L'éditorial de Issa GORAIEB

Un tigre dans leur moteur

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
07/02/2018

Notre pays n’est plus à une aberration près; faudra-t-il, par conséquent, remercier Avigdor Lieberman d’avoir, par ses outrecuidantes déclarations, contribué à hâter les retrouvailles, hier, entre les trois pôles du pouvoir libanais ?


 L’État hébreu n’en est pas pourtant à sa première provocation. Depuis longtemps, les chasseurs-bombardiers israéliens quadrillent impunément le ciel libanais et à force d’habitude, ces violations font désormais partie du paysage ; non content d’avoir grignoté du territoire en deçà de la ligne bleue, Israël a récemment entrepris de bétonner littéralement son butin.


 Restait encore la mer et les hydrocarbures qu’elle recèle ; le ministre israélien de la Défense y remédiait la semaine dernière en revendiquant la propriété du bloc 9, partie intégrante pourtant de la zone économique libanaise. Venant s’ajouter à l’explosive querelle surgie entre le président de l’Assemblée et le ministre des Affaires étrangères, cette prétention aura eu le salutaire effet de redonner à nos trois mousquetaires le sens, passablement oublié, de l’urgence. Touche pas à mon pétrole : salutaire sursaut en vérité, que celui-ci, même s’il n’y va pas des seuls intérêts de l’État. En fait, celui-ci n’est que le parent pauvre d’une manne sous-marine inespérée, les parasitaires groupes politico-financiers s’étant acoquinés pour se partager la part du lion en coupant court à la création d’une compagnie nationale des pétroles…


Marquons tout de même d’une pierre blanche cette journée d’hier qui a vu les présidents de la République, de l’Assemblée et du Conseil dépasser plein gaz leurs problèmes d’amour-propre pour se décider à assumer leur obligation de vaquer aux affaires du peuple. Pour s’attaquer aux dossiers en souffrance. Pour redonner quelque vie aux institutions censées arbitrer tous les conflits, pour se réconcilier avec leur objectif déclaré, clamé et proclamé : à savoir l’édification de cet État que l’on ne finit pas de reconstruire – mais rien qu’en paroles – près de trois décennies après la fin de la guerre.


Par un malicieux hasard cependant, ce 6 février se trouve être aussi le douzième anniversaire d’une bien improbable alliance qui, par essence, avait bien peu de chances de servir la cause de ce même État que l’on s’obstine néanmoins à chanter sur tous les tons. En signant avec le Hezbollah un Document d’entente nationale, le Courant patriotique libre apportait un large pan de couverture chrétienne à une milice chiite déjà bien partie, à l’époque, pour se constituer en État dans l’État, usant de son arsenal sur la scène intérieure ou livrant bataille à sa guise avec un souverain mépris des options officielles en matière de politique étrangère comme de défense. Si les engagements contractés dans ce document restent, pour la plupart, lettre morte, le Hezbollah aura payé de retour son partenaire en favorisant grandement l’élection du général Michel Aoun à la présidence : cela, au bout – faut-il le rappeler? – d’un long, d’un méthodique blocage des institutions.


Salué par ses deux signataires, l’accord de Mar Mikhaël n’en donne pas moins, en ce moment, des signes évidents d’essoufflement. Le plus inquiétant de ceux-ci est la rapidité avec laquelle la crise de la semaine dernière a donné lieu, au niveau de la rue, à des défis sectaires que l’on croyait enterrés à jamais. Et il faudra bien davantage que les serments de fidélité échangés hier pour mettre sur rails, autrement qu’en slogans, la marche vers l’État.


igor@lorientlejour.com

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