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Diaspora

Les Libanais « insubmersibles » de Côte d’Ivoire, un bel exemple d’intégration

Afrique

Une présence aussi discrète qu’incontournable caractérise cette communauté forte de plus de 80 000 individus.

Naji FARAH | OLJ
20/03/2018

Les Libanais de Côte d’Ivoire s’en tirent plutôt bien. Preuve en est l’article paru en juillet dernier dans la revue Jeune Afrique, qui titre Côte d’Ivoire : insubmersibles Libanais. « En un siècle, malgré les crises, ils ont bâti un empire, lit-on dans le texte. Les Libanais possèdent les plus grosses entreprises ivoiriennes et pèseraient 8 % du PIB national. Enquête sur cette communauté aussi discrète qu’omniprésente, nourrissant tous les fantasmes. » Et de poursuivre : « Dans les repas d’affaires, dans la rue, la présence de ces lointains descendants des Phéniciens alimente les conversations. Mais, au plus haut sommet de l’État, personne ne parle jamais ouvertement d’eux. En Côte d’Ivoire, les Libanais sont à la fois l’objet d’un tabou et d’une attention permanente. Tout autant révérés, appréciés, que craints et voués aux gémonies à la moindre occasion. » 

Le journal souligne que « plus de 80 000 individus, dont 90 % résidant à Abidjan et la plupart possédant la nationalité ivoirienne, forment cette diaspora libanaise – la plus importante d’Afrique francophone – qui fonctionne en circuit fermé dans les affaires, qui élit chaque année sa Miss, qui évite généralement les mariages mixtes et qui ne se soigne que dans ses propres cliniques ». 

« Ils sont absolument incontournables dans les secteurs de la grande distribution, de la distribution automobile, de l’ameublement et de l’équipement, de l’outillage et des matériaux de construction, de l’agroalimentaire, du commerce du cacao et du bois, mais aussi dans la petite et moyenne industrie », poursuit le texte. 


63e ethnie de Côte d’Ivoire 

Au hasard des rencontres avec des membres de la communauté libano-ivoirienne, plusieurs réalités apparaissent, confortant l’image des émigrés libanais téméraires et possédant une faculté d’adaptation spectaculaire. Déjà à l’époque coloniale française, ils servaient d’intermédiaires dans le commerce en s’aventurant dans la brousse et se mêlant aux populations, apprenant les langues locales. Lorsqu’en 2004, le gouvernement français avait appelé ses ressortissants à quitter le pays, de nombreux entrepreneurs libanais, faisant fi des risques, ont augmenté leurs investissements. Ceci avait amené le président Gbagbo, conforté par ces nouveaux alliés, à déclarer qu’ils formaient la « 63e ethnie de la Côte d’Ivoire ».

Rappelons qu’au cours du voyage du président Michel Sleiman en 2013 en Côte d’Ivoire, le premier effectué par un président libanais en Afrique depuis l’indépendance du Liban, en 1943, un grand rassemblement de la communauté avait alors été organisé, et le président Sleiman, reçu par son homologue ivoirien Alassane Ouattara, avait fait la une de tous les médias. 


Près de 300 sociétés qui emploient 300 000 personnes 

Parmi les Libano-Ivoiriens de renom, citons Joseph Khoury, chirurgien et président de la Chambre de commerce et d’industrie libanaise en Côte d’Ivoire (CCILCI). Très actif dans l’univers médical ivoirien, il a notamment fondé la polyclinique Avicenne-RCI et a occupé les fonctions de PDG du groupe médical du plateau. La CCILCI, créée en 2010 par les hommes d’affaires libanais, fédère 273 sociétés qui emploient 300 000 salariés et réalisent 1 600 milliards de F CFA de chiffres d’affaires. Son travail a permis de doubler les investissements des Libanais du Liban en Côte d’Ivoire. À ce titre, Joseph Khoury a participé activement à la préparation du congrès de la LDE, estimant ce rendez-vous « capital pour les opérateurs économiques qui viennent du Liban ».

Autre figure libano-ivoirienne, Mohammad Lakiss, médecin généraliste, adjoint au maire et conseiller municipal dans sa commune de Marcory à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il a aujourd’hui pour projet d’organiser des rencontres entre les Libanais d’Afrique de l’Ouest, en particulier à travers des tournois de pétanque dans la région. L’année dernière, Mohammad Lakiss a reçu de l’Union nationale des manageurs culturels de Côte d’Ivoire un trophée pour son implication dans le sport, comme sportif et médecin sportif accompagnant la délégation nationale ivoirienne. 




Reda Fawaz, « styliste d’événements »

Dans l’univers de la mode et de l’événementiel en Côte d’Ivoire, Reda Fawaz, natif de ce pays et descendant d’immigrés libanais, porte haut le nom du Liban. Il a connu dans les années 1980 son pays d’origine, où il a été formé à la danse professionnelle. Il a ensuite lancé sa propre troupe dédiée à l’animation d’événements en tout genre. Après des allers-retours entre Beyrouth et Abidjan, et une expérience professionnelle avec les grands noms de l’événementiel beyrouthin, il entre dans le monde de la décoration et notamment de la décoration florale et la création d’ambiances. Il crée en 2007 à Abidjan la marque Reda Fawaz. 

Reda Fawaz a à son actif plus de 100 mariages et une dizaine d’événements de mode, parmi les plus huppés de la capitale. Il est devenu une référence incontournable en Côte d’Ivoire dans « le stylisme d’événements chics et glamour », comme aime à le souligner la presse de mode. 

Marié et père de trois enfants, cet artiste libano-ivoirien est très attaché aux valeurs familiales. Il précise : « Dieu ne m’a donné que des garçons, donc à chaque fois que je fais une robe de mariée, que j’organise un mariage, j’ai l’impression de donner ma fille en mariage. » Reda Fawaz souligne qu’« il y a de plus en plus de jeunes créateurs de 20 à 22 ans qui ont la capacité d’évoluer dans la mode », estimant qu’il « est bon pour la Côte d’Ivoire d’avoir une relève ». « Nous avons la responsabilité d’être des modèles pour ces jeunes, de les aider et de les guider », affirme-t-il.


Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com


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