X

Moyen Orient et Monde

L’agent Novitchok, spécialité toxique russe et arme inédite

Espionnage
OLJ
14/03/2018

L’agent innervant Novitchok, utilisé pour empoisonner un ex-espion russe en Grande-Bretagne, est une spécialité russe de produits toxiques mal connue ailleurs, particulièrement dangereuse et inédite dans son utilisation.
Sergueï Skripal et sa fille ont été retrouvés, le 4 mars, dans un état critique sur un banc à
Salisbury (sud de l’Angleterre), où M. Skripal vivait depuis un échange d’espions entre Moscou, Londres et Washington. Lundi, la Première ministre britannique Theresa May a répondu à une question qui suscitait de nombreuses spéculations : avec quelle substance cet ancien agent double a-t-il été attaqué ? Réponse : un agent innervant du groupe Novitchok (nouveau venu ou petit nouveau, en russe). Sa conception par des scientifiques soviétiques remonte aux années 1970-1980, les dernières décennies de la guerre froide entre les blocs Est et Ouest. Les experts occidentaux en savent peu sur ces armes chimiques redoutables, notamment sur les antidotes.
« Il y a très peu de renseignements sur la chimie qui est derrière », explique la chimiste et criminologiste Michelle Carlin, de l’université Northumbria. À sa connaissance, cette arme est inédite. Et, d’après ce qu’en ont dit ceux qui étaient dans le secret, « la gravité de ses effets était plus grande que les agents innervants connus jusque-là », ajoute-t-elle. Les agents innervants sont des contaminants qui s’attaquent au système nerveux, en particulier à des enzymes qui assurent la communication avec les muscles. Jusque-là, les scientifiques se demandaient quel agent innervant avait servi, si ce n’était pas d’autres plus répandus comme le sarin ou le VX.

Un crime qui fera date
Sergueï Skripal et sa fille Ioulia, toujours hospitalisés, ont visiblement été victimes d’un crime qui fera date dans l’histoire. Selon plusieurs médias russes, ces agents Novitchok ont été conçus par les scientifiques soviétiques de l’Institut public de chimie organique et de technologie GNIIOKhT, créé à Moscou en 1924 et classé entreprise stratégique par décret présidentiel en 2004. Cet institut s’est spécialisé récemment dans la destruction des stocks d’armes chimiques russes.
Il n’y a pas d’autre origine connue pour ces agents, ce qui a poussé Mme May, lundi, à estimer « très probable » l’implication du gouvernement russe. Les États-Unis ont soutenu Londres, le secrétaire d’État Rex Tillerson, renvoyé de son poste depuis, affirmant faire « toute confiance à l’enquête britannique selon laquelle la Russie est probablement responsable de l’attaque ». L’hypothèse a été accréditée dans la presse britannique par l’un des pères des agents Novitchok, Vil Mirzaïanov (83 ans). « Seule la Russie a pu faire ça (...). C’était une démonstration délibérée de Vladimir Poutine de son pouvoir contre ses ennemis », a déclaré au Telegraph ce chimiste exilé à Princeton (États-Unis). Ses propos sur les effets physiologiques ont de quoi glacer. « C’est une vraie torture, c’est impossible à imaginer. Même à de faibles doses, la douleur peut durer des semaines », a-t-il dit au Daily Mail.
La Russie est censée avoir détruit tous ses stocks d’armes chimiques déclarés. Mais, dès leur conception, les agents Novitchok ont eu pour avantage, ou pour inconvénient, selon le point de vue, de pouvoir être fabriqués à partir de composants tous autorisés. Contrairement à d’autres armes du même type, « les produits chimiques mélangés pour l’obtenir sont bien plus faciles à livrer sans risque pour la santé du porteur », a souligné Gary Stephens, un pharmacologue de l’université de Reading, cité par Science Media Centre.

Hugues HONORÉ
et Germain MOYON/AFP

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Taëf et le nouveau rapport de forces...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué