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Idées

Législatives libanaises : Beaucoup de bruit pour rien

Législatives 2018
05/05/2018

Le Liban a subi de nombreuses transformations durant la décennie qui sépare les dernières élections législatives du scrutin de demain. Le conflit qui existait entre les alliances du 8 Mars et du 14 Mars s’est évaporé. En revanche, la promesse d’un État plus efficace n’a jamais été tenue, et les Libanais ont continué à souffrir d’importants problèmes nationaux, comme les coupures d’électricité récurrentes, une crise majeure dans la gestion des déchets et une situation économique de plus en plus alarmante.


Ces élections seront basées sur une forme atypique de représentation proportionnelle, permettant d’altérer les schémas historiques des comportements électoraux. La nouvelle loi électorale divise en effet le Liban en 15 circonscriptions, inégales en taille, en nombre d’élus et en nombre de votants. Certaines de ces circonscriptions sont la somme de plusieurs cazas, certaines sont formées d’un seul caza et d’autres d’un seul mohafazat. Un tel charcutage électoral est bien entendu le résultat des intérêts politiques personnels de ceux qui ont négocié la loi.


En théorie, ces élections auraient dû représenter un moment-clé pour le renouveau de la vie politique et celui des élites, tout en suscitant une opportunité de discuter de la manière de résoudre les difficultés du pays. Elles auraient aussi pu être un moyen d’examiner à quel point la nouvelle législation sur le mode de scrutin à la proportionnelle modifie le paysage politique libanais. À la place, tout indique que le Liban se dirige vers l’une des élections les plus ternes depuis la fin de la guerre en 1990. Aucune surprise de taille ne semble apparaître à l’horizon ; il n’y a pas d’enjeux politiques majeurs ou de programmes mobilisant l’attention des électeurs. Les divisions politiques du passé ont laissé place à un réseau parfois surréel d’alliances opportunistes. Par ailleurs, les nouvelles forces politiques ayant émergé de la société civile libanaise n’ont pas réussi à répondre aux attentes qu’elles avaient fait naître chez les citoyens.
À l’exception de l’alliance chiite du Hezbollah et du mouvement Amal, les autres forces politiques majeures du Liban n’ont pas réussi à former des listes électorales au niveau national. Certaines sont alliées dans des circonscriptions et en concurrence dans d’autres. Dans plusieurs circonscriptions, des forces politiques de nature presque identique ont formé des alliances les unes contre les autres, simplement à cause de rivalités personnelles. Tout cela au détriment d’un programme électoral cohérent, ce qui a fini par troubler les électeurs.



Primaire chrétienne
Que faudra-t-il observer le jour de l’élection qui puisse nous informer sur l’état général de la politique libanaise? En premier lieu, la performance du Premier ministre Saad Hariri. Cela est d’autant plus important après l’épisode de novembre dernier durant lequel, alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite, il avait été poussé à démissionner, avant de revenir sur cette décision. Par la suite, le Premier ministre a été à nouveau accueilli à bras ouverts par les Saoudiens, même si cela n’impliquait pas qu’il favorise une coalition politique avec les partis membres de l’alliance du 14 Mars, que les Saoudiens désiraient alors. Au contraire, la décision de Hariri de s’allier avec le Courant patriotique libre du président Aoun et de son gendre, le ministre des Affaires étrangères et des Émigrés Gebran Bassil, s’est concrétisée, et Hariri tente de la légitimer en prétendant qu’elle détournera Aoun et Bassil du Hezbollah. Hariri voit dans sa relation avec Aoun une assurance qu’il restera Premier ministre après les élections. Cependant, la démission de Hariri en Arabie saoudite et ses conséquences ont fait avorter un rapprochement entre Aoun et les Forces libanaises (FL).
Cela est la résultante de l’image dont le parti des FL s’est paré suite à cette affaire : celle d’opposants à l’alliance entre Hariri et Aoun, et à leur manière d’exercer le pouvoir. La prochaine élection présidentielle, qui aura lieu dans cinq ans, sera fortement marquée par la relation entre les partis chrétiens, cherchant tous deux à s’emparer du rôle de principal représentant de leur communauté. C’est pourquoi une élection en particulier influencera la trajectoire du leadership maronite, et pourrait même être vue comme une primaire avant la présidentielle. Elle se déroulera dans le district nord de Bécharré-Zghorta-Koura-Batroun, où trois candidats à l’élection présidentielle joueront en partie leur avenir, même s’ils n’y sont pas tous candidats eux-mêmes : Bassil, le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, et celui des Marada, Sleiman Frangié. La performance de chacun d’eux (ou celle de leur représentant) déterminera leur légitimité à se poser comme successeurs de Aoun.


De son côté, l’alliance du 8 Mars s’est révélée être bien plus résiliente et capable de limiter sa fragmentation comparée au 14 Mars. Cela ne veut pas dire qu’aucun problème potentiel ne subsiste. Ce qui adviendra des principaux partis chiites, le Hezbollah et Amal, aura une influence déterminante sur la suite des événements. De nombreux indicateurs montrent que ces deux partis ont perdu une partie du lien avec leurs électeurs. Cela pourrait être la conséquence du rôle du Hezbollah dans le conflit syrien, qui a épuisé la communauté chiite. Il se pourrait également que les chiites, comme toutes les autres communautés libanaises, souffrent des échecs de leurs représentants politiques. Il est également possible que le nouveau système électoral ait ouvert la porte à l’entrée dans la vie politique des opposants aux deux partis majeurs de la communauté chiite. Dans les deux zones à majorité chiite, le Sud-Liban et le nord de la Békaa, des forces politiques alternatives, relativement bien organisées, ont émergé et s’opposent au Hezbollah et à Amal, bien que leur capacité à affecter le pouvoir de ces partis restera probablement limitée. À travers leurs relations avec leurs autres alliés, le Hezbollah et Amal ont aussi dû faire face à la volonté croissante de ces autres forces politiques de s’affirmer. Ainsi, le Hezbollah a affiché son irritation vis-à-vis de Bassil, le stratège du camp aouniste, lorsque ce dernier a tenté de dicter les termes pour la formation de listes communes avec ses proches alliés.



Acceptation implicite
Tout cela mène à une question que nombre de personnes se posent au Liban et à l’international : le Hezbollah sera-t-il toujours la force politique dominante à la suite de cette élection ? Il est plus que probable qu’il gardera un rôle majeur au niveau national, surtout grâce à la fragmentation du paysage politique, une situation que la loi sur la représentation proportionnelle ne fera qu’exacerber. En raison aussi de l’érosion de l’alliance du 14 Mars, la compétition est accrue au sein des autres camps : de nouvelles figures sunnites défient Saad Hariri, la rivalité fait rage chez les chrétiens pour la succession de Aoun, le leader druze Walid Joumblatt doit partager la scène avec d’autres compétiteurs dans sa communauté et le président du Parlement, Nabih Berry, âgé et faible, manque de marge de manœuvre vis-à-vis d’un Hezbollah de plus en plus hégémonique. Il semble donc que le parti restera puissant pour les années à venir. Il le sera d’autant plus que des sujets clivants tels que son arsenal et la controverse autour de sa participation aux conflits régionaux sont quasiment absents de la campagne électorale, indiquant une acceptation implicite et contrainte de sa position hégémonique dans le pays.


Si un point positif aurait dû émerger de ces élections, c’était celui des promesses portées par la société civile. Suite au rôle prééminent qu’ont pris les organisations s’en réclamant dans la crise des déchets de 2015 et les élections municipales de 2016, l’optimisme semblait de mise. Cependant, rien ne s’est passé. Tombant dans les pièges classiques de la vie politique libanaise, les groupes de la société civile ont finalement perdu des figures fortes au profit des partis traditionnels, et certains ont même parfois choisi de s’allier avec des membres de cette classe politique même à laquelle ils disaient vouloir s’opposer. La majorité silencieuse des Libanais en restera probablement amère. Leur apathie s’en retrouvera également renforcée, ainsi que le sentiment d’éloignement vis-à-vis d’une classe politique qui, à travers sa capacité à coopter, corrompre et éviter les débats essentiels, aura encore une fois démontré son remarquable instinct de survie.

Ce texte est une reprise, en accord avec l’auteur, d’une note publiée sur le site internet de l’Institut Montaigne.

Joseph Bahout est chercheur invité au Carnegie Endowment (Washington DC).


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AUX BRUITS DES TAMBOURS ET AUX AIRS DES CORNEMUSES LES LIBANAIS VONT COURONNER DE NOUVEAU LEURS 128 ALIBABIENNES MUSES !

Honneur et Patrie

Le candidat chiite dans la liste du Moustaqbal et des FL de Baalbeck-Hermel, Mohammad Selman Hamiyé, vient de retirer sa candidature afin de ne pas exposer sa famille à Taraya à des problèmes...
Ayant eu des relations amicales avec des membres de la famille Hamiyé qui m'invitaient à la chasse des alouettes migratrices à Taraya dans les années 50-60, je ne peux pas comprendre d'où pourraient venir ces "problèmes" en 2018 ?

Bery tus

Car cela suppose que tous devront être regis sous une même base la base de la société civile ... or que nous savons tous que tous n’ont pas ces bases la !! Alors de ce fait svp arrêtez d’etre Des moutons et croire au pere noel

Bery tus

Même si le quart de la liste de la société civile serait élu que pourront ils faire au parlement ces agneaux .... RIEN ABSOLUMENT RIEN MÊME PAS LES P’US PETITES REFORME !!!

Marionet

Une analyse passionnante du nouveau mode de scrutin et des forces en présence, qui explique très bien la complexité des alliances qui se sont nouées et des enjeux...mais tout n'est pas joué et les représentants de la société civile n'ont pas dit leur dernier mot. Place aux urnes!

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