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Culture - PHOTOGRAPHIE

À la recherche de Lénine...

« Où est Lénine ? » Alors que 5 500 effigies en métal du leader soviétique parsemaient l’Ukraine au moment de son indépendance, plus aucune n’est debout aujourd’hui. Partant de ce constat, le photojournaliste Niels Ackermann et son comparse Sébastien Gobert débutent un périple à la recherche de ces statues disparues, symboles d’une mémoire contrastée.

Obtenir un rendu esthétique qui permet de comprendre le contexte. Photo Niels Ackermann

Le 22 mars 2018, dans le cadre des Swiss Art Talks au musée Sursock, Niels Ackermann présentera son travail Looking for Lenin au public libanais. En parallèle, la galerie Artlab expose jusqu’au 24 mars une sélection de ses photographies. Celles d’une « décommunisation » ukrainienne nuancée. Interview avec ce témoin d’une Ukraine en pleine évolution.

Parlez-nous un peu de la genèse de ce projet collaboratif.
Ce reportage est né durant les tout premiers jours de la révolution de Maidan, fin 2013. Le 8 décembre de la même année, la statue de Lénine au centre de Kiev est déboulonnée. J’ai été extrêmement marqué par l’énergie de ces manifestants qui, malgré leurs efforts, n’arrivaient pas à la détruire, parvenant seulement à en briser quelques morceaux. Le lendemain, la sculpture avait pourtant disparu. Avec Sébastien Gobert, nous avons ressenti l’irrépressible besoin de comprendre où elle était passée. Puis, de fil en aiguille, nous sommes passés de (statue de) Lénine en (statue de) Lénine, accumulant témoignages et photographies. L’aspect visuel nous dit une chose, mais le plus intéressant est d’identifier et de comprendre le contexte, d’où la participation essentielle de Sébastien avec ses textes. Chaque témoignage apporte quelque chose de nouveau et de contradictoire.

Lénine est-il mort dans l’esprit des Ukrainiens ?
Il était mort depuis un bon moment selon moi. Les témoignages relatent surtout les effets secondaires de sa présence, des souvenirs de la vie à l’époque, mais très peu sa personne et son impact finalement. Ces dernières années, ces statues sont symboliquement devenues des représentations de Poutine. En les détruisant, les Ukrainiens n’attaquaient pas spécifiquement Lénine. Ils s’en prenaient à la politique impériale de la Russie actuelle.

Comment avez-vous procédé pour retrouver et redécouvrir tous ces « Lénine » cachés et éparpillés ?
Nous nous sommes rendu compte que personne ne s’était intéressé au sort de ces statues, malgré leur valeur financière et culturelle. Personne ne comprenait vraiment ce que l’on cherchait. Nous avons donc dû surmonter la bureaucratie ukrainienne, fonctionnant ironiquement de façon assez soviétique. Chaque photo demandait une semaine de travail environ, le bouche à oreille rendant la quête d’informations de plus en plus aisée avec le temps.

Cela fait plusieurs années que vous travaillez en Ukraine ; pourquoi ce pays vous attire-t-il tant ?
Lors d’un voyage entre amis en 2013, je suis tombé amoureux de ce pays. Je suis fasciné par son architecture austère, sa typographie très lourde et massive… L’Ukraine contemporaine a cependant beaucoup plus à offrir que son passé soviétique. La faible couverture médiatique accordée au pays m’a donné l’opportunité de découvrir et raconter des histoires nouvelles, en suivant de manière durable et de l’intérieur ces changements. Je n’aime pas la lecture négative du monde qu’ont tendance à avoir les médias, je préfère raconter ce qui va de l’avant.

Vous considérez-vous avant tout comme photographe ou journaliste ?
Je dirais journaliste. Il est vrai que dans ce travail, les images peuvent avoir une apparence très artistique, mais cela reste du journalisme. Sur place, pas de mise en scène. On ne touchait rien, on ne déplaçait rien. Des chaussures traînant nonchalamment à côté d’un buste sont ainsi une information en soi. Pas de retouche photo non plus. C’est la vulnérabilité de cette approche qui fait la beauté de ce projet. C’est à moi, photographe, de trouver l’angle, le moyen d’obtenir un rendu esthétique et qui permet de comprendre le contexte. Les textes de Sébastien Gobert accompagnant les photos sont également neutres et factuels dans leur approche. C’est au public de tirer ses propres conclusions.

« Niels Ackermann : Looking for Lenin », musée Sursock, le 22 mars à 19h.
Le 22 mars 2018, dans le cadre des Swiss Art Talks au musée Sursock, Niels Ackermann présentera son travail Looking for Lenin au public libanais. En parallèle, la galerie Artlab expose jusqu’au 24 mars une sélection de ses photographies. Celles d’une « décommunisation » ukrainienne nuancée. Interview avec ce témoin d’une Ukraine en pleine évolution. Parlez-nous un peu de...
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