2017, année Macron

Après l'annonce de sa victoire à la présidentielle le 7 mai 2017, Emmanuel Macron, dans une mise en scène empreinte de gravité, traverse l’esplanade du Louvre pour prononcer son discours. AFP/Philippe Lopez

France - rétro 2017

Le président français a conquis le pouvoir à une vitesse folle et a réussi à incarner la rupture avec 2016.

09/01/2018

Quasi inconnu il y a encore un an, il est aujourd'hui considéré par de nombreux journaux comme la personnalité politique de l'année 2017. À 39 ans, Emmanuel Macron a fait ce que l'ensemble des commentateurs estimaient impossible il y a encore quelques mois : bouleverser, puis réinventer la scène politique française en accédant à la magistrature suprême, puis en dynamitant les vieux clivages. Il a ainsi provoqué un attrait aux quatre coins de la planète pour ce « phénomène », apportant un souffle de modernité à un pays souvent décrit à l'étranger comme une puissance déclinante et impossible à réformer. Peu avare en critiques à l'égard de la patrie des droits de l'homme, le magazine The Economist a récemment élu la France « pays de l'année 2017 ». Le chef de l'État français était également parmi les finalistes pour le titre de « l'homme de l'année » du Times, finalement gagné par la campagne #MeToo.
2017, année Macron ? Oui, d'un certain point de vue, tant il a incarné, plus que n'importe quelle autre personnalité politique, la rupture avec 2016.


2016 a été une année noire pour le monde occidental, avec le double événement du Brexit et de la victoire de Donald Trump. Un double choc mondial qui a mis en avant la montée des discours radicaux, de l'euroscepticisme, du complotisme aigu et de la défiance envers les politiques, mais aussi envers les médias. Et qui a mis le doigt sur les failles du néolibéralisme triomphant depuis le début des années 1990 et sur le manque d'adhésion d'une partie de la population aux valeurs qui l'accompagnent. Face à ces deux surprises, la presse mondiale affirme s'être trompée, s'excuse même de n'avoir vu la « colère du peuple contre les élites ». Le Times désigne « homme de l'année » celui qui a renvoyé au placard l'image d'Épinal du président américain. À coups de promesses populistes et de déclarations plus fantasques les unes que les autres, le milliardaire à la mèche blonde impose un nouveau genre de gouvernance et remet en question le leadership américain dans le monde.


C'est dans ce contexte que l'élection française de 2017 prend une dimension internationale : la possibilité d'une victoire de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen, qui pourrait planter le dernier clou dans le cercueil de l'Union européenne, fait craindre le pire à Bruxelles. La nette victoire d'Emanuel Macron, avec un discours pro-européen et libéral, a mis fin, dans une certaine mesure, à cette série noire, et démontré que le succès des extrêmes n'était pas inéluctable.

 

« Faire président »
Si la France a pu revenir sur le devant de la scène en 2017, ce n'est pas seulement le fait du dynamisme de son président. Paris profite clairement d'un moment où les autres grandes capitales du monde occidental sont en retrait pour prendre les choses en main. Les États-Unis sont imprévisibles et se désengagent de plusieurs grands dossiers depuis l'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump. Les Britanniques n'ont toujours pas digéré le Brexit. Et en Allemagne, la chancelière Angela Merkel, bien que réélue, n'a pas encore réussi à former une majorité.


En huit mois de présidence, Emmanuel Macron est ainsi apparu sur tous les fronts, s'imposant comme le porte-voix de cette vieille Europe qu'il affectionne tant, mais aussi comme l'un des dirigeants de la planète les plus scrutés à la loupe. Jeune, ambitieux, extrêmement cultivé et anglophone, le phénomène Macron interpelle. Lorsque les États-Unis décident de se retirer de l'accord de Paris, provoquant la colère des autres signataires, le président français répond au geste inconscient de Donald Trump par un « Make our planet great again », reprenant à sa manière le célèbre slogan de campagne du milliardaire américain. Face au discours haineux de Donald Trump à la tribune de l'ONU, le Français opte pour une vision aux antipodes, répondant presque point par point aux thèmes énoncés par son homologue américain. En politique internationale, Emmanuel Macron semble faire un sans-faute depuis le début de son quinquennat, qui va non sans rappeler, toutes proportions gardées, la première année de la présidence de Barack Obama. Obsédé par le fait de « faire président », il a non seulement redonné ses lettres de noblesse à la fonction, quelque peu perdue sous ses prédécesseurs, mais il caracole désormais en tête du Who's who des grands de la planète.

 

Le monde occidental
En première ligne sur le climat, ou pour jouer les médiateurs dans la crise opposant l'Arabie saoudite à l'Iran, Emmanuel Macron peut se targuer d'avoir réussi plusieurs coups diplomatiques en 2017. Son intervention en faveur du Liban, qui a permis à Saad Hariri de revenir à Beyrouth et de rester à son poste de Premier ministre, après avoir démissionné probablement sous la contrainte depuis Riyad, restera sans doute dans les annales diplomatiques françaises.


Si le président français donne pour l'instant l'impression de marcher sur l'eau, de nombreux défis restent néanmoins surtout sa route. À l'intérieur déjà, où il profite surtout de la faiblesse de ses adversaires, il va devoir élargir son socle électoral tout en essayant de trouver l'équilibre entre la droite et la gauche, le libéral et le social. Le fait que sa courbe de popularité remonte, après avoir rapidement chuté, a de quoi le rassurer sur ce point-là.


Sur la scène européenne, l'année 2018 devrait être pleine pour M. Macron. Malgré sa victoire, 2017 a été marquée par la montée de l'extrême droite en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche, sans parler de la rupture entre l'Europe de l'Ouest et les démocraties illibérales de l'Est que sont la Pologne et la Hongrie. Relancer le projet européen dans un pareil contexte, en prenant également en compte l'instabilité allemande et la crise catalane, ne devrait pas être chose aisée.


Sur le plan international, si Emmanuel Macron a beaucoup d'ambitions, la France n'en a pas toujours les moyens. Elle peut intervenir avec succès sur le dossier libanais, considéré comme une chasse gardée, mais aura nettement plus de difficultés à jouer les médiateurs entre l'Arabie et l'Iran ou à relancer le processus de paix en Syrie. Paris ne peut pas assumer seul et sur le long terme le leadership du monde occidental. Mais en 2017, il y a clairement eu un moment Macron, un moment français. Et ce moment ne semble pas encore être terminé.

 

 

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