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Économie

Le Pakistan relativise l’impact du gel d’aides américaines sur son économie

Lutte antiterroriste
OLJ
12/01/2018

Le Pakistan a réagi avec réserve à la récente annonce du gel d'aides américaines : pour les analystes, ces montants sont limités et son économie aurait bien plus à craindre si Washington lui retirait son soutien auprès des grandes institutions financières. Tous les interlocuteurs, économistes et hauts responsables ont qualifié de « marginal » l'impact à court ou moyen terme de la récente décision américaine. Exaspérés par ce qu'ils considèrent comme du laxisme en matière de lutte antiterrorisme, les États-Unis ont annoncé hier la suspension de l'assistance sécuritaire à Islamabad, pour des montants pouvant atteindre 2 milliards de dollars, selon un responsable américain. « Les États-Unis ont bêtement donné 33 milliards de dollars d'aide au Pakistan ces 15 dernières années », a tweeté le président Donald Trump. « Ils abritent les terroristes que nous chassons en Afghanistan, sans grande aide. C'est fini ! » a-t-il lancé. Mais pour un diplomate basé à Islamabad, « le Pakistan, c'est la sixième population et la quarantième économie du monde. Ce n'est pas un PMA » ou pays les moins avancés, une classification regroupant 48 États très pauvres. « L'aide internationale, ce n'est pas lourd par rapport à l'économie du pays, ce n'est pas vital. Les moyens de pression sont limités », poursuit-il. Le PIB (produit intérieur brut) est estimé à 300 milliards de dollars. D'après l'OCDE, le Pakistan a obtenu près de 1,8 milliard de dollars d'aide au développement en 2016, soit 300 millions de plus que l'Inde. Mais près de moitié moins que son voisin l'Afghanistan, pourtant six fois moins peuplé.

Problème de liquidités
À Islamabad, on relativise à ce stade les menaces américaines. Alors qu'entre 2001 et 2010, les États-Unis pouvaient donner « 3 à 4 milliards de dollars par an » au Pakistan en assistance militaire, ce montant a ensuite « décliné de manière abrupte » à 750 millions en 2016, affirme l'ancien ministre des Finances Hafeez Pasha. « Un nouveau recul ne fera plus beaucoup de différence par rapport au PIB », ajoute-t-il, se déclarant inquiet en revanche d'éventuels effets « indirects ». Si l'économie pakistanaise est « stable », continue de croître avec une inflation contenue et une dette « vraiment gérable », elle souffre en effet d'un problème structurel majeur, le déficit de sa balance commerciale, renchérit Muhammad Waheed, économiste à la Banque mondiale. « Malgré la croissance, le Pakistan exporte beaucoup moins qu'il n'importe, notamment du pétrole », ce qui lui pose des problèmes de liquidités, remarque-t-il. Sa réserve de devises étrangères, qui lui permet d'acheter des produits importés, est ainsi en forte baisse, ce qui force le pays à emprunter pour continuer à se développer. Mais le pays se finance aussi via la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou encore la Banque asiatique de développement, autant d'institutions dans lesquelles Washington a une position dominante.

« Menace indirecte »
« Les ressources et l'influence des États-Unis » constituent une « menace indirecte » pour le Pakistan en cas de nouvel emprunt international, souligne néanmoins Rahimallah Yousufzai, un analyste pakistanais. « Le Pakistan a besoin du soutien des États-Unis quand il traite avec les institutions financières internationales », note Ashfaque Hasan, un universitaire membre du conseil économique du gouvernement pakistanais. Il rappelle qu'en 1998, le FMI avait imposé une amende de 20 millions de dollars au Pakistan, frappé d'un gel des crédits après ses essais nucléaires. Quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le même FMI débloquait 135 millions en faveur du Pakistan, qui allait devenir un allié majeur de Washington dans la guerre en Afghanistan. « Nous étions le plus allié des alliés à un moment et le plus sanctionné de tous les États sanctionnés à un autre », ironise Khalid Mahmood, président de l'Institut d'études stratégiques, un centre de recherche proche du gouvernement. « Si les États-Unis commencent à nous intimider, à nous rendre responsables, à nous menacer, nous avons d'autres options », souligne de son côté le sénateur Mushahid Hussain Sayed, dans une allusion à la Chine, plus proche allié du Pakistan. La Chine a apporté son soutien à Islamabad face aux accusations de Washington et s'apprête à investir quelque 60 milliards de dollars en infrastructures au Pakistan, même si rien ne garantit à ce stade qu'elle soit prête à faire davantage.
Joris FIORITI / AFP

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