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Moyen Orient et Monde

« Trump se présente comme le seul qui peut sortir les Américains du chaos qu’il a lui-même créé »

Entretien

L’auteure de « Trump, la revanche de l’homme blanc », Marie-Cécile Naves, répond aux questions de « L’Orient-Le Jour » sur le bilan de la première année de Donald Trump au pouvoir.


20/01/2018

Un an est passé depuis l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier 2017. Il n’en aura pas fallu davantage pour que le 45e président des États-Unis fasse vivre le pays, et parfois même le monde, au rythme de ses lubies. Bien des questions persistent toutefois quant à sa vision politique pour diriger les États-Unis. Tant au niveau national qu’international, sa stratégie reste difficilement lisible, alimentant le flou du côté des analystes politiques. Personnage impulsif et caractériel, nombreux sont ceux à remettre en question ses capacités à gouverner la nation américaine. Dans ce contexte, Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS, Paris) et auteure de Trump, la revanche de l’homme blanc (éditions Textuel, 2018), répond aux questions de L’Orient-Le Jour sur le bilan de la première année de Donald Trump au pouvoir.


(Lire aussi : Comment Trump a isolé les États-Unis du reste du monde)


Un an après son investiture, comment définir le trumpisme dans son exercice du pouvoir ?
Le trumpisme semble être un projet politique double. Il a un premier but collectif, portant sur une Amérique fermée sur elle-même dans tous les sens du terme. Cela concerne l’économie, l’énergie, l’immigration, ou encore les influences culturelles extérieures, comme avec la sortie de l’Unesco. Le second objectif est de servir les produits de la marque Trump. Par ses gesticulations et provocations quotidiennes, Donald Trump fait son autopromotion et contribue à faire vendre sa marque. Mais, pour autant, il n’a pas de vision pour une unité et une cohésion nationales.


(Lire aussi : Les moments marquants de la turbulente présidence Trump, an 1)



S’inscrit-il en totale rupture avec l’héritage républicain ?
Il n’y aurait plus de trumpisme s’il s’inscrivait dans la continuité, car utiliser ce terme veut dire qu’il apporte quelque chose de nouveau. Certaines choses dans sa politique ne sont cependant pas nouvelles. Par exemple, on retrouve l’orthodoxie fiscale et budgétaire de Reagan, car Donald Trump a mis en place une forte baisse des impôts, et encore les avantages fiscaux. Il réalise également des économies sur le plan de la santé, de la culture et de l’éducation, ce qui va avoir un impact négatif sur les classes populaires et les femmes. Ceci s’inscrit dans la continuité des politiques conservatrices antérieures, voulues par le Congrès républicain. En revanche, son style est inédit dans l’histoire des États-Unis, en particulier par sa vulgarité, héritée de la société du spectacle dans ce qu'elle a de pire. On a rarement vu un président aussi peu préparé avec une stratégie à très court terme. Il a aussi un très grand mépris pour la machine démocratique.

Trump est-il toujours aussi populaire auprès de son électorat ?
Ses électeurs sont très divers sur le plan sociologique. Trump a beaucoup progressé dans l’électorat populaire, en particulier chez les Blancs. La majorité des électeurs de Trump se situent dans les classes moyennes supérieures aisées et une partie continue de le soutenir. Cette partie se retrouve dans ses projets économiques et fiscaux. Beaucoup approuvent encore son discours identitaire, incarné par son langage. Son rejet du politiquement correct marche, puisqu’il vise les élites et l’establishment américains. Il y a en revanche aussi des déçus dans son électorat. Trump n’a rien fait pour les "oubliés" de l’Amérique à qui il avait beaucoup promis, mais son action a surtout favorisé les classes aisées. Il est donc très impopulaire au niveau national, avec seulement 35 % d’opinions favorables, ce qui est bien inférieur à la cote de Barack Obama, même quand elle était au plus bas.


(Lire aussi : Trump : les dix tweets qui résument un an de pouvoir)


Quel est le bilan de sa première année en politique intérieure ?
Du point de vue de ses électeurs, le bilan est assez mitigé. Il mène concrètement une politique pour les plus aisés et le monde des affaires avec des dérégulations à tout-va sur la fiscalité ou l’environnement, par exemple. Sur ce dernier point, cela satisfait l’électorat des classes populaires qui y voient une baisse de l’influence du gouvernement dans la société et la vie des entreprises. Pour ce qui est de la cohésion nationale, le bilan est catastrophique. C’est un président qui entretient les clivages entre les hommes et les femmes, les Noirs et les Blancs, la communauté LGBT et les autres, à l’égard des migrants, et qui encourage les violences policières et s'en prend ouvertement aux droits des femmes. Il n’a pas le souci de l’unité. Trump se nourrit en réalité des divisions pour se présenter comme le seul qui peut sortir les Américains du chaos qu’il a lui-même créé.


(Lire aussi : 2017, l'année où Trump a bousculé le monde)




Peut-il tenir jusqu’à la fin de son mandat à ce rythme ?
Il faut être prudent quand il s’agit de Trump. C’est quelqu’un qui est arrivé au pouvoir contre toute attente. Il est moins farfelu qu’il n’en a l’air et il ne faut pas le sous-estimer. Les institutions continuent de fonctionner malgré sa présidence, et ses discours enclenchent des dynamiques qui entretiennent le racisme ou encore l'isolement des États-Unis au niveau international. On ne peut donc pas répondre pour le moment à la question de la durée de son mandat. Il peut s’arrêter dans un mois ou dans un an. Peut-être que le procureur spécial Robert Mueller resserrera l’étau sur Trump (dans l’affaire des suspicions d'une collusion russe dans l’élection de 2016), peut-être qu’il perdra la majorité du Congrès dans la prochaine élection de novembre ou bien il jettera l’éponge, tout simplement parce qu’il en a assez.


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