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Culture

« Ready Player One » : Spielberg, maestro eyes wide open...

Événement

Quelques mois après « Pentagon Papers », Spielberg revient avec un autre chef-d’œuvre. Une ode à l’« entertainment » intelligent, à la jeunesse et à la technologie.

10/05/2018

On a tout écrit, ou presque, sur Spielberg, sa maestria, son sérieux, ses thèmes de prédilection... Pour un Tintin magistral et un Bon Gros Géant (The BFG) oubliable, il nous avait livré Lincoln, Bridge of Spies (Le pont des espions) et War Horse (Cheval de guerre). La réception mitigée des quatrièmes aventures d’Indiana Jones l’avait laissé perplexe sur le pur cinéma d’entertainment, avec la sensation qu’il en avait fait le tour, après l’avoir inventé dans les années 70. Ready Player One (RPO), actuellement en salle, a été tourné avant Pentagon Papers (The Post), mais est sorti après, car il nécessitait une énorme postproduction, avec beaucoup d’effets spéciaux et d’images de synthèse. La sortie concomitante des deux films permet de tracer des parallèles sur la carrière de Spielberg. Sur ses films de divertissement qui développent des thèmes sérieux, et sur ses films sérieux qu’il réussit à toujours rendre divertissants. RPO et Pentagon Papers sont les parfaits exemples de cette dichotomie et de ce talent unique. Tout éloigne les deux films a priori.

L’analogique, le passé, les personnages adultes, le thème de la réalité comme vérité d’un côté, et le virtuel, le futur, les personnages adolescents et l’évasion de la réalité de l’autre côté. Un duo d’acteurs légendaires entraîne le spectateur dans un combat pour l’indépendance et la vérité dans Pentagone Papers alors qu’une équipe de jeunes acteurs pleins de rêves le plonge dans un univers totalement imaginaire dans RPO. Mais aussi éloignés qu’ils paraissent, les deux films se rapprochent dans la volonté des héros de vouloir changer le monde qu’ils habitent pour l’améliorer, se battre contre l’ordre établi et le pouvoir pour en faire sortir le meilleur.

Le pouvoir politique nixonien considérait la presse comme outil de propagande à sa botte ; le PDG de l’IOI, la multinationale qui contrôle l’Oasis, se sert d’un jeu d’émancipation pour contrôler la population qui y joue. Et Spielberg, en bon ado attardé, déteste l’autorité, l’ordre établi.
Autre thème partagé, le féminisme. Portrait d’une femme engagée qui se révèle au fur et à mesure, Pentagon Papers est un film profondément féministe qui trouve un écho dans l’héroïne de RPO, Samantha/Artemis, qui n’hésite pas à prendre la direction de la révolte de sa bande. Sans elle, les garçons n’auraient jamais osé défier le jeu. Comme Katherine Graham qui décide seule, et contre l’avis de tous les hommes qui l’entourent, de publier les Pentagon Papers. Dernier point commun entre les deux films, la notion de leadership par l’exemple et l’humilité. La scène finale où Graham descend à l’imprimerie montre à la fois son élévation dans la hiérarchie du journal, et son humilité vis-à-vis des ouvriers qui y travaillent. Les geeks du top 5 de RPO, même au cœur du combat, sont ceux qui proclament les valeurs morales, mais ne se mettent pas en avant. La victoire est symbolique, pas personnelle. Tout comme Spielberg, qui ne se met jamais en avant et trouve des moyens de se cacher pour mettre d’autres sur le devant de la scène.

Coup de pied dans la mare
Tiré d’un roman éponyme d’Ernest Cline paru en 2011, le film se déroule en 2045, dans un monde en sale état, dont une des seules échappatoires est Oasis. À la base jeu de réalité virtuelle, il est devenu au fil du temps l’exutoire favori d’une population déprimée et sans avenir. À sa mort, le richissime créateur, monsieur Halliday, n’aura rien légué à Laura et David, mais aura au contraire laissé un Easter egg, un cadeau caché dans le jeu, sa fortune colossale et la direction de sa société. Un jeune orphelin, Wade, va tout mettre en œuvre pour trouver cet œuf et contrer une multinationale aux ambitions hégémoniques, dont le boss est interprété par le nouveau méchant du cinéma, Ben Mendelsohn. S’ensuit un spectacle de 2h20 ébouriffant. Jonglant entre les scènes jouées et les scènes virtuelles, Spielberg s’amuse en incluant des références à la culture geek, impressionne en maîtrisant le langage des gamers et les codes de jeux vidéo, et se fait plaisir à enrober le tout des thèmes abordés plus haut. Sans oublier de donner son avis et de critiquer ouvertement le divertissement de masse. Ici un jeu dont les joueurs ignorent les origines mais auquel ils sont accros, faute de mieux.

Une grande partie du roman de Cline faisait la part belle à la culture des années 80. Spielberg a décidé de changer les références pour les remplacer par les siennes, notamment le magistral Shining de Stanley Kubrick. Cette double lecture ne doit pas faire oublier que RPO est avant tout un film familial, un divertissement moderne et intelligent.
Film antinostalgie, aussi, où Spielberg pousse à la curiosité, à la découverte, et refuse de se complaire dans une recherche constante du « c’était mieux avant », adressé à des clients qui ne savent même pas comment était le « avant ». Inventeur des effets spéciaux par ordinateur avec Jurassic Park, il retourne ici aux longues séquences fabriquées par ordinateur et prouve qu’il n’a pas perdu sa maestria. Ready Player One est à la fois un divertissement intelligent, un coup de pied dans la mare et un superbe spectacle visuel et sonore.


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