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Culture

« Black Panther » : un coup de griffe dans l’eau

À L’AFFICHE

Les studios Marvel jouent gros avec ce film : ils injectent du sang neuf à leur univers avec un nouveau héros peu connu, donnent les clés du camion à un réalisateur novice, s’achètent une crédibilité intello en intégrant des notions raciales et historiques et s’essayent à la critique sociétale. 242,2 millions de dollars engrangés sur le long week-end du Presidents’ Day. Un record, malgré un résultat inégal.

22/02/2018

En 1998 sortait en catimini un film de super-héros Marvel produit par un petit studio, Blade. Interprété par un Wesley Snipes en mode lâchage, le héros éponyme était un être hybride, mi-vampire, mi-humain, qui pourchassait les êtres de nuit, suceurs d’hémoglobine à force de mawashi geri et de coups de lame. À la fois succès commercial et film culte, il sera suivi par deux opus, dont un chef-d’œuvre de Guillermo del Toro, et servira aussi de matrice à la trilogie Batman de Christopher Nolan.
Blade était noir, donc historiquement, le premier super-héros de couleur au centre d’un film. Snipes voulait également développer, à cette époque, un film sur Black Panther. Peu importait la couleur de la cape, tant que l’action était au niveau. Donc, n’en déplaise au service marketing de Disney, Black Panther n’est pas le premier super-héros black. Mais il est le premier super-héros africain, en provenance du Wakanda, sorte de Suisse ultra-high-tech, cachée du monde extérieur et qui compte bien le rester. Introduit dans le dernier Captain America, la Panthère noire est le premier personnage des nouveaux héros que le studio veut faire glisser dans son univers. Alors que dans son combat contre l’univers DC (Superman, Batman…), Marvel tient le haut du pavé, les producteurs savent qu’ils ont pris un coup avec Wonder Woman. Succès planétaire et surprise, il est doublement marquant parce que réalisé par une femme. Dans la logique hollywoodienne, une femme n’aurait pas pu atteindre de tels objectifs. Wonder Woman était donc un film-manifeste, féministe, et une pierre dans le jardin des voisins. Marvel va profiter de l’existence de la Panthère pour, lui aussi, produire son propre manifeste. Il en confie les rênes à un réalisateur black, Ryan Coogler, qui s’était fait connaître avec Fruitvale Station et surtout Creed, un Rocky 7 non officiel.
Sauf qu’il faut toujours se méfier des effets d’annonce et des succès annoncés : ils cachent le manque de confiance des studios dans leur produit. Et c’est ce qui se passe avec Black Panther, film le plus long du « Marvel Universe », avec ses 134 minutes. Coogler avait besoin de cette durée pour introduire ses personnages, son intrigue et son univers. Car tout est inconnu du public et l’histoire est à l’écart de la trame utilisée par tous les autres films. Mais à trop vouloir mixer film d’action, catalogue de l’afro-futurisme, critique historique, hommage aux leaders politiques (Martin Luther King et Malcolm X) et combat contre le racisme, il en résulte un film avec plus de défauts que de qualités. Trop long, avec des combats déjà vus, des acteurs inégaux, des effets spéciaux d’occasion, un personnage central plutôt plat et des scènes vraiment ridicules, Black Panther est un vrai frein aux derniers films produits. L’humour, qui avait si bien réussi à relancer l’intérêt des spectateurs avec les Gardiens de la Galaxie et Thor, est ici absent, ou totalement raté. On appréciera le charisme du méchant de service Michael B. Jordan, la présence sympathique de Martin Freeman (Bilbo), les performances d’Andy Serkis dans son vrai corps et de Danai Gurira sans les walking dead, les chansons de Kendrick Lamar et la production design. Mais on attend mieux de ce héros à fort potentiel.

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