Nos Lecteurs ont la Parole

Du pacte national de Chiha en 1943 à celui de Berry en 2018

Abdel Hamid El-Ahdab
OLJ
23/01/2018

En 1943, Riad el-Solh et Béchara el-Khoury, qui étaient des poètes et des rêveurs, ont lutté pour l’indépendance, celle qui a été marquée par « le pacte national ».
Ce pacte national a été en fait défini et décrit en ces termes par Michel Chiha : « Si un groupe prend le dessus sur une communauté confessionnelle, il en sort un malheur pour l’indépendance, l’existence du pays, la liberté qui y est présente. » Le pire qui pourrait advenir et qui aboutirait à la dissolution de la patrie et de son existence même serait, selon ce même grand intellectuel, la domination d’une confession sur les autres. Le pacte deviendrait alors caduc. Le pays ne pourrait que dépérir ! Le président Michel Aoun a déclaré, lors d’un meeting populaire tenu, après son élection, au palais présidentiel, que la théorie de Michel Chiha lui servirait de politique tout au long de son mandat.
Le processus de l’indépendance a suivi le chemin inverse :
1. En 1958, les chamouniens ont dominé la communauté maronite par peur de l’union nassérienne.
2. Par la suite, cette même communauté a voulu s’imposer aux autres dans une tentative de faire adhérer le Liban au pacte de Bagdad.
3. En 1956, le nassérisme égyptien a dominé l’ensemble de la communauté sunnite après la nationalisation du canal de Suez, suivie par l’agression tripartite (franco-anglo-israélienne) et la conférence au sommet tenue à Beyrouth et au cours de laquelle les sunnites avaient demandé la rupture des relations avec la France et l’Angleterre. La communauté chrétienne avait refusé et un affrontement armé, vite dénommé « révolution de 1958 », avait opposé le nassérisme dominant la communauté sunnite et les chamouniens dominant la communauté chrétienne. Cette « révolution » revendiquait le renouvellement du mandat de Camille Chamoun et l’adhésion du Liban au pacte de Bagdad. Elle généra une révolution à Bagdad qui mit fin à la royauté en Irak et fit tomber le pacte de Bagdad. La communauté maronite renonça alors à sa tentative de domination des autres communautés et toutes recouvrèrent leur raison et regagnèrent leurs tanières. Le mot-clef devint « ni vainqueurs ni vaincus ».
4. En 1967, les organisations palestiniennes ont dominé la communauté sunnite après la chute du nassérisme. Elles ont déclaré être l’alternative en charge de la libération de la Palestine et de l’unification du monde arabe. La communauté sunnite a déclaré de son côté que c’était l’armée des organisations palestiniennes qui était son armée et non l’armée libanaise…
5.    En 1975, la communauté sunnite a tenté, en brandissant le slogan « Halte à l’imposture », de prendre le dessus sur les autres communautés en s’appuyant sur la force des organisations palestiniennes, leurs slogans, leurs armes, leurs fonds qui leur arrivaient en masse des pays arabes, dont certains payaient une sorte de tribut pour éviter le mal des Palestiniens libérateurs (?) de la Palestine, alors que d’autres appuyaient cette cause en croyant que ces organisations libéreraient effectivement la Palestine et unifieraient le monde arabe.
6. En 1980, après la chute du chah d’Iran, l’État des mollahs iranien a commencé à dominer la communauté chiite qui était en réalité marginalisée et déshéritée. S’en est suivie la domination de cette même communauté par le Hezbollah et le mouvement Amal.
7. En 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri, puis en 2007, après la guerre avec Israël, la mouvance chiite a commencé à étendre sa domination sur les autres communautés, soutenue en cela par l’État des mollahs et toujours avec l’alibi de la libération de la Palestine.
8. La communauté chiite a réussi à faire élire le président de la République. S’est produit ensuite ce que l’on sait entre Saad Hariri et l’Arabie saoudite, qui a fait montre d’une trop grande sollicitude envers la communauté sunnite.
9. Vint ensuite l’affaire du décret qui devrait être signé par le ministre des Finances, même s’il n’implique pas de charges financières pour l’État, en référence à l’usage constitutionnel qui impose la signature de tout décret par ce ministre, et en référence à un nouveau pacte national selon lequel le ministre des Finances devrait être de la communauté chiite, en sus du poste de président de la Chambre.
10. Il s’agit là de la troisième bataille de domination d’une communauté sur les autres. Elle suit la tentative maronite de 1958 et la tentative sunnite de 1975, et vise à la domination par la communauté chiite de l’appareil d’État, ce qui apparaîtra clairement à l’issue des élections législatives.
Ils diront alors : la présidence de la République doit revenir à la seule communauté chiite, sinon pas d’élection !
La présidence du Conseil sympathise avec la présidence et coopère avec elle et avec la communauté chiite et ceux qui la dominent. Il reste à régler les questions d’ordre légal et constitutionnel. Le ministère des Finances revient aux chiites. Les décrets n’auront d’effet légal que s’ils comportent la signature du ministre des Finances chiite. Les décisions de paix et de guerre seront aux mains de la communauté chiite… et… et… jusqu’à la domination finale par cette communauté de toutes les autres communautés, comme l’avaient tenté auparavant les communautés maronite et sunnite. Les discussions portent à présent sur le partage par trois qui se substituerait au partage par deux, et du fait que les chrétiens comprennent plusieurs communautés, il faudra réserver à chaque communauté une part dans ce pourcentage d’un tiers qui forme la part des chrétiens ! Il y aura ainsi le Liban des sunnites, des chiites, des chrétiens et non des musulmans et des chrétiens, et les chrétiens seront orthodoxes, maronites, catholiques, etc., ce qui constituera un pas vers la modification de la Constitution…
De grands événements internationaux se sont produits par le passé sans qu’une communauté ne domine pour autant les autres. On est parvenu une fois à appliquer la formule « ni vainqueurs ni vaincus » et une deuxième fois à Taëf.
Nous vivons aujourd’hui la domination d’une communauté sur les autres, et cette situation va perdurer, sauf si des événements internationaux importants et graves surviennent, ce qui ne paraît pas bien loin…

Avocat

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C,EST EL MEHWAAAAAR !

gaby sioufi

un element, ou un parametre condition sine qua non a la prise du pouvoir par les chiites est d'ors et deja rempli
celui de l'appui inconditionnel d'une bonne partie des politiques chretiens sinon du peuple chretien: le CPL .
- on veut beaucoup croire que c'est fait sans qu'ils ne s'en rendent compte .

A moins que le CPL ne soit sincerement d'avis que le NOMBRE doit prevaloir et donc gouverner.

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