Dans la Ghouta orientale, les évacuations de rebelles et de civils se poursuivaient hier, notamment dans la poche sud de l’enclave, où plus de 2 600 personnes – dont 620 combattants – ont pris place à bord d’une quarantaine de bus en partance pour la province d’Idleb. Omar Haj Kadour/AFP
La Russie, dont l’engagement militaire au côté de Damas a sauvé le régime de Bachar el-Assad, joue aujourd’hui un rôle central dans la négociation d’accords d’évacuation avec les rebelles dans la Ghouta orientale, aux portes de la capitale syrienne.
Cinq semaines après le lancement d’une offensive meurtrière marquée par des bombardements intenses – dont certains menés par la Russie auraient provoqué la mort de dizaines de civils, ce que dément Moscou –, deux des trois groupes actifs dans l’enclave rebelle ont déjà signé des accords avec la Russie. Ils ont discuté directement avec le Centre russe pour la réconciliation des belligérants, dépendant du ministère russe de la Défense, même s’ils n’ont eu apparemment aucune marge de négociation. « Tout ce qu’ils ont obtenu, c’est de pouvoir partir sans être tués », souligne Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran, basé en Turquie, qui évoque un « ultimatum ».
La Russie se porte également garante des accords : des soldats de sa police militaire inscrivent les noms des personnes évacuées, supervisent la fouille des passagers effectuée par les militaires syriens et escortent les convois vers leur destination finale. Si la plupart se font comprendre dans un mélange d’arabe, de russe et d’anglais, certains maîtrisent l’arabe et échangent aisément avec les passagers des bus ou encore les journalistes auxquels ils lancent : « Vous êtes priés de vous éloigner. » À Alep, en 2016, et à Homs, en 2017, les soldats russes avaient déjà été impliqués dans la mise en œuvre d’accords d’évacuation, mais leur rôle était moins affiché. Dans la Ghouta, le portrait de Vladimir Poutine s’affiche au côté de celui de Bachar el-Assad sur les murs du « corridor humanitaire » d’al-
Wafidine, ouvert pour permettre aux civils des zones frappées par les bombardements de gagner les territoires contrôlés par le régime. Là aussi, des membres de la police militaire russe ont été déployés.
La carotte et le bâton russes
« Durant la bataille de la Ghouta, la Russie a joué deux rôles essentiels : celui de l’assaillant, au début de la campagne, quand elle a œuvré pour accélérer l’avancée des troupes gouvernementales, puis celui de négociateur et de garant, pour obtenir une victoire qui protège Moscou de la pression internationale et épargne les forces du régime », explique Nawar Oliver.
Le dernier groupe rebelle actif dans la Ghouta, Jaïch al-Islam, ne souhaite pas, lui, quitter la région comme les autres insurgés. Il tient notamment l’importante ville de Douma, où vivent des dizaines de milliers de civils. « Les négociations en cours sont destinées à assurer notre maintien et non notre sortie », insiste le porte-parole du mouvement, Hamza Bayrakdar. Le groupe, qui négocie avec les Russes, souhaiterait rester à Douma et dans sa région en échange de son désarmement. S’il refuse que l’armée syrienne investisse les lieux, il est cependant prêt à accepter un déploiement de la police militaire russe, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Toutefois, le quotidien syrien al-Watan, citant hier une source militaire, a assuré que « toutes les forces engagées dans la Ghouta orientale se dirigent vers Douma en prévision d’une vaste opération militaire, si les terroristes de Jaïch al-Islam n’acceptent pas de céder la ville et de partir ». Selon des sources de l’opposition, Moscou réclame désormais le départ des rebelles. « Les Russes ne veulent pas à Douma un accord qui soit différent des autres secteurs de la Ghouta », a précisé l’une d’entre elles. Lors d’une réunion qui s’est tenue lundi, les Russes ont donné aux rebelles « un délai de 48 heures pour déposer les armes et partir », brandissant la menace d’un assaut militaire, selon une des sources, alors que les combats ont cessé depuis plusieurs jours. Une nouvelle réunion est prévue aujourd’hui entre les négociateurs, selon Hamza Bayrakdar, qui a dénoncé la « guerre psychologique menée par le régime et ses alliés ».
Trump et la Turquie
Ailleurs dans l’enclave, les évacuations de rebelles et de civils se poursuivaient hier, notamment dans la poche sud de la Ghouta, où plus de 2 600 personnes – dont 620 combattants – ont pris place à bord d’une quarantaine de bus. Au total, plus de 17 000 personnes ont quitté la Ghouta, prenant la direction de la province d’Idleb (nord-ouest de la Syrie) qui échappe presque entièrement au régime.
Sur le plan diplomatique, le président américain Donald Trump veut « intensifier la coopération avec la Turquie » au sujet du conflit en Syrie, où l’armée turque mène une offensive militaire contre des milices kurdes alliées de Washington, a rapporté la Maison-Blanche, précisant que M. Trump a fait part de son intention à son homologue français, Emmanuel Macron, lors d’une conversation téléphonique hier.
Source : AFP


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23 h 58, le 28 mars 2018