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Moyen Orient et Monde - Yémen

Entre Riyad et Téhéran, la guerre reste verbale

L’Arabie saoudite et ses alliés ont affirmé « se réserver le droit de riposter » contre l’Iran qu’ils accusent de fournir un soutien armé aux rebelles houthis.

Photo distribuée par l’organe de presse militaire houthi montrant le lancement d’un missile balistique dimanche soir. Houthi Military Media Unit/Handout via Reuters

L’Arabie saoudite et l’Iran continuent d’alimenter les tensions qui ne cessent de grandir entre eux alors que la rivalité entre les deux puissances de la région est sous le feu des projecteurs sur le terrain yéménite. Suite à un tir de missiles des houthis en direction de l’Arabie saoudite qui a fait un mort et deux blessés dans la nuit de dimanche à lundi, le royaume wahhabite a réitéré ses accusations contre l’Iran, son ennemi juré. Riyad et ses alliés reprochent à la République islamique de fournir un soutien armé aux houthis ainsi que d’avoir envoyé des hommes au Yémen, vus comme un moyen supplémentaire pour Téhéran d’étendre son emprise sur la région.

Le ton de l’Arabie saoudite et ses alliés s’est fait un peu plus menaçant lundi par le biais du porte-parole de la coalition que dirige Riyad au Yémen, le colonel saoudien Turki al-Malki. La coalition « se réserve le droit de riposter contre l’Iran en temps et lieu », a-t-il déclaré. À cet égard, elle « prendra toutes les mesures pour assurer sa sécurité », a-t-il affirmé. Selon le porte-parole, ces tirs constituent « une sérieuse escalade », accusant l’Iran de transférer des armes aux houthis par le port de Hodeidah et l’aéroport de Sanaa sous le contrôle des rebelles.

Ce n’est pourtant pas la première fois que les rebelles tirent en direction du territoire saoudien. Des missiles balistiques ont notamment été interceptés par Riyad en novembre et décembre derniers. Certains avaient même directement visé le palais d’al-Yamamah, résidence officielle du roi saoudien et siège de la cour royale. Le tir le plus récent marque cependant un épisode sans précédent alors qu’une salve de sept missiles a été envoyée simultanément. Trois d’entre eux ont visé la capitale et quatre autres ont ciblé la ville de Khamis Mecheit où est stationné un corps de troupes saoudien au sud-ouest, à la frontière avec le Yémen. Le timing n’est pas anodin non plus : le jour du lancement des missiles marquait le troisième anniversaire de l’engagement de Riyad au Yémen.

Le royaume wahhabite se trouve dans une situation particulièrement délicate face aux attaques récurrentes des houthis tandis qu’il n’arrive pas à sortir du conflit. Si les soupçons du soutien iranien aux rebelles se confirment de plus en plus, Riyad dispose de peu de marge de manœuvre pour y remédier. Dans ce contexte, « les menaces saoudiennes à l’égard de Téhéran ne sont que du vent », estime Andreas Krieg, cofondateur du Centre de sécurité et de stratégie du Proche-Orient (NECSS) et maître assistant au King’s College de Londres, contacté par L’Orient-Le Jour. « Ce n’est pas la première fois que Riyad menace l’Iran et peu d’actions s’en sont suivies », poursuit-il.


(Lire aussi : Entre l'Arabie saoudite et l'Iran, des décennies de relations conflictuelles)


« Guerre indirecte »
Téhéran s’est empressé de répondre hier aux propos du porte-parole de la coalition. « L’objectif de telles affirmations de la part de l’Arabie saoudite est de détourner l’opinion publique des atrocités (qu’ils) commettent au Yémen », a fustigé Yadollah Javani, l’un des responsables des gardiens de la révolution, selon l’agence de presse iranienne Tasnim. Le royaume wahhabite est, entre autres, accusé par de nombreuses organisations internationales de perpétrer des « crimes de guerre » au Yémen. « La réalité est que la nation yéménite est en train de résister à l’agression saoudienne et elle a réussi à construire des outils de défense en comptant sur ses propres capacités, se dotant notamment de missiles, une chose que l’Arabie saoudite n’aurait jamais pu imaginer », a insisté M. Javani.

Selon M. Krieg, Riyad « ne dispose pas des moyens militaires suffisants » pour contrer Téhéran qui mène « une guerre indirecte » au Yémen et qui dispose d’une solide expérience militaire, contrairement au royaume wahhabite. « Il s’agit donc surtout d’une guerre des mots », observe-t-il.

Une dialectique qui pourrait être en partie facilitée par la tournée du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane au Royaume-Uni et aux États-Unis au début du mois lors de laquelle le conflit au Yémen a été évoqué avec les dirigeants occidentaux. Ces derniers ont par ailleurs signé de nouveaux contrats d’armement avec Riyad. MBS « tente ainsi de paraître confiant et de réaffirmer son leadership » dans la région, note M. Krieg.

Mais si les menaces saoudiennes ne semblent pas alarmer Téhéran, de possibles actions politiques et économiques des alliés occidentaux de Riyad, sans oublier Israël, pour ébranler la République islamique sur la scène interne inquiètent les observateurs. Les condamnations européennes à l’égard de la République islamique se sont multipliées dernièrement.

Londres a estimé lundi que « si l’Iran est sincèrement décidé à soutenir une solution politique au Yémen comme il l’affiche publiquement, il devrait cessez d’envoyer des armes qui prolongent le conflit ». Et suite à la sortie d’un rapport de l’ONU fin février, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont « appelé l’Iran à arrêter immédiatement toutes ses activités contraires ou qui violeraient » l’embargo sur les armes au Yémen et imposé par l’ONU en 2015.



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commentaires (2)

ELLE RESTERA VERBALE TANT QUE LA DECISION ET L,ACTION NE VIENNENT PAS D,OUTRE-MER !

LA LIBRE EXPRESSION

11 h 25, le 28 mars 2018

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Commentaires (2)

  • ELLE RESTERA VERBALE TANT QUE LA DECISION ET L,ACTION NE VIENNENT PAS D,OUTRE-MER !

    LA LIBRE EXPRESSION

    11 h 25, le 28 mars 2018

  • Verbale d'un seul côté. De l'autre on les attend de pied ferme eux et leurs maîtres occidentaux sous influence NÉFASTE .

    FRIK-A-FRAK

    01 h 34, le 28 mars 2018

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