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Liban

La candidature des femmes ralentie par la misogynie en matière de pouvoir

Législatives

« Les élections sont des affaires d’alliances communautaires et familiales où la femme a peu de place », affirme la représentante du PSP.

18/01/2018

Des représentants des partis politiques se sont rassemblés hier à l’hôtel Kempinski pour tenir une table ronde sur la candidature des femmes aux élections législatives. L’initiative, financée par l’Union européenne, est celle conjointe du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de l’ONU Femmes, et du ministère d’État aux Droits de la femme. Cet événement marque le lancement d’une campagne visant à encourager la candidature des femmes aux élections législatives. La nouvelle loi électorale ne prévoit pas un système de quota pour garantir une place aux femmes alors que le Liban se trouve à la traîne du monde en ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique.

Brillamment modérée par la journaliste Najat Charafeddine, la table ronde a rassemblé Chantal Sarkis des Forces libanaises (FL), Rima Fakhry du Hezbollah, Manal Saheid du Parti socialiste progressiste (PSP), Ahmad Fatfat du courant du Futur, Simon Abiramia du Courant patriotique libre (CPL) et Ali Rahhal du mouvement Amal, en l’absence d’un représentant du parti Kataëb qui devait figurer pourtant parmi les participants.


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Même si elle n’a pas présenté de solutions au problème, la table ronde a donné une idée de l’atmosphère misogyne qui sévit dans le pays ; les intervenants, même les femmes, ne se rendant probablement pas compte qu’ils sont victimes de stéréotypes ou qu’ils encouragent un système en place qui est loin d’être clément pour les femmes.

La représentante du Hezbollah a tenu les propos les plus clairs soulignant que son parti « ne présentera pas de candidature féminine » et que « même si c’est un devoir de prendre part à la vie politique, dans la situation actuelle du pays, mieux vaut pour les femmes de rester chez elles et de s’occuper de leurs familles ».

Le représentant du courant du Futur a aussitôt rétorqué : « Il y a bien des femmes au Parlement iranien », notant que « la situation est tranchée auprès du parti qu’il représente : 20 % des candidates seront des femmes ». « Notre base est prête mais nous avons un problème culturel en ce qui concerne la misogynie. Beaucoup de personnes, même des femmes, ne sont pas capables de faire confiance à des femmes au pouvoir sur le plan politique », a-t-il dit, précisant dans ce cadre que « 53 % des électeurs sont... des électrices ». Et toutes ne sont pas enclines à choisir des femmes.


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« Le maillon faible des listes »
La représentante des FL, Chantal Sarkis, s’est vue obligée de défendre son statut « de mère de famille et de femme politique », mettant l’accent sur « le multi-tasking des femmes », comme si elle voulait se justifier. Elle a également estimé que « sans même un système de quotas, les femmes pourront prouver leur valeur et arriver au Parlement ». Répondant à M. Fatfat, elle a noté qu’un « problème se posera si les 20 % des femmes choisies ne remportent pas les élections et constitueront les maillons faibles des listes ».

Le représentant du mouvement Amal a de son côté mis l’accent sur « l’importance d’un système de quotas, une procédure qui devrait être adoptée provisoirement pour parvenir à compter 30 % de femmes au Parlement ». Il a rappelé que « la question des quotas a été à plusieurs reprises mise sur le tapis, que ce soit lors de l’accord de Doha, avec la Commission Fouad Boutros qui visait à moderniser la loi de 1960, ou encore lors du dernier vote parlementaire qui a adopté la loi actuelle. Malheureusement, le dossier a fait long feu ». « Aujourd’hui, des clauses de la loi actuelle sont révisées, notamment avec la prolongation du délai de l’enregistrement des émigrés désireux de voter, mais la question du quota féminin ne se pose pas », a-t-il dit.

Le représentant du CPL a estimé que « les femmes ne s’intéressent pas à la politique », donnant l’exemple des élections au sein de son parti où seules trois femmes se sont présentées, l’une remportant le scrutin dans la Békaa. Il a noté que « c’est aux femmes de s’imposer en politique ». M. Abiramia a affirmé que les élections au CPL sont une affaire de capacité et de mérite, une remarque qui lui a valu une vive réaction dans la salle, en allusion aux candidatures de Gebran Bassil (ministre des Affaires étrangères) à Batroun et Chamel Roukoz (ancien chef des commandos de l’armée) à Jounieh, qui sont les gendres du président de la République et fondateur du parti, Michel Aoun. M. Abiramia a en outre estimé que « toutes les femmes qui arrivent au Parlement sont les héritières politiques d’hommes qui se sont éteints ».

La représentante du PSP Manal Saheid a répondu à M. Abiramia, soulignant que « de nombreux parlementaires masculins sont aussi les héritiers d’un leader décédé ». Présentant avec beaucoup de réalisme un état des lieux, elle a ajouté : « Au PSP, les femmes font partie de diverses associations relevant du parti mais quand il s’agit de travailler dans le domaine purement politique, elles freinent leur élan. Nous en ignorons les raisons, peut-être que les partis politiques ne répondent pas aux visions d’avenir et sociales des femmes et qu’ils devraient changer le contenu de leurs discours. » Mme Saheid a mis l’accent également sur « la misogynie beaucoup plus prononcée en milieu rural », rappelant que « les élections sont des affaires d’alliances communautaires et familiales où la femme a peu de place ». « Les partis choisissent des candidats pour gagner et personne n’acceptera d’affaiblir sa liste en optant pour des femmes pour qui les électeurs ne voteront pas », a-t-elle souligné en conclusion.


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