. Voilà l’illustration de cette sécession des riches qu’encourage le nouveau pouvoir », a ainsi écrit Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle, aujourd’hui à la tête de Génération-S.
« On a un indice (le CAC 40, NDLR) qui distribue beaucoup de dividendes », convient Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, un cabinet d’analyse de gouvernance et de politique de vote, qui indique avoir de plus en plus de clients investisseurs s’inquiétant de cette tendance et développant des politiques de distribution de dividendes responsables. Mais le responsable émet quelques bémols sur le rapport : « Pas mal d’entreprises françaises distribuent des dividendes en action », ce qui n’occasionne « pas de sortie de cash », observe-t-il notamment.
Selon Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, Oxfam ne s’intéresse qu’à la partie de la participation et de l’intéressement versés aux salariés et ne tient pas compte de l’intégralité des salaires. Or, « en France, les salaires augmentent plus vite que la productivité », observe-t-il. Autre problème, le rapport compare des données mondiales – les profits des multinationales – et des données françaises sur la participation et l’intéressement, critique l’économiste.
Source : AFP


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