L’édito de Ziyad MAKHOUL

Donald von Karajan

L’édito
30/04/2018

Comment un buvard aspire-t-il l’encre ? Comment une éponge s’imbibe-t-elle d’eau ? Comment le morceau de sucre devient-il tout noir, ou tout caramel, lorsqu’on le plonge dans le café, ou dans le cognac ? Ce phénomène est fascinant et tout simple : c’est la capillarité – la contamination par capillarité. Le buvard a été contaminé par l’encre, l’éponge par l’eau, le sucre par la boisson.

Il y a presque un an et demi, Donald Trump a été parachuté à la Maison-Blanche. Depuis, mine de rien, la contagion progresse, lentement, précisément, par petites touches. La façon de faire ou de défaire les relations internationales, les équilibres du monde, ou la diplomatie, de quelque nature qu’elle soit, est contaminée. C’est un glissement progressif, une transgression, peut-être, une mutation, sûrement. C’est la trumpisation. Dans le fond et dans la forme.

Cela ne veut pas dire, loin de là, que les leaders de la planète sont convaincus par le personnage, encore moins par ses méthodes ou son être-au-monde. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent adhérer à ses stratégies, ses tactiques, ses choix – loin de là, encore. Ou qu’ils l’imitent. Mais M. Trump est le président des États-Unis, c’est-à-dire, jusqu’à nouvel ordre, l’homme le plus puissant du monde, celui dont les décisions impactent le plus la marche et les trébuchements de ce monde. M. Trump n’a ni la capacité ni la volonté de changer, de se mettre aux normes, de faire de la politique comme ses prédécesseurs, comme la quasi-totalité des chefs d’État ou de gouvernement occidentaux la font. M. Trump, surtout, entend ne faire qu’à sa tête. 

Et il le fait – qu’il s’agisse de géopolitique, d’économie, de culture(s), de société… Si l’on s’arrête aux quatre dossiers politiques majeurs qui secouent le galop de ce début de siècle (la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et le patient zéro, le conflit israélo-palestinien), le spectacle est complet. Il y a de l’irrationnel ; de la grandiloquence ; de l’hystérie ; des coups de poker, menteurs ou pas ; de la 

téléréalité twitterisée à l’extrême; de la contraction exhibitionniste de biceps ; un infini complexe de supériorité-infériorité, et beaucoup, beaucoup de flou(s). Donald Trump pense battre Barack Obama à son propre jeu (qu’est-ce que La Havane comparée à Pyongyang…). Donald Trump défie la communauté internationale, en général, et ses partenaires occidentaux, en particulier, avec ses menaces tonitruantes de déchirer l’accord nucléaire avec l’Iran (c’est Œdipe-roi à l’envers, avec son obsession Obama). Donald Trump entretient un suspense pauvrement hitchcockien sur ses ambitions en Syrie, privilégiant jusque-là la douche écossaise diablement pas efficace (Barack Obama sourit doucement…). Et Donald Trump entend aller, en personne, en Terre trois fois sainte, concrétiser la décision la plus absurde, la plus hallucinée et la plus stupide qu’il ait pu prendre en dix-huit mois d’exercice : transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Là, Barack Obama ne rit plus : le syndrome Doctor Strange(love) est impressionnant, et si Stanley Kubrick avait été encore en vie, il se serait régalé.

En attendant, tous sont obligés, bon gré mal gré, de suivre la cadence du chef d’orchestre; de réagir – pas d’agir, avec, parfois, quelques saynètes ahurissantes. La capillarité ne rigole pas… Emmanuel Macron s’amuse comme un petit fou, en plein bal masqué (il est le seul qui peut se faire peut-être pas entendre, mais écouter…), les Avengers à lui seul, mais s’empêtrant à plusieurs reprises, comme tout récemment avec Washington et Ankara après les frappes en Syrie, dans le tapis de bal. Angela Merkel et Teresa May se retrouvent forcées à jouer les maîtresses d’école, ou les mères (gentiment) fouettardes, pleinement conscientes pourtant (l’une s’est rendue à Washington et l’autre le recevra à Londres) de leur infinie petite marge de manœuvre. Vladimir Poutine se fait plaisir dans ce qu’il affectionne le plus : jouer aux matamores ou à Ivan le Terrible. Xi Jinping fait semblant de regarder ailleurs. Ali Khamenei ne sait plus quoi inventer et où envoyer Qassem Souleïmani. Benjamin Netanyahu multiplie les surenchères par kilotonnes. Recep Tayyip Erdogan et Mohammad ben Salmane gigotent dans tous les sens, et les deux présidents coréens, pas plus tard que vendredi, ont plongé tête la première dans une téléréalité abracadabrantesque, comme cela a rarement été vu dans l’histoire contemporaine.

C’est le chapiteau. Partout. Et partout, les gens découvrent, yeux grands ouverts. Partout, sauf au Liban, naturellement. Ici, depuis des générations, il se trouve des Donald et des Mickey à la pelle, tous passés maîtres dans l’art du très grand n’importe quoi. Ici, cet art se décline à l’infini, que ce soit à Baabda, à Aïn el-Tiné, au Sérail, au palais Bustros, bien sûr, et jusque dans le plus petit caïmacamat. Ici, la contamination par capillarité a provoqué un génocide, dynamitant fondamentalement, à l’exception d’une minuscule poignée de survivants miraculés, le concept – et la réalité – d’homme d’État.

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stambouli robert

LE BILAN DE M TRUMP EST TRES LOIN D'ETRE AUSSI DESASTREUX QUE VOUS LE DITES
1) IL A BAISSE LES IMPOTS AUX USA ET C'EST LE POINT LE PLUS IMPORTANT POUR LES AMERICAINS
2) EN METTANT L'AMBASSADE DES USA A JERUSALEM IL A AUSSI DIT ( MAIS TRES PEU DE GENS VEULENT L'ENTENDRE ) " AVEC UNE REDEFINITION DES FRONTIERES DE JERUSALEM PAR ACCORD ENTRE ISARELIENS ET PLO ) DONC TOUTE LA VILLE N'EST PAS RECONNU AUX ISRAELIENS. LE CONSULAT DEVIENT L'AMBASSADE DONC MEME PAS UN NOUVEL IMMEUBLE DANS UNE PARTIE DISPUTEE DE LA VILLE
3) IL VA PROBABLEMENT REUSSIR A FAIRFE LA PAIX ENTRE LES DEUX KOREE PAR SON ATTITUDE VISA VIS DE KIM ET AVOIR UN PRIX NOBEL DE LA PAIX BIEN PLUS VALABLE QUE CELUI DE OBAMMA QUI L A EU TRES RAPIDEMENT SANS AVOIR RIEN FAIT QUI LE MERITE
je peux continuer a l'infini comme cela , Daech presque elimine , les sunnites moderes en vogue a nouveau , reflection sur l'accord Iranien qui leur permettra dans quelques annees d avoir legalement une bombe atomique et j'en passe
TOUT N'EST PAS AUSSI MAUVAIS QUE VOUS LE DECRIVEZ MEME SI SON ATTITUDE N'EST PAS IDENTIQUE A CE QUE NOUS AVONS APPRIS A ATTENDRE DE LA PART D'UN CHEF D'ETAT
SEUL LE RESULTAT COMPTE SURTOUT EN DEMOCRATIE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE DIRAIS PLUTOT -DONALD VON TARAZAN- ET SON ESCORTE DE CHIMPS... AVEC LEURS TAS DE SINGERIES !

Saliba Nouhad

C’est vrai que le Donald Trump est franchement un mégalomane, narcissique, à la limite d’une personnalité psychotique, imprévisible, populiste qui sait aiguiser les sentiments de toutes sortes de fanatismes d’extrême-droite, de racistes, de fondamentalistes chrétiens et qui fait peur...
Mais il faut avouer aussi que la majorité des gouvernements occidentaux avaient montré les limites de leurs gestions démocratiques et économiques de leurs sociétés!
Cette globalisation aveugle a créé d’énormes disparités sociales, les fameux 1% qui s’enrichissaient de manière scandaleuse, au détriment de classes moyennes, sans compter le terrorisme, l’afflux des réfugiés etc...
Peut-être que le phénomène Trump est un mal nécessaire pour secouer la torpeur de ce statu quo qui menait le monde à une catastrophe...
C’est un peu l’histoire de « où ça passe où ça casse » qui pourrait finir en catastrophe globale ou possible un rééquilibrage plus normal de la politique mondiale.
On ne peut faire une omelette sans casser des œufs!

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