L'éditorial de Issa GORAIEB

Idées-cadeaux

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
28/02/2018

Si rares, par les temps qui courent, sont les bonnes nouvelles que la simple promesse d’un heureux évènement vaut bien, pardi, que l’on se ronge les ongles d’impatience. À peine posé le pied à Beyrouth, où il a clôturé hier sa tournée des dirigeants et leaders politiques locaux, c’est d’une telle et réconfortante prédiction que nous gratifiait lundi un émissaire saoudien de haut rang.


Au demeurant, la simple venue à Beyrouth de cet envoyé extraordinaire est déjà, en soi, de bon augure. Elle reflète clairement la volonté de l’Arabie de liquider les séquelles de l’hallucinante crise surgie en novembre dernier entre les deux pays. Des plus humiliants pour le Liban était, certes, cet épisode où l’on a vu les Saoudiens séquestrer durant plusieurs jours leur hôte, le Premier ministre Saad Hariri, et contraindre à une démission télévisée (et télécommandée) un allié jugé trop irrésolu, trop conciliant envers le Hezbollah. Par un juste retour des choses cependant, non moins dévastatrice pour l’image extérieure du royaume et de ses dirigeants, était cet insensé acte de brigandage : lequel, de surcroît, devait s’ avérer gratuit, se soldant en effet par le triomphal retour au bercail du soldat Hariri et le retrait jubilatoire de sa démission forcée.


Du séjour de Nizar Alaoula, la chronique politicienne aura retenu ces quatre moments forts : la brièveté inusitée de l’audience présidentielle de lundi au palais de Baabda, qui n’a duré en effet qu’une dizaine de minutes ; l’invitation à visiter officiellement l’Arabie (sans risque d’entourloupe, cette fois !) adressée au chef du gouvernement libanais, qui se rend dès ce matin à Riyad; le statut d’allié privilégié qu’a paru décerner l’émissaire royal au chef maronite des Forces libanaises, Samir Geagea, en s’en allant partager chez lui un dîner quasiment familial ; et enfin l’hommage appuyé du Saoudien au président de l’Assemblée, pourtant indéfectible allié du Hezbollah.


Par-delà ces variations sur le thème des atomes crochus, demeure toutefois posée la question centrale : celle de l’effort de pragmatisme requis des deux bords pour ramener leurs rapports à la normale. Déjà hantée par le péril iranien, l’Arabie est soucieuse de se prémunir aussi contre toute menace interne que susciteraient les audacieuses mesures de modernisation entreprises par le prince héritier Mohammad ben Salmane; c’est ce que laisse croire le limogeage subit de responsables civils et militaires de premier plan, dont les commandants de l’aviation et des forces terrestres.
Ce que le royaume attend surtout du Liban, c’est qu’il traduise en actes sa ligne officielle de distanciation par rapport aux tensions régionales : qu’en sus d’une politique étrangère moins complaisante pour l’Iran, il obtienne du Hezbollah une halte à la subversion que mène celui-ci dans la région du Golfe. Fleurant le fric est, par contre, la liste de nos espérances, sachant que l’Arabie – à la différence du Liban – est tout à fait en mesure, si seulement elle le veut, de tenir ses engagements. Des monarchies pétrolières, nous escomptons ainsi qu’elles continuent de faire bon accueil aux centaines de milliers de nos concitoyens qui y vivent et travaillent ; et c’est avec le même et inébranlable optimisme que nous comptons sur les largesses de ces royaumes lors des rencontres internationales de soutien à notre pays.


Oui certes, l’Arabie peut beaucoup pour nous, quand bien même connaîtrait-elle en ce moment une période d’austérité budgétaire. Mais son intérêt bien compris lui commande aussi de s’offrir elle-même, sur place, un somptueux cadeau en aidant ce Liban, dont elle exige des prestations pour le moins délicates, à retrouver poids, consistance et autorité. À cette fin, un bon début consisterait à revenir sur la monumentale erreur que fut le gel du financement de livraisons de matériel français à l’armée régulière libanaise. Sous prétexte de châtier un Liban coupable de complaisance pour Téhéran, c’est en réalité le concept d’État dans l’État – d’un Hezbollah, leur bête noire, encore mieux équipé que l’État– que confortaient paradoxalement, inconsidérément, les Saoudiens.


Il est grand temps, pour les deux pays, de rompre avec le masochisme…


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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