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Liban

Retour au calme à Aramoun, après une poussée de fièvre entre partisans du PSP et du Hezbollah

Un homme appartenant aux « Brigades de la résistance » et ayant blessé par balles deux civils druzes, s'est rendu aux autorités.

C’est devant cette entrée, non loin de l’un des postes de la police municipale de Choueifate, que les tirs ont eu lieu.

Le calme régnait hier à Aramoun, après une nuit mouvementée où deux civils druzes ont été blessés par un partisan des « Brigades de la résistance », un groupuscule sunnite proche du Hezbollah. Dans les faits, un ressortissant syrien travaillant pour le compte de Naël Daher, un homme influent des « Brigades de la résistance », qui est copropriétaire de divers fonds de commerce dans la région, a harcelé verbalement deux femmes de la localité. Deux hommes qui se trouvaient sur place, Jawad Bou Ghannam, originaire de Aramoun, et Yamen Malaeb, originaire de Baïssour, ont réagi en s’en prenant à l’indélicat, le rouant de coups. L’individu a par la suite repris sa moto et s’est rendu auprès de son employeur, qui n’a pas tardé à arriver sur le lieu de l’incident pour se venger.

« Il conduisait un 4x4 aux vitres fumées. Il était accompagné de quatre autres individus. Un second 4x4 ayant à son bord trois hommes suivait le premier. Naël Daher s’est arrêté au poste de police non loin de notre maison, à la recherche de Jawad Bou Ghannam et Yamen Malaeb. Il a affirmé aux policiers qu’il venait pour dissiper le malentendu et pour faire la paix », raconte Saleh Jawhari dont l’épouse, Loubna, avait été verbalement agressée par l’ouvrier syrien.
 « Jawad et Yamen se trouvaient chez moi. Un policier du village est venu les chercher pour les informer que Naël Daher était là pour faire la paix. Les deux hommes sont sortis dans la rue pour voir que trois individus les attendaient pour les rouer de coups. Mais ce sont Jawad et Yamen qui les ont passés à tabac. Et quand il a vu ses trois hommes à terre, Naël Daher a aussitôt pris son arme et tiré sur Jawad et Yamen les blessant aux pieds avant de prendre la fuite », ajoute-t-il. Yamen Malaeb et Jawad Bou Ghannam ont été transportés à l’hôpital. L’état de santé de l’un d’eux requiert plusieurs mois de convalescence.

L’incident s’est déroulé à 16h30, mais très vite les habitants de Aramoun et de nombreux villages druzes de la Montagne ont réagi et se sont rassemblés dans la maison de la communauté du village. Ils étaient quelques milliers à prendre la rue et à se rendre à pied jusqu’à l’entrée de Aramoun où ils ont rapidement été stoppés par les militaires et les agents de la sécurité. « Nous voulions aller jusqu’à la boucherie de Naël Daher pour lui montrer que nous n’acceptons pas un tel comportement », martèle Saleh Jawhari.
Ce n’est que vers minuit que les militants druzes sont rentrés dans leurs villages, à la demande des cheikhs de la communauté, et à la suite des pourparlers entre le Hezbollah et le chef druze Walid Joumblatt, qui ont abouti à ce que Naël Daher se livre aux autorités. Hier, le domicile de Saleh Jawhari ne désemplissait pas. Des parents et amis étaient accourus aux nouvelles.


(Lire aussi : La nuit de Hadeth qui a renversé la donne..., le décryptage de Scarlett Haddad)


Pas de problèmes depuis mai 2008
« Nous sommes une communauté pacifique à condition que personne ne s’en prenne à notre dignité. Nous n’avons peur de rien. Même pas de la mort. Chez nous, ceux qui meurent renaissent », déclare fermement l’un d’eux.
 « Hier, quand nous avons pris la rue, ils (les partisans des “Brigades de la résistance”) ont eu tellement peur qu’il n’y avait plus un chat dans les rues au niveau de Aramoun, Dawhet Aramoun et Choueifate. J’étais adolescent durant les années soixante-dix, je me souviens que les hommes de ma famille et de mon village ont chassé l’armée israélienne qui débarquait au bord de la mer avec des fusils de chasse », renchérit un autre.
 « Nous sommes pour la convivialité, mais que ce soit fait dans le respect de toutes les communautés », note, pour sa part, une jeune femme.
Plus d’une personne interrogée soutient que ce n’est pas la première fois que Naël Daher crée ce genre d’incident, notamment à Dawhet Aramoun, là où il habite.

Un peu plus loin se trouve le domicile du président du conseil municipal, Fadil Jawhari.
 « Aramoun et ses alentours, à savoir Dawhet Aramoun, Dawhet el-Hoss et Nassim el-Bahr, comptent 12 000 électeurs, majoritairement druzes mais aussi des chrétiens grecs-orthodoxes. Aujourd’hui plus de 35 000 personnes habitent la localité, des druzes certes, mais aussi des chiites et des sunnites. De nombreux Beyrouthins se sont établis depuis plusieurs années dans cette région située à l’entrée sud de la capitale », explique-t-il. La résidence est d’ailleurs ornée de plusieurs symboles religieux, notamment l’étoile druze à cinq branches, un autel consacré à saint Charbel et une bibliothèque au milieu de laquelle figure un Coran.
 « Nous soutenons tous la résistance, à condition que ses armes soient tournées vers Israël. D’ailleurs, nous avons été les premiers à lutter contre l’occupation israélienne. Je condamne certes le passage à tabac de l’individu qui a verbalement agressé les deux femmes, mais l’usage des armes est inadmissible. Nous ne tolérerons pas cela. Il faut que les mesures nécessaires soient prises contre celui qui a tiré », martèle-t-il.

« Nous sommes pour la convivialité, nous sommes tous libanais et frères, mais cela se fait dans le respect des normes et des lois en vigueur », ajoute-t-il, confiant qu’aucun « problème n’avait été enregistré entre la communauté druze et le Hezbollah, et ses partisans depuis les incidents du 8 mai 2008 ». Rappelons dans ce cadre que le Hezbollah était entré avec ses armes à Beyrouth ainsi qu’à Choueifate et à Aramoun. Dans ces deux localités de violents accrochages avaient opposé les partisans du PSP à ceux du Hezbollah, faisant de nombreux tués dans les deux camps.
Toujours à Aramoun, se trouve la boucherie de Naël Daher. Une femme sunnite portant le voile se présente comme une parente de l’homme qui s’est livré aux autorités et accuse les médias d’être « des menteurs ». Un jeune homme passe un coup de fil et nous propose de rencontrer quelqu’un « habilité à parler ».

Nous arrivons à Dawhet Aramoun où des immeubles neufs ont poussé dans la vallée. Dans un petit appartement au rez-de-chaussée, occupé normalement par le concierge, plus de sept hommes, arborant des barbes et fumant des narguilés, nous reçoivent. Trois d’entre eux sortent au parking, installent une table et quelques chaises. L’un d’eux se présente : Fady Abou Atta des « Brigades de la résistance ».
« Tout ce que ces gens-là racontent est faux ; ce sont eux qui ont agressé le motard sans raison. Ils nous ont attaqués au couteau. Plusieurs d’entre nous ont été blessés », dit-il sans pour autant donner les noms des personnes blessées ou préciser la gravité de leurs blessures, et cela malgré nos questions. Il note également que « le motard passé à tabac n’était pas syrien, mais avait l’air d’un Syrien » sans pouvoir expliquer comment on peut avoir l’air syrien.
Il relève encore : « Cette région a toujours été multiconfessionnelle et nous sommes obligés de vivre avec eux (les druzes). Nous sommes frères. Et au Liban, les frères, les vrais, peuvent se tirer dessus s’ils se disputent. Il y a des hommes qui tuent leurs femmes avec des armes, alors que l’on n’en fasse pas un plat si deux personnes ont été blessées par balles à l’issue d’une rixe. »


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commentaires (8)

"Nous sommes frères. Et au Liban, les frères, les vrais, peuvent se tirer dessus s’ils se disputent. Il y a des hommes qui tuent leurs femmes avec des armes, alors que l’on n’en fasse pas un plat si deux personnes ont été blessées par balles à l’issue d’une rixe". Mais ils ont raison!! Des copains ne peuvent plus se tirer dessus sans en faire toute une histoire?? Quel decadence!!

Michel Fayad

17 h 49, le 08 février 2018

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Commentaires (8)

  • "Nous sommes frères. Et au Liban, les frères, les vrais, peuvent se tirer dessus s’ils se disputent. Il y a des hommes qui tuent leurs femmes avec des armes, alors que l’on n’en fasse pas un plat si deux personnes ont été blessées par balles à l’issue d’une rixe". Mais ils ont raison!! Des copains ne peuvent plus se tirer dessus sans en faire toute une histoire?? Quel decadence!!

    Michel Fayad

    17 h 49, le 08 février 2018

  • Triste de voir le Liban un pays toujours super tribal .

    Antoine Sabbagha

    13 h 42, le 08 février 2018

  • RETOUR AU CALME PAR-ICI... RETOUR AU CALME PAR-LA... ET LE BATEAU LIBAN DERIVE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 25, le 08 février 2018

  • Le visage d'un Liban moyenâgeux ? Triste ! La paix sociale est encore loin.... L'absence des autorités est étonnant

    Sarkis Serge Tateossian

    09 h 57, le 08 février 2018

  • EFFROYABLES mentalites , celles officielles aussi. SEULE note posotive : Le style tres Sympa de P, Khoder decrivant justement ces memes mentalites.

    gaby sioufi

    09 h 43, le 08 février 2018

  • La confrerie des voyous......

    Tabet Karim

    08 h 50, le 08 février 2018

  • En lisant ce compte-rendu et les déclarations des divers "acteurs" de l'incident de Aramoun, on réalise que les mentalités, au 21ème siècle, restent les mêmes...fermées à tout changement et véritable progrès. Et ce ne sont pas les "Brigades de la Résistance", encore une milice armée ! qui vont arranger les choses... Mais les nombreux "chefs" de ces groupes armés, à quoi servent-ils au juste ??? Et comment l'Etat Libanais, le ministre de l'intérieur etc. continuent-ils de tolérer tous ces groupes armés ? Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 32, le 08 février 2018

  • nous propose de rencontrer quelqu’un « habilité à parler » c'est toujour comme ca avec les dictatures, leur version de la verite est la plus loin de la verite...et le public applaudi comme des moutons de panurges.... celui qui prend les armes a deja perdu malgre tout les arguments qu'il possede....

    George Khoury

    07 h 08, le 08 février 2018