X

Moyen Orient et Monde

Ghouta : l’étrange discrétion des parrains des rebelles

Diplomatie

L’Arabie saoudite s’est manifestée pour la première fois hier sur les bombardements, tandis que la Turquie n’a fait aucune déclaration jusqu’à présent.

Julie KEBBI | OLJ
23/02/2018

Alors que les bombardements incessants du régime de Bachar el-Assad sur la Ghouta durent depuis six jours déjà, faisant des centaines de morts, les parrains sunnites des rebelles se sont faits bien discrets pour le moment. Ce n’est qu’hier que l’Arabie saoudite s’est exprimée sur ce dossier, à l’occasion de la visite à Bruxelles de son ministre des Affaires étrangères, Adel al-Joubeir. « Nous cherchons un règlement politique en Syrie », a-t-il déclaré devant le Parlement européen.

Un peu plus tôt, M. Joubeir avait également posté sur Twitter que les Saoudiens « soulignent la nécessité pour le régime syrien d’arrêter la violence pour permettre l’aide humanitaire ». Le ministère des Affaires étrangères à Riyad s’est pour sa part dit « inquiet devant la poursuite des attaques du régime syrien dans la Ghouta orientale et l’impact sur les civils ». « Nous poursuivons nos efforts conjoints avec la Russie pour faire pression sur le régime d’Assad afin de mettre fin à l’escalade en Syrie », pouvait-on par ailleurs lire sur le compte Twitter du ministère.

En privilégiant la voie des pourparlers en coulisses avec Moscou, Riyad se fait désormais plus distant de ses partenaires sur le terrain, pourtant soutenus par ses soins contre les forces de Bachar el-Assad, particulièrement sur le plan financier. Cela marque la continuité de la politique saoudienne à l’égard du régime syrien de ces derniers mois, sans pour autant signifier un revirement diplomatique. Car les Russes sont vus par la communauté internationale comme les seuls en position de peser sur le régime, démontrant l’impuissance actuelle des parrains des rebelles dans le conflit.

En dépit du peu de poids que Riyad peut avoir sur ce dossier, « il s’agit pour lui de soigner son image » auprès de l’opinion publique, explique à L’Orient-Le Jour Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève (Cermam). « On ressent par ailleurs une certaine gêne et une ambiguïté dans la position diplomatique de Riyad qui a tenu à soigner son message », ajoute-t-il.

Le silence saoudien révèle surtout l’ordre de la liste des priorités pour Riyad, sur laquelle la Syrie n’est pas en première position. Le royaume est actuellement occupé par d’autres dossiers plus pressants à ses yeux, à savoir le conflit au Yémen dans lequel il est embourbé depuis 2015 ou encore les réformes d’ordre interne.

Les propos de M. Joubeir font par ailleurs suite à un communiqué du Qatar dans lequel il « exprime sa forte (…) condamnation des massacres et des bombardements aériens intenses menés par les forces du régime syrien ». Les Émirats arabes unis voisins ont également appelé dans le même temps à une « trêve immédiate » pour permettre l’accès de l’aide humanitaire dans la zone. Les déclarations individuelles des pays du Golfe, qui ne font ainsi pas front uni, s’inscrivent dans le cadre de la crise qui les secoue depuis juin dernier, lorsque Riyad et ses alliés ont imposé un blocus au Qatar, notamment accusé de « financer le terrorisme ».


(Reportage : La vie sous terre des habitants de la Ghouta pilonnée)


Prudence turque
La Turquie, autre partenaire des rebelles en Syrie, s’est quant à elle faite complètement silencieuse à propos des attaques du régime sur la Ghouta, car Ankara se trouve dans une position bien délicate. Le régime de Recep Tayyip Erdogan a lancé l’opération « Rameau d’olivier » contre les combattants kurdes des Unités de protection du peuple à Afrine le 20 janvier dernier. La Turquie a bénéficié du feu vert de Moscou pour intervenir dans la zone contrôlée par les Kurdes depuis 2012, des forces qu’elle considère comme terroristes et dont elle ne peut tolérer la présence à ses frontières.

Ainsi, même si les forces d’Assad y sont venues symboliquement prêter main-forte aux forces kurdes plus tôt cette semaine, M. Erdogan ne peut se permettre de mettre en péril ses relations avec le Kremlin. L’objectif d’Ankara est de continuer à s’assurer une relative liberté d’action militaire sur le terrain syrien. « La position turque sur la Ghouta a donc probablement été calculée par les autorités turques pour se montrer comme des acteurs dignes de confiance et compréhensifs à l’égard de la Russie et de Bachar el-Assad », estime M. Abidi. La donne serait cependant changée si les forces turques et syriennes prorégime venaient à devoir se confronter sur le terrain à Afrine. Cela amènerait Ankara à changer de ton face à Bachar el-Assad sur le dossier de la Ghouta.

En dépit du silence du gouvernement turc, des manifestations ont cependant eu lieu hier devant le consulat russe à Istanbul pour condamner les actions des forces syriennes. Selon un correspondant de l’AFP, près de 200 protestataires se sont réunis portant des pancartes sur lesquelles était écrit « Russes, vous êtes en train de tuer les enfants de la Ghouta, mais l’histoire s’en souviendra ».

La prudence des sponsors des opposants au régime en Syrie confirme la différence de stratégie avec les parrains russe et iranien du régime syrien. Alors que ces derniers se sont toujours montrés présents au rendez-vous aux côtés de Bachar el-Assad, les « amis » des rebelles syriens soulignent ainsi leur inconsistance dans cette alliance.



Lire aussi
Ghouta : voilà à quoi ressemble la « paix de Poutine »

Avant la Ghouta, d'autres enclaves assiégées par le régime Assad    

D’Alep à la Ghouta, l’histoire se répète 

"Nous nous cachons dans des cimetières. C'est comme creuser sa tombe avant de mourir"

La nouvelle "dimension stratégique risquée" du conflit en Syrie

L'impuissance de la communauté internationale face au bombardements de la Ghouta orientale

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Irene Said

On découvre, horrifiés, que les moutons-suiveurs-bêleurs sont de la mème fabrication que celui qui assassine des enfants et des femmes de son propre pays pour garder le pouvoir à n'importe quel prix...
Irène Saïd

RAISINS SECS

ET BIEN VOILÀ ! QUI SE SENT MORVEUX SE MOUCHE .

ILS FONT PROFIL BAS PARCE QU'ILS SAVENT CE QU'ILS ONT CACHÉ À L'INTÉRIEUR DE LA GHOUTA PARMI LES CIVILS .
LE HÉROS BASHAR VA LES SORTIR COMME DES VERS DE TERRE ET LES COFFRER CHEZ LUI .

ME DITES PAS QUE CE SIMENCE EST AUSSI UNE CONNIVENCE ....SINON JE TOMBE RAIDE MORT .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PERSONNE N,OSE S,ENHARDIR ET PRENDRE PARTIE CAR IL S,AGIT DE L,EX NOSRA... ON DEPLORE LE GRAND NOMBRE DE CIVILS QUI SONT MASSACRES !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Formation du gouvernement : tendance à l’optimisme...

Les matchs d’aujourd’hui

  • Brésil
    Costa Rica

    22/06

    15h00 (GMT+3)

  • Nigeria
    Islande

    22/06

    18h00 (GMT+3)

  • Serbie
    Suisse

    22/06

    21h00 (GMT+3)

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué