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Moyen Orient et Monde

Les enjeux de la tournée internationale de ben Salmane

Éclairage

Actuellement en Égypte, le prince héritier saoudien doit se rendre demain en Grande-Bretagne et le 19 mars aux USA, où il devrait rester deux semaines.

06/03/2018

Peu de détails ont filtré sur les modalités de la tournée de Mohammad ben Salmane, alias MBS. Ses premiers déplacements officiels à l’étranger depuis sa nomination en tant que prince héritier l’ont mené en Égypte, avant la Grande-Bretagne puis aux États-Unis. Trois pays qui ont déjà soutenu officiellement son discours anti-Iran, bête noire de l’Arabie saoudite, et qui devrait être au cœur de toutes les rencontres du prince au cours de sa tournée. 

Première étape, l’Égypte, où il se trouve depuis dimanche. Signe de relations bilatérales particulièrement fortes depuis l’accession au pouvoir de Abdel Fattah al-Sissi, des avions de combat ont escorté l’avion du prince après son entrée dans l’espace aérien égyptien, selon Bader al-Assaker, directeur de cabinet du prince. Reçu avec les honneurs par le président égyptien, le prince héritier a depuis multiplié les rencontres. 

Plusieurs projets d’investissements majeurs ont été évoqués, notamment dans certaines régions touristiques comme Charm el-Cheikh et Hurghada, ainsi que la création de sept villes et projets touristiques. La télévision publique a retransmis les images d’une conférence à Ismaïlia, dans la zone du canal de Suez, sur les différents projets nationaux, touchant au tourisme, comme au pétrole. « La voie est ouverte pour créer des industries à l’intérieur de la zone », a déclaré au cours de la conférence le président de la zone économique du canal de Suez, l’amiral Mohab Mamish, avant d’ajouter : « Nous étudions les projets venant de toutes parts. » La visite a été suivie d’une rencontre avec le grand imam d’al-Azhar, Ahmad al-Tayeb. Grâce à des fonds saoudiens, la mosquée de cette institution, l’une des références ultimes de l’islam sunnite, est en cours de rénovation. Une rencontre avec le pape de l’église copte-orthodoxe Tawadros II a également été organisée. 

Le choix de l’Égypte comme première étape de l’émir n’est pas fortuit. Le pays est considéré par le prince héritier comme un partenaire crucial dans les dossiers régionaux, comme la guerre au Yémen, à laquelle Le Caire participe, et le blocus du Qatar, en vigueur depuis le 5 juin 2017. Outre la série de réformes entamées dans le royaume même, le renforcement des liens économiques entre l’Arabie et l’Égypte a été précédé de la confirmation de la rétrocession des deux îlots de Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite. Annoncée en 2016, cette rétrocession particulièrement controversée a suscité un tollé dans le pays, où des manifestations ont été organisées contre le pouvoir. L’Égypte fait également partie du projet le plus important pour MBS : la construction de NEOM, dans le cadre de Vision 2030, plan du prince pour restructurer l’économie du royaume et la rendre indépendante des revenus pétroliers. Le projet NEOM est censé s’étendre sur plus de 26 000 kilomètres carrés et trois pays : l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie. L’investissement privé et public dans cette zone devrait au total atteindre à terme 500 milliards de dollars. L’Égypte a annoncé hier vouloir réserver plus de 1 000 kilomètres carrés de terrains dans le sud du Sinaï, pour la partie égyptienne de Neom.



(Lire aussi : En Egypte, MBS et Sissi parlent investissements)


« Il n’a pas besoin de l’Occident en Arabie » 

Le prince devrait ensuite se rendre en Grande-Bretagne demain, pour une visite de trois jours, essentiellement économique. « MBS projette de lancer 5 % des actions de Saudi Aramco sur le marché mondial, ce qu’on appelle un IPO (Initial Public Offering), et le marché de Londres doit être l’un des sites de lancement et de vente », explique à L’Orient-Le Jour Bernard Haykel, professeur d’études du Proche-Orient à Princeton. Presque aucun détail n’a été divulgué sur la visite londonienne de l’émir, à part un dîner avec la reine Elizabeth et une rencontre avec la Première ministre Theresa May au 10 Downing Street. La guerre contre le terrorisme, les conflits syrien et irakien devraient faire partie des sujets évoqués par Mme May et le prince. Des manifestations devraient être organisées à ces occasions, pour dénoncer les ventes d’armes de Londres à Riyad, fer de lance d’une offensive destructrice sur le plan humanitaire au Yémen, mais aussi pour critiquer la situation des droits de l’homme en Arabie saoudite. 

Troisième et dernière étape de la tournée de MBS, mais également la plus longue : les États-Unis, à partir du 19 mars. Le voyage, qui devrait durer quelque deux semaines, confirme le partenariat privilégié entre Riyad et Washington, unis dans leur lutte contre l’établissement d’un axe iranien dans la région. « La visite devra englober tous les sujets : économique, politique, stratégique, etc. Le prince doit notamment se rendre à Washington, à New York, à Boston, à Seattle, à San Francisco et à Houston, au Texas », énumère M. Haykel. Les rencontres devraient être aussi nombreuses que variées, portant sur l’économie, le commerce, la politique, la diplomatie, le divertissement, la recherche scientifique, l’éducation… Aucun domaine ne devrait être exclu. 

La tenue d’un sommet de la Ligue arabe à Riyad, le 23 mars, coïncide avec le voyage américain du prince héritier. Son absence ne devrait toutefois pas affecter la réunion, à laquelle le Qatar sera certainement présent, malgré les tensions actuelles entre pays du Golfe. « Les relations entre pays arabes ne se font pas vraiment à ce genre de conférences, elles se font de manière directe et immédiate entre leaders », indique Bernard Haykel, ajoutant que le roi Salmane devrait y être présent. Le principal enjeu de cette longue tournée, d’après le spécialiste, reste la présentation du programme économique du royaume pour les années à venir et non, comme l’avancent certains observateurs, la volonté du dauphin d’asseoir son autorité déjà réelle. « Il est le prochain roi d’Arabie, et il n’a pas besoin de l’Occident pour le faire. Il s’agit d’ouvrir le royaume au reste du monde, aux investissements », conclut Bernard Haykel.


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