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Culture

« The Post », chef-d’œuvre féministe sur la liberté de la presse

À l’affiche

Pour son 33e film en tant que réalisateur, Spielberg s’attaque à des sujets brûlants : l’actualité et la liberté de la presse, sous-tendus par la place de la femme et des
contre-pouvoirs.

25/01/2018

On peut avoir commencé sa carrière en jouant un rôle dans la reprise américaine du Grand blond avec une chaussure noire et devenir un des plus grands acteurs de sa génération. Et on peut devenir le plus grand sauveur de l’humanité sans avoir un corps bodybuildé et/ou une gueule d’ange. Tom Hanks est un monsieur Tout-le-Monde banal, mais il a cette capacité à rendre ses personnages hors du commun : il les humanise, les universalise en faisant de la normalité un exploit. Le véritable descendant de James Stewart, dit Jimmy. Souvent en tête de liste pour jouer des héros du quotidien, que ce soit dans Bridge of Spies, Capitaine Phillips, Sully ou The Post, il offre dans le film de son copain et acolyte Steven Spielberg une performance tout en retenue et en efficacité dans le rôle du rédacteur en chef du Washington Post, journal local en pleine crise de croissance et de personnalité. Alors que sa propriétaire est à la recherche de nouveaux capitaux, et sa rédaction à la recherche de scoops, que l’entrée en Bourse se rapproche et que la pression des banquiers et des possibles investisseurs se fait de plus en plus forte pour éviter de faire des vagues, éclate le scandale des Pentagon Papers lancé par le New York Times. Le Post est en retard sur cette affaire. Il veut entrer dans la danse et parvient à trouver les originaux des documents pour le faire. Ce qui ne plairait pas à Nixon, alors président parano et qui fait tout pour interdire au NYT de continuer à publier, prêt à les envoyer en prison. Il faut dire que ces documents montrent à quel point les présidents successifs depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ont menti, manipulé et triché à propos de la guerre du Vietnam, causant finalement la mort de milliers de jeunes marines pour juste ne pas être humiliés.

Anne, ma sœur Anne...
Le combat moral et légal qui s’ensuit est sublimé par le combat parallèle que mène Kay Graham, interprétée par Meryl Streep. Héritière du journal familial, elle n’en est à la tête que parce son père puis son mari sont morts. Elle se retrouve dans une position qu’elle n’assume pas et on la sent totalement perdue dans cette position, infantilisée par ses subordonnés, manquant de confiance en elle, mais étant quand même consciente des enjeux et de sa position centrale. Spielberg prend son temps pour tout mettre en place, présenter les personnages, les enjeux, mais une fois la machine lancée, sa maestria et son expérience livrent un récital cinématographique, où la mise en scène joue un rôle central, entraînant le spectateur dans une aventure haletante. La scène dans l’imprimerie, alors que tous les hommes mettent la pression sur Graham, seule femme, pour qu’elle ne fasse pas paraître les articles, est une séquence sublime, à la fois reproduisant la technique maintenant disparue de l’impression des journaux et la volonté de Graham qui se met en place, au profit de la vérité et contre les intérêts de l’argent, du pouvoir et des hommes. Cette émancipation est sublimée par le jeu de Streep, très à l’aise en grande bourgeoise coincée de la côte est.

Il n’y a pas à dire : le spectateur est pris par le tourbillon filmé par Spielberg et la victoire finale. La Cour suprême, plus haute autorité judiciaire américaine, donne raison aux journaux et leur permet de publier le rapport dénonçant des décennies de mensonges. Par la voix du juge, le réalisateur, grand absent des Oscars 2018, rappelle que « la presse doit servir les gouvernés et non pas les gouvernants ». Le message est limpide : Donald Trump et tous les gouvernants du monde apprécieront. Le film se termine par une scène dans l’hôtel Watergate, prémices à l’autre combat que gagnera le Washington Post contre Nixon, et qu’un autre chef-d’œuvre mettra en scène : All the President’s Men (Les hommes du président) avec Dustin Hoffmann et Robert Redford. Nixon se croyait le plus fort, il tombera de bien plus haut que les autres.

Steven Spielberg, lui, reste le plus fort, tout comme Tom Hanks et surtout Meryl Streep, superhéroïque dans une scène-clé, en abaya. À l’heure où le Hollywood post-Weinstein remet en question son rapport aux femmes en général et aux actrices en particulier, The Post est aussi un manifeste féministe, sobre mais efficace.


Pour mémoire

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Talaat Dominique

"Pentagon papers" en France
j'ai été le voir hier soir, très bon film

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