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Culture

La vie se joue-t-elle toujours à pile ou face ?

Scène

Comédie populaire et satirique, « Torra Nakché », sur les planches du Tournesol, se fait le miroir d’une partie de la société libanaise.

24/03/2018

De retour de Los Angeles où il représentait le Liban aux oscars avec le reste de l’équipe du film L’Insulte de Ziad Doueiri, Camille Salameh n’a pas dormi sur ses lauriers. Il a tout de suite replongé dans son aire de jeu préférée : le théâtre.

Torra Nakché, qui veut dire pile ou face, n’est cependant pas une comédie nouvelle. Écrite il y a une trentaine d’années et jouée à deux reprises dans les années 80, la pièce, dont le texte et la mise en scène sont signés Camille Salameh, est d’actualité, mais en même temps légèrement désuète. Ce qui, d’ailleurs, est regrettable : cela veut dire que la société n’a pas beaucoup évolué. Il semble donc que sous le comique, il y ait une critique incisive des habitudes et des mentalités libanaises qui stagnent.

S’appuyant sur une troupe dynamique et talentueuse, Camille Salameh divise la pièce en deux parties. Côté pile : si la femme au sein d’un couple accouchait d’une fille, comment les parents, les amis et les voisins réagiraient-ils et que serait alors le sort de l’enfant ? Tandis que dans la seconde partie, c’est le côté face, c’est-à-dire si la maman venait à accoucher d’un garçon : comment serait l’ambiance de la maison ? Quelle serait la réaction de l’entourage et que lui prédiraient les Parques comme avenir ?
Il est certain que dans une société encore machiste, comme la société libanaise, l’avenir de la fille est bel est bien dessiné : ce sera le mariage, aboutissement naturel d’une vie de femme ; alors que pour le garçon, on envisage de grandes opportunités : une carrière dans la médecine, l’ingénierie ou le barreau.

C’est sur fond de comptines et de chorégraphie pleine d’énergie que les tableaux se succèdent, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Le spectateur rigole bien dans cette comédie populaire au texte rythmé ficelé. Sauf que… on relève deux petits bémols qui n’enlèvent pourtant rien à la qualité de la narration de Salameh, et surtout pas au talent des comédiens. Le prélude de la pièce semble superflu et non nécessaire. Coupant le rythme, il n’amène aucun élément nouveau, bien au contraire. Avec cette introduction collée d’une manière artificielle, on se croirait face à un travail académique et scolaire. En second lieu, s’il est certain que dans beaucoup de familles, la torra nakché s’applique encore et les habitudes n’ont pas changé depuis trois décennies – et Camille Salameh a bien fait de relever ce handicap sociétal qui continue à scléroser certaines familles –, n’est-ce pas un peu trop restrictif d’en avoir fait une règle générale, ne laissant pas une petite brèche, une possibilité d’exception... comme un espoir de renouveau, trente ans après ?

« Torra Nakché » se joue encore au théâtre Tournesol tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches jusqu’à la fin du mois de mars, à 20h30.


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